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Le poète Adonis, le 23 mai 2015 à Paris.

Adonis : "Transformer l'art en moyen, c'est tuer l'art"

43 min
À retrouver dans l'émission

Laure Adler s'entretient avec le poète d'origine syrienne, Adonis. Il livre ici ses réflexions sur la poésie arabe et française, sur la fonction du traducteur et celle du poète. Il s'exprime sur les dangers de l'islamisme et prône une société laïque faite de liberté et d'ouverture à l'autre.

Le poète Adonis, le 23 mai 2015 à Paris.
Le poète Adonis, le 23 mai 2015 à Paris. Crédits : PATRICK KOVARIK - AFP

Dans "Hors-champs", le poète et traducteur Adonis commence par évoquer son enfance syrienne dans les champs et sa vocation soudaine de poète lorsqu'il écrit à l'âge de 12 ans son premier poème pour saluer le premier Président de la République syrienne indépendante. Se faisant ainsi remarquer, il entre au lycée français, lui le petit villageois.

Sur son travail de traduction de la poésie française en arabe, Adonis exprime la difficulté "de créer des correspondances entre une langue comme l'arabe et le français ou l'anglais". Se posent ainsi des questions de musicalité, d'oralité, d'improvisation.

Une traduction, c'est une lecture donc c'est une création. [...] Si vous êtes fidèle, académiquement parlant, au texte, la traduction serait, je crois, anti-poétique. Donc, il faut créer. Pour être fidèle, il faut de temps en temps, trahir.

Il explique ce que lui a apporté la traduction notamment de Rimbaud et de Baudelaire, par rapport à sa propre culture, "cette lecture m'a révélé l'importance de la poésie arabe pré-islamique et de la vision mystique au sein de cette tradition". 

La poésie a été marginalisée et même exilée en dehors de la connaissance. La connaissance c'est la religion, donc il faut éviter la poésie.

Adonis poursuit en donnant son avis sur l'islamisme et les événements tragiques qui secouent son pays natal où il ne retourne plus. "Je suis toujours contre le régime sur place depuis 1956, c'est pourquoi j'ai quitté la Syrie mais je ne peux pas être avec une révolution menée par une religion. Islamiser ce pays, c'est le détruire.". Il se partage désormais entre le Liban et la France.

L'islamisme ne comprend rien à la poésie et ne comprend rien à la culture. C'est basé sur la loi et sur des rites de prière. L'islamisme, c'est une religion sans culture.

Puis, il livre sa vision de la poésie et de la fonction du poète. Il explique n'utiliser jamais la poésie pour s'exprimer politiquement. "Transformer l'art en moyen", comme cela se fait dans les pays dictatoriaux, "c'est tuer l'art", estime-t-il.

Je ne crois pas que la poésie doit être un moyen pour exprimer quelque chose. Le poète peut utiliser tout, l'histoire, la politique, la religion, tout. Tout est moyen pour la poésie, mais la poésie jamais ne peut être un moyen.

Revenant sur son art, il commente la place de la ponctuation et du blanc dans ses poèmes, "le blanc fait partie de la structure du poème mais la ponctuation c'est tout à fait différent, c'est un peu rationnel, la ponctuation c'est du côté de la prose, plutôt. _Le blanc c'est le souffle_."

Le poète engagé conclut cet entretien sur son combat contre l'islamisme.

Je ne suis pas contre la religion en tant que religion. Il faut défendre aussi la liberté de l'homme de croire ce qu'il veut, comme il veut, mais je suis toujours contre l'institutionnalisation de la religion. Il faut absolument séparer ce qui est religieux de ce qui est politique, culturel, social. Une société, cela va de soi pour moi, doit être une société laïque.

Indexation web : Documentation de Radio France

Intervenants
  • Poète et traducteur d'origine syrienne

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