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A gauche, Nicolas Gelot, chef d'entreprise, opte pour la trottinette électronique, et à droite, Eloïse Bussière, bijoutière-joaillière, préfère le vélo pour se déplacer.

Vélo, trottinette, gyroroue : quelle alternative aux transports traditionnels ?

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À retrouver dans l'émission

#MaVieEnTransportsAlternatifs |La fin d'Autolib', le couac de Vélib' et l'engorgement des bus, métros et trains de banlieue : en ville, beaucoup font désormais le choix d'un nouveau mode de vie pour se déplacer au quotidien. Une quête de bien-être et de rapidité pour reprendre la main.

A gauche, Nicolas Gelot, chef d'entreprise, opte pour la trottinette électronique, et à droite, Eloïse Bussière, bijoutière-joaillière, préfère le vélo pour se déplacer.
A gauche, Nicolas Gelot, chef d'entreprise, opte pour la trottinette électronique, et à droite, Eloïse Bussière, bijoutière-joaillière, préfère le vélo pour se déplacer. Crédits : Victoria Koussa - Radio France

Les salariés qui passent le plus de temps dans les transports sont les plus malheureux. D'après un sondage Ifop, près d'un travailleur sur deux juge son trajet domicile-travail désagréable, et ce chiffre monte à trois-quarts des personnes interrogées quand ce parcours passe à plus d'une heure. Ajouté à cela l'épisode de grève avant l'été à la SNCF, et à la RATP, à Paris, les usagers finissent par prendre conscience de leur dépendance aux transports en commun, mais aussi de l'impact de la voiture sur l'environnement. Certains trouvent donc une bonne raison de changer leur mode de vie : une alternative à leur répétitif métro-boulot-dodo, malgré le risque plus important d'accidents et une législation encore souvent floue. Vélo, trottinette, skate, roue, classique ou électrique, à chacun son nouveau compagnon de route. 

Témoignages recueillis par Victoria Koussa

"Je me sens plus réactive au travail, mon humeur a vraiment changé"

Eloïse Bussière fait partie des nouvelles adeptes du vélo. La jeune bijoutière-joaillière de 28 ans roule tous les jours vingt kilomètres aller/retour entre son domicile situé à Courbevoie (Hauts-de-Seine) et son lieu de travail dans le centre de Paris. Cela représente 100 kilomètres par semaine.

Il y a un changement sur mon humeur et mon moral. Voir les gens éteints dans les transports commençait à m'atteindre psychologiquement. J'ai fait le test de prendre une fois le vélo et je me suis sentie beaucoup plus réveillée et réactive au travail, précise la nouvelle cycliste.

Les perturbations répétitives sur sa ligne de train de banlieue ont été le déclic pour passer au vélo. "De manière générale, avec le Transilien, on a souvent la surprise d'avoir un train supprimé, et ça a plein de répercussions ! Le stress s'accumule, l'énervement aussi et du coup, on n'est pas serein en arrivant au travail, raconte Eloïse. La grève, c'était la goutte d'eau. Au lieu de m'acharner, j'ai fini par me déplacer uniquement à vélo (...) Je gagne même dix minutes par rapport au trajet que je faisais en transport en commun, je ne ferai pas machine arrière ! "

Un sentiment partagé par les internautes. Pour @lilykae, il est désormais hors de question de sortir sans son vélo :  

Témoignage de L. Olympe suite à notre Hashtag lancé sur Twitter
Témoignage de L. Olympe suite à notre Hashtag lancé sur Twitter Crédits : L.Olympe @lilykae

Beaucoup de cyclistes, confirmés ou initiés, déplorent le nombre d'accidents plus ou moins importants dont ils sont victimes pendant leurs trajets. Eloïse, par exemple, a arrêté le vélo pendant deux mois, choquée par un accident avec une porte de taxi. Sur la page Facebook de Hashtag, Mathieu Perrona a aussi eu une grosse frayeur :

En un an de trajets quotidiens, je n'ai pas eu de vrai accident. Seulement une collision sans gravité, et une petite dizaine de near-miss avec des voitures ou des piétons. On parle donc d'une dizaine d'incidents sérieux sur 500 à 600 trajets (...) Le seul qui m'a vraiment fait peur a été un incident avec un bus RATP, qui m'a coincé contre un trottoir. Les attitudes des conducteurs de bus parisiens sont très, très variables, avec certains très manifestement agressifs à l'égard des vélos.

Il y a deux accidents par jour en moyenne dans la capitale, relativise de son côté l'association Paris en Selle. Mais selon les chiffres de la Sécurité routière, la mortalité des cyclistes a augmenté de 7% en 2017 en France : 173 ont perdu la vie sur la route contre 11 de moins l'année d'avant. 

