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Selon l'ambassade des Etats-Unis en France, près de 100.000 Américains vivent à Paris.

"Vue d'ici, cette campagne américaine est incroyable"

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#JeSuisAmericainEnFrance |Ils sont entre 5 et 9 millions dans le monde, près de 200.000 en France. Les expatriés américains ont, eux aussi, les yeux tournés de l'autre côté de l'Atlantique. A quatre jours du scrutin présidentiel, qu'ils soient engagés, intéressés ou désabusés, les Américains de France prennent la parole.

Selon l'ambassade des Etats-Unis en France, près de 100.000 Américains vivent à Paris.
Selon l'ambassade des Etats-Unis en France, près de 100.000 Américains vivent à Paris. Crédits : Xavier De Torres - Maxppp

Le scrutin officiel est organisé ce mardi 8 novembre. La fin d'une campagne américaine ultra-médiatisée aux Etats-Unis et à travers le monde. Une campagne qui se joue aussi ici en France : selon les chiffres de l'ambassade des Etats-Unis, près de 200.000 Américains vivent dans l'Hexagone et la moitié environ habitent à Paris.

"Les candidats sont tous les deux fous"

A condition d'être inscrits sur les listes américaines, ils ont la possibilité de voter, soit par avance, soit par procuration. En France, certains l'ont déjà fait, d'autres le feront au dernier moment. Une majorité ne le feront pas du tout. Selon le Federal Voting Assistance Program, 5% seulement des expatriés ont exercé leur droit de vote en 2012. Et d'après une étude de l'institut américain Rothermere de l'Université d'Oxford, ce taux de participation avoisine les 12%.

La tombe de Jim Morrison au Père Lachaise, un lieu incontournable pour les Américains.
La tombe de Jim Morrison au Père Lachaise, un lieu incontournable pour les Américains. Crédits : Lucas Valdenaire - Radio France

Sara Miller fait partie de ces abstentionnistes. L'Américaine de 26 ans se recueillait sur la tombe de Jim Morrison au cimetière du Père Lachaise le 1er novembre dernier. Une semaine exactement avant le jour du scrutin. Sara est en Master d'économie de la mode dans une école à la Défense. Elle s'est installée en France il y a deux mois à peine. Concernant les élections dans son pays, elle se dit désabusée. Pour elle, se retrouver ici à Paris représente une vraie parenthèse, une bouffée d'air frais, bien loin de cette campagne américaine très agitée.

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"Je ne me soucie vraiment pas de ces élections" - Sara Miller, étudiante américaine à Paris

Je n'ai pas encore voté parce que cette élection ne m'intéresse vraiment pas. Je pense que les deux candidats sont fous. Avec les abus et les agressions de Trump, et puis Hillary clinton, je suis sûr qu'elle nous cache des choses. C'est pour ça que je ne suis pas allé voter. Je pense simplement que cette élection est absurde, ridicule.

"Je ne retournerai pas aux Etats-Unis, je n'en ai pas envie" - Sara, étudiante américaine à Paris.
"Je ne retournerai pas aux Etats-Unis, je n'en ai pas envie" - Sara, étudiante américaine à Paris. Crédits : Lucas Valdenaire - Radio France

Et puis je n'ai pas envie de m'engager. Je ne vis plus là-bas, je suis loin de tout ça, alors je ne m'en soucie plus vraiment. Je pense qu'après ces élections, je ne retournerai pas aux Etats-Unis. Je n'en ai pas envie."

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"Trump jokes"

De l'autre côté de la Seine, à la New York University de Paris, changement de ton radical : l'engouement électoral est très fort jusqu'à devenir, pour certains, un véritable engagement politique. C'est le cas de Diana, originaire de l'Iowa et étudiante en sciences sociales. C'est la première fois qu'elle vote pour une élection américaine. La jeune femme de 19 ans ne s'en cache pas : elle est clairement pro-Clinton. Elle en parle en cours et participera, évidemment, à la grande soirée électorale sur son campus pour suivre les résultats en direct sur écran géant. Contrairement à son campus américain où la politique se fait discrète, Diana profite ici d'un espace politisé largement compatible avec ses opinions.

