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Transmettre son entreprise : la difficile rencontre avec les repreneurs

4 min
À retrouver dans l'émission

Plus de 100 000 TPE ont disparu en 2014. Autour de la transmission des entreprises, se joue leur survie et surtout celle de leurs emplois. Alors que s'achève la "Quinzaine de la transmission", témoignages de repreneurs et de cédants.

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. Crédits : Frédérick Florin - AFP

On en parle moins que des start up. Pourtant, en raison de l'âge de leur dirigeant, près de 700 000 entreprises seraient à reprendre dans les dix ans à venir. Le moment de la transmission, c'est là que se joue la survie des PME, et surtout de leurs emplois. C'est ce qu'ont rappelé les événements organisés à travers la France à l'occasion de la Quinzaine de la Transmission, sous l'égide de la Direction des entreprises. 

Pourtant, cédants et repreneurs ont encore du mal à se retrouver.  "Les entreprises ne trouvent pas toujours de repreneurs et, lorsqu'elles en trouvent, ceux-ci peuvent être tentés d'opérer des économies d'échelle en opérant des fusions voire de réduire la masse salariale en délocalisant. A la perte de ces emplois directs s'ajoute alors celle des emplois indirects, créant un cercle vicieux de dévitalisation de nos territoires" écrivaient les sénateurs Claude Nougein et Michel Vasparet dans un rapport sur le sujet remis en février dernier.
De son côté Bruno Lemaire a fait de la transmission d'entreprises l'un des chantiers de réflexion pour un plan de croissance dont les consultations ont été lancées début novembre. Le ministre de l'Economie a déjà fait part de sa volonté de simplifier les règles de la transmission des entreprises. Et annoncé un projet de loi pour le printemps.

Témoignages de cédants de de repreneurs

Mireille : "Ca m'embête de vendre à une structure qui rachète tout le secteur"

Cofondatrice d'une entreprise de domiciliation commerciale, Mireille s'apprête à faire valoir ses droits à la retraite. Mais pour elle, pas question que s'arrête l'activité de l'entreprise qu'elle a dirigée pendant près de 40 ans avec son mari. Depuis deux ans, elle cherche un repreneur et prépare la cession. Elle s’est rendue pour la deuxième année consécutive au Salon Transfair pour y glaner les derniers conseils nécessaires pour finaliser la transmission. Sa clientèle a attiré des repreneurs, dont une grosse entreprise, bien différente de son affaire familiale.

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Cela fait un ou deux ans qu’on y pense car je prends ma retraite. Nos clients ont siège social ils veulent le garder. Il faut donc trouver un repreneur pour leur proposer une continuité (....) On a eu une proposition d’un acteur important du marché. Pour lui, c’est assez facile. Ils vont mutualiser les coûts, avoir des secrétaires volantes. Quelqu’un du métier voit vite le prix, c’est une négociation plus simple. J’aurais aimé faire affaire avec un de nos partenaires qui est en province.  Là ça me gène un peu, car ce gros acteur rachète toute la profession depuis des années pour avoir une position de monopole et éliminer la concurrence. D’un point de vue idéologique, ça m’embêtait. Mais en me rapprochant d’autres repreneurs, je me suis aperçu que c’était compliqué, ils demandent beaucoup de papiers, ça dure, ils  n’en proposent pas le même prix.  Et comme j’ai fait valoir mes droits à la retraite je n’ai pas voulu faire traîner. Mais pendant un certain temps j’ai refusé l’idée de leur vendre.

Nicolas : "Faire fructifier une entreprise qui existe déjà"

A 41 ans, Nicolas veut racheter une entreprise. Sur sa carte de visite, il a écrit "repreneur de PME". Cet ancien cadre dirigeant dans une grande entreprise voit là une solution avantageuse pour prendre la tête de sa propre affaire . Il vient de suivre une formation au CRA, une association qui aide cédants et repreneurs. Et cherche désormais une entreprise à reprendre.

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J'avais toujours eu en tête de créer une entreprise un jour et je me suis aperçu qu'une des solutions était le rachat d'entreprise, qu'il y avait beaucoup d'opportunités. On n'a pas besoin d'avoir l'idée du siècle, or j'attendais un peu ça pour me lancer et créer une structure. Alors qu'il y a des sociétés qui existent, fonctionnent et qu'il faut continuer à faire tourner. Cela veut dire innover petit à petit, mais pas forcément avec une idée de rupture dramatique.                                          
Je cherche une société entre un et trois millions d'euros de chiffre d'affaires, plutôt en province. Car à Paris il y a peu d'entreprises à vendre, et de nombreux de cadres licenciés, avec beaucoup d'argent, qui veulent acheter. L'expérience prouve que souvent on trouve dans des secteurs où l'on ne cherche pas.