Trottiner sur les trottoirs

C'est devenu l'accessoire qui complète sa tenue de chef d'entreprise actif : Nicolas Gelot roule depuis deux ans en trottinette électrique à Paris. Il l'a achetée 900 euros et l'utilise sur des trajets équivalents à plusieurs stations de métro.

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Nicolas Gelot, un PDG adepte de la trottinette : "c'est pratique et plaisant pour les petits trajets"
Nicolas Gelot venu avec sa trottinette électrique pour tester un vélo électrique !
Nicolas Gelot venu avec sa trottinette électrique pour tester un vélo électrique ! Crédits : Victoria Koussa - Radio France

C'est pratique et plaisant pour des petits trajets, précise le Parisien, des trajets intra-arrondissements de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres, généralement trop longs pour les faire à pied, mais trop courts pour prendre les transports ou la voiture.

La limite de son utilisation ? Les trop longues distances d'après @guigui2901. Sur Twitter, il réagit à notre Hashtag : "Quand t'habites en périphérie, c'est mort. La batterie de ta trottinette sera HS avant même d'avoir terminé le voyage aller."

La législation est encore un peu floue sur l'utilisation de la trottinette électrique. Nous savons qu'elle n'est, en revanche, pas tolérée sur la route et sa vitesse est limitée à 6 km/h sur le trottoir puisque c'est la vitesse réglementaire pour tout engin électrique (skate, hoverboard etc.)

Sylvère, fou de sa roue électrique

Il y a quatre ans, Sylvère Vincent, un Parisien, est en voyage au Mexique lorsqu'il aperçoit sur le dos d'un passant un sac quelque peu atypique. Il s'agit d'une roue électrique. Sylvère se penche alors sur son utilisation et devient si passionné qu'il finit par ouvrir une boutique de gyroroue dans l'est de la capitale. Il utilise la sienne au quotidien et dit avoir "la banane" dès qu'il pose un pied sur sa machine.

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"La roue, c'est l'avenir pour se déplacer", affirme Sylvère Vincent, "wheeler" et patron de "Gyroroue Shop"

"Je crois dur comme fer que la roue, c'est l'avenir (...) Il y a vraiment une grosse demande, elle est de plus en plus importante cette année", affirme le chef d'entreprise qui dit vendre tous les jours cet objet aux airs futuristes dont le prix va de 500 à 3 500 euros.

Pour utiliser cette roue qui circule à 30 km/h maximum, le vendeur forme ses clients et estime qu'un sur deux arrive à maîtriser l'engin en une demi-heure, et huit sur dix en une heure. D'après Sylvère, les gyrorouleurs, comme lui, sont plus "geeks" que "écolos" et font partie de la tranche des 35/45 ans, ce qu'il explique par le prix de l'investissement dans une telle machine. "Et le doyen de notre communauté de passionnés dans l'est de Paris a 77 ans !", ajoute-t-il.

Une législation encore floue pour ces Nouveaux Véhicules Electriques Individuels (NVEI)

Aucune loi ne se penche encore dans le détail sur l'utilisation des gyroroues comme celle de Sylvère, ni même sur les trottinettes électriques ou encore les hoverboard. D'après une étude Odoxa d'avril dernier, 75% des Français interrogés estiment d'ailleurs qu'il y a un risque pour les piétons, idem pour les deux-roues et les automobilistes (73%) et puis, pour finir, pour ceux qui utilisent ces NVEI (69%).  

Ce constat n'étonne pas Alexandre Laurent. Ce "wheeler" de Bordeaux, aussi journaliste spécialiste de l'univers high-tech, tient depuis 2016 le site web spécialisé Gyronews.com.

"C'est encore un marché de niche (...) Aujourd'hui, le code de la route ne prévoit pas de disposition spécifique à ces NVEI : sont-ils assimilés à des piétons ? A des vélos ? Des véhicules roulants type moto et voiture ? Comme l'on ne sait pas où ils doivent rouler, tous les usages de ces nouveaux moyens de transports restent dans le flou", précise le passionné. 