"Ici, à l'université de New York, on est nombreux à supporter les Démocrates. Il n'y a pas vraiment de débats. On partage les mêmes opinions et on vote presque tous pour Hillary Clinton, même si elle n'est pas très populaire. En fait, s'il y a des débats, c'est pour savoir à quel point on la soutient."

"D’ailleurs, avec certains profs, on se moque de Trump en plein milieu d'un cours ! Et ça, on ne l’aurait jamais fait aux Etats-Unis parce qu'on ne sait jamais, il peut y avoir des supporters de Trump en classe avec nous. Mais ici tout le monde supporte Hillary, alors on se permet de faire des blagues sur lui assez souvent."

"Vue d'ici, cette élection est quand même incroyable"

Cet engagement politique n'est pas réservé uniquement aux étudiants de la New York University. Toujours sur la rive gauche de la Seine, du côté de l'église américaine de Paris, Caridad, une Franco-Américaine de 61 ans descend les escaliers de pierre. Elle sort tout juste de cours : elle travaille à l'école bilingue Montessori, située à l'intérieur de l'église. Caridad a grandi dans le Connecticut. Elle vit en France depuis près de 40 ans et met un point d'honneur à garder des liens forts avec sa famille, restée aux Etats-Unis. Dans son cas, l'engagement politique se vit par procuration.

"Je parle avec ma famille toutes les semaines. Avec Facetime et Skype on a vraiment l'impression de partager la tension qu'il y a là-bas. Finalement, avec les moyens de communication, on n'est jamais très loin."

"Ma famille est assez active pour soutenir Clinton, on regarde les débats ensemble, je leur envoie des mails et des articles qui sortent ici dans le Monde et le Figaro. Vu d'ici, c'est quand même assez incroyable, la manière dont ils s'insultent. Ce n'est pas très réjouissant."

Caridad travaille à l'école bilingue Montessori, située dans l''église américaine de Paris
Caridad travaille à l'école bilingue Montessori, située dans l''église américaine de Paris Crédits : Lucas Valdenaire - Radio France

Les réseaux sociaux permettent donc une préservation des liens familiaux et politiques avec le pays d'origine mais pas seulement : ils entretiennent également un engagement électoral à plus grande échelle. C'est le cas, forcément, des professionnels de la politique.

"Pour créer un engagement politique ici en France, c'est très sensible"

Les deux grands partis politiques américains ont leurs représentants en France. Les Democrats Abroad : une machine de guerre pour convaincre, notamment via Facebook et Twitter, en diffusant des informations, des vidéos, des slogans.

Même chose, du côté des Républicains avec leur association Republican Overseas qui regroupe près de 250 membres à Paris. Son président s'appelle Marc Porter. Originaire de Californie, il habite en France depuis 16 ans. Consultant pour de grandes entreprises, il s'est également engagé dans la politique en 2008 : quand Barack Obama est arrivé au pouvoir.

"Quand George Bush Junior est devenu Président, j'habitais ici en France. Et finalement, c'était loin de moi : je me disais que ce n'était pas grand chose. Mais quand Barack Obama est arrivé, c'était n'importe quoi. Tous les Français pensaient que c'était un grand dieu.Alors qu'au final ce n'était rien du tout. Je me suis donc engagé pour expliquer ce qu'il y avait derrière tout ça."

"Quand j'ai vu qu'on avait un problème dans notre parti républicain en France, je crois que j'étais l'une des personnes qui a essayé de réunifier le parti et expliquer (qui était) Monsieur Trump. Et c'était très difficile pour moi. Pour créer un engagement politique, c'est un peu sensible parce qu'on adore la France aussi. On ne veut pas être « trop Américains » alors qu'on vit dans un autre pays."

Rassembler les membres du parti républicain autour d'une candidature qui divise mais aussi inciter les Américains de France à aller voter : la mission de Marc Porter est encore plus importante cette année. Même si le taux de participation des expatriés est toujours très faible, les 5 à 10% d'électeurs mobilisés cette année pourraient bien renverser la vapeur. Impossible donc de laisser de côté cette réserve de voix quand on sait que les présidents américains sont parfois élus à quelques bulletins près.

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Enquête de Lucas Valdenaire

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