Laurent Benoudiz : "Le marché des cédants et des repreneurs n'est pas en phase"

Pour Laurent Benoudiz, président de l'Ordre des experts-comptables, la  transmission d’entreprise est en enjeu majeur car quand il n’y a pas de repreneur l’entreprise s’éteint. Et quand un chef d’entreprise avance en age, son entreprise est souvent moins dynamiques. Enfin, la révolution numérique oblige les entreprises à se repenser.

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Ce sont des enjeux d’emploi de croissance, de territoires. Le problème c’est qu’on a un marché qui n’est pas en phase. D’un côté on a de nombreuses petites entreprises qui cherchent à se vendre et ont du mal à trouver un repreneur. Le marché de la reprise c’est souvent des cadres arrivés à un certain âge ou des entreprises qui veulent faire de la croissance externe et préfèrent le faire sur des entités qui vaillent le coup. Donc plutôt des entreprises d’au moins 20 salariés - alors que le tissu économique est fait plutôt d’entreprises de moins de 10 salariés. Il faut des solutions pour faire grossir les entreprises, et qu’elles soient plus faciles à transmettre. Et aussi anticiper mieux les cessions.

Patrick Gilbert : "On ne peut pas laisser les gens qu'on a formés et recrutés aux mains de n'importe qui"

Fondateur avec sa femme d'Hydro Concept, un bureau d'études spécialisé dans le milieu aquatique, Patrick Gilbert confiera son entreprise le 14 décembre à ses salariés. Depuis deux ans ils préparent ensemble la reprise de l'entreprise par les salariés dans le cadre d'une coopérative, une Scop. Elle se constituera le 14 décembre prochain. 

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Transmettre notre entreprise, c'est transmettre un savoir-faire, localement. Et avec les personnes qui ont ce savoir-faire. Ce sont des cerveaux qui travaillent. Si vous prenez le Hydro concept, que vous retirez les personnes  et que vous mettez le nom dans une société du sud de la France cela n’a plus rien à  voir. L’intérêt de transmettre l’entreprise en Scop à nos salariés est avant tout humain. Et pas financier; C’est sûr on aurait pu vendre plus cher à un groupe. Mais on est dans un secteur, l’environnement, avec des gens qui ont une certaine vision de la manière dont ils travaillent, de l’avenir. Nous et nos employés habitons aux Sables d’Olonne. Ce n’est pas parce qu’on va quitter l’entreprise qu’on ne vas plus les voir. C’est une famille, on ne peut pas laisser  des gens qu’on a recrutés et formés aux mains de gens dont on ne sait pas ce qu’ils vont faire. 

Yvonnic Favereau "On voulait d'abord sauver nos emplois"

Aujourd'hui salarié d'Hydro Concept, Yvonnic sera bientôt co-gérant de la Scop. Comme tous ses collègues, il se souvient bien du jour où la direction leur a annoncé leur départ à la retraite.

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Tout de suite on s’est réunis entre salariés pour voir s’il n’y avait pas là une opportunité de racheter l’entreprise et rapidement quand il y a eu une discussion avec la direction sur l’avenir du cabinet, on a fait une offre. L’idée initiale était vraiment de pérenniser l’emploi. On savait que sans ce bureau d’études il faudrait changer d’emploi ou déménager. On habite tout ici, c’est souvent notre premier emploi. En réfléchissant la meilleure solution est apparue comme la Scop. L’idée d’un repreneur nous a tout de suite fait penser à l’actualité où il n’est question que de délocalisation, des plans sociaux. De son côté la direction a tout de suite entendu que ce n’était pas forcément l’offre financière la plus intéressante mais qu’il y avait derrière des valeurs, des familles, un projet.

Favoriser la reprise par les salariés, par davantage de formation  ou des mesures fiscales c'est d'ailleurs l'une des 27 recommandations formulées en février par un rapport sénatorial. Bruno Lemaire, lui, a fait de la transmission l'un des sujets de son futur plan de croissance des entreprises. Cela pourrait faire partie du projet de loi annoncé pour le printemps.

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