Il aborde ensuite le cas des assurances qui subissent aussi l'imprécision de la loi. Toujours selon le sondage Odoxa, 36% des interrogés pensent, parfois à tort, que leur assurance habitation ou auto les couvre automatiquement en cas d’accident à bord d’un NVEI. Des thèmes certainement abordés lors du Salon de l'écomobilité et de la glisse urbaine à Paris prévu à la mi septembre

"Les gens en ont marre, veulent changer. On se rend compte que la voiture c'est fini"

Véritable témoin de la transformation des transports dans nos rues, Alexis Blaevoat, gérant de la boutique de vélos et trottinettes électriques "Les Cyclistes Branchés" dans l'ouest de Paris. Depuis deux ans, son carnet de commandes ne désemplit pas. L'an dernier, 255 000 vélos électriques ont été vendus en France, soit près de deux fois plus qu'en 2016. Il y a encore dix ans, seulement 15 000 VAE (Vélo à Assistance Electrique) étaient vendus dans l'Hexagone. Ce boom peut s'expliquer par le bonus écologique d'après l'Union sport et Cycle. 

Certaines villes en France ont effectivement adopté une politique du vélo. Paris, dans le cadre de son Plan vélo 2015/2020, a débloqué par exemple 10 millions d'euros pour l'aide à l'achat de vélos et cyclomoteurs électriques ainsi que de triporteurs et de vélos cargos. Cette aide est fixée à 33% du prix d'achat TTC dans la limite de 400 euros par vélo neuf. D'autres villes en France proposent aussi ce coup de pouce dans l'achat d'un vélo électrique : 300 euros à Rouen, idem à Nantes ou encore 250 euros à Toulon.

Le fait de passer des transports en commun ou de la voiture au vélo, il y a sentiment de liberté qui est énorme ! Ce qui est sûr, c'est qu'après l'acte d'achat, les gens ont du mal à se passer de leur nouveau mode de transport. Le déposer en réparation une journée, pour eux, c'est une catastrophe. On est vraiment dans un mode de transport alternatif (...) On cherche à changer, on se rend compte que la voiture c'est fini et que les transports en commun ont leur limite.

Il fait référence dans cette longue interview à la politique de la ville de Paris pour lutter contre la pollution en ville, comme cette volonté de limiter la vitesse des voitures à 30 km/h et l'objectif de supprimer toute circulation de véhicule à moteurs thermiques dès 2030 dont le diesel en 2024.

Vélos et trottinettes à disposition

Pour ceux qui ne souhaitent pas investir dans un vélo ou un autre moyen de transport alternatif, il existe des services de bornes de location de vélo contre abonnements dans certaines villes françaises (Lille, Strasbourg ou encore Paris). L'un d'eux fait beaucoup de bruit  depuis près d'un an : le Vélib'. C'est celui qu'utilise depuis sa création en juillet 2007 Etienne Petit, chargé de production à Paris. Sauf que depuis la récente reprise du service public par l'entreprise Smovengo, le service tourne au ralenti, au grand dam de ce fidèle :

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"Ça fait neuf mois que Vélib' ne fonctionne pas", d'après Etienne Petit, un usager

"On arrive sur une borne, il y a neuf vélos que l'on essaie un par un, mais chacun est indisponible pour des raisons différentes (...) On va donc à autre station à 300 mètres, il y a trois, quatre vélos, l'un est crevé, trois ne marchent pas, c'est terriblement frustrant", précise le trentenaire.

Malgré tout, Vélib' tente de montrer l'amélioration de son service. Il a précisé mardi 28 août l'ouverture de désormais 800 stations (loin des 1 400 prévues), et la circulation de 10 000 vélos effectuant 30 000 trajets quotidiens (contre 100 000 à l'époque de JCDecaux).

Plusieurs entreprises de vélos en "free-floating" ont fait leur apparition dans nos rues, ici la société "Mobike"
Plusieurs entreprises de vélos en "free-floating" ont fait leur apparition dans nos rues, ici la société "Mobike" Crédits : Victoria Koussa - Radio France

D'autres vélos et modes de transports alternatifs, cette fois privés, profitent des difficultés du service public pour faire leur apparition dans nos rues en "free floating", c'est-à-dire sans borne. Ofo, Mobike, Pony Bike ou encore Obike ont ainsi déployé leurs petites reines à Lille, Paris, Angers, Reims ou encore Metz. Malgré la curiosité que ces entreprises suscitent, leurs vélos subissent malgré tout de nombreuses détériorations. La société Gobee.bike a d'ailleurs été contrainte de jeter l'éponge.

La société américaine "Lime" développe ses trottinettes depuis juin dans les rues de la capitale.
La société américaine "Lime" développe ses trottinettes depuis juin dans les rues de la capitale. Crédits : Victoria Koussa - Radio France

Depuis peu, les trottinettes de la société américaine "Lime" sont aussi disponibles dans la capitale. Les utilisateurs abonnés peuvent, comme pour les vélos, les localiser grâce à une application smartphone et les faire démarrer par le biais d'un QR Code. Le tarif est de 1 euro par course, plus quinze centimes la minute.

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