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Alain Cavalier le 3 novembre 2009 à Lille.

Alain Cavalier : "Je viens d'un autre monde, je viens des romans du XIXe siècle"

44 min
À retrouver dans l'émission

Laure Adler s'entretient avec le réalisateur Alain Cavalier. Il se confie sur ses méthodes de filmage, sur la place omniprésente de la caméra dans sa vie et s'interroge sur la distinction entre mémoire cinématographique et mémoire naturelle. Laquelle des deux l'emportera ?

Alain Cavalier le 3 novembre 2009 à Lille.
Alain Cavalier le 3 novembre 2009 à Lille. Crédits : François Lo Presti - AFP

Alain Cavalier est l'invité de l'émission "Hors-Champs" à l'occasion de la sortie de son film très personnel "Le Paradis" qui entremêle mythes grecs et textes sacrés. Le cinéaste s'amuse du titre de l'émission car justement, il pense faire des films où il est "hors-champs", on ne l'entend que "dans la bande sonore". Et de poursuivre, "pour les cinéastes, le hors-champs c'est leur inconscient. L'image ils peuvent la contrôler, leur raison peut la contrôler mais le son, on ne peut pas savoir l'effet qu'il fera sur le spectateur. Et ça c'est très intéressant."

Concernant son film "Pater" sorti en 2011 et où il joue ce rôle de Président de la République, il reconnaît qu'"il faudrait peut-être dix heures de psychanalyse pour savoir qu'est ce qui [l]'a poussé à faire ça". Pour faire ses films, il raconte ne pas lâcher sa caméra : "La caméra est dans la tête du réveil au coucher et même pendant les rêves. Les films que je fais sont des