LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Ambiance à Bruxelles, Place de la Bourse, dans le bar le Big game

Foot : le jeu est (aussi) dans la langue

3 min
À retrouver dans l'émission

Une chronique en forme d'ode au commentaire sportif. Deux minutes pour tresser un collier de perles linguistiques : expressions entendues au fil des matchs, dans les tribunes, dans les vestiaires, en bord de pelouse ou au comptoir des bars...

Ambiance à Bruxelles, Place de la Bourse, dans le bar le Big game
Ambiance à Bruxelles, Place de la Bourse, dans le bar le Big game Crédits : ARNAUD JOURNOIS - Maxppp

Si, théoriquement, le football se joue avec les pieds, et à l'occasion avec la tête, les coudes ou la main, voire les dents, il est sensible qu'il se pratique également avec la plume et ce muscle logé dans la cavité buccale qu'il n'est nul besoin de doper pour lui donner toute sa vélocité : la langue. Les amateurs de presse écrite (qui se repaissent des comptes rendus d'après-matches dans les colonnes de l'équipe ou qui restent rivés au live mi-érudit mi-rigolard du site du journal Le Monde), et bien sûr les aficionados de radio (qui, enfants, ont frissonné sous les couvertures en écoutant le multiplex de Jacques Vendroux ou qui soir après soir refont le match sur RMC) en savent quelque chose.

Et, pour ma part, ce versant bavard du foot c'est même la partie que je préfère. Plus encore que les grigris et les buts, fussent-ils acrobatiques, les coupes de cheveux chantournées, les tatouages ou les maillots déchirés, mon bon plaisir ce sont les beaux gestes... poétiques ; les jongles avec le langage ; quand les histoires de chaussures rejoignent Saussure...

Alors, allons droit au but, vous avez une action de jeu à nous proposer ?

Comment ne pas goûter le petit pont, la bicyclette, le coup du foulard ou du sombrero, l'aile de pigeon, le café crème, ou mieux : le caviar qui enrhume la défense ; les chandelles qui appellent un ascenseur, les frappes de mule et autres essuie-glaces...? Sur une bonne feuille de match, on se croirait chez Prévert où le raton-laveur serait devenu renard des surfaces...

Mais comme sur la pelouse, il y a aussi du déchet, non ?

Des cagades. Assurément. J'avoue me sentir las de ce monde ancien où l'on dit encore que le gardien "repousse le cuir" alors que les ballons sont désormais en polyuréthane thermosoudé. Mais les phases de jeu - que dis-je, les phrases de jeu - les plus éculées peuvent toujours tourner au grand œuvre alchimique. Quand on écoute par exemple le regretté Christian Jeanpierre s'exclamant : "Le sélectionneur portugais est tendu comme une pile !", ou mieux : "Quel silence ! Regardez ce silence !" Qu'il est bon de savourer aussi les saillies à la syntaxe hétérodoxe de feu Franck Ribéry, qui pouvait déclarer : "J'espère que la routourne... va tourner", ou encore "Inconsciemment il faut pas s'endormir"... C'est du Freud et même du Lacan - qui disait que "l'acte ne réussit jamais si bien qu'à rater"... Voyez enfin ou plutôt oyez la "Sarabande" de Paul Pogba, par la grâce de laquelle ce joueur a subsumé un geste impulsif et grossier - un bras d'honneur - lorsqu'il l'a retourné sept fois dans sa bouche et s'est ainsi fait le coéquipier non seulement de Coman et Payet, mais encore de Haendel, Bergman et Barry Lyndon !

Chroniques
7H10
11 min
Jeunesse 2016
#3 Sophia "Je me faisais appeler Claire"
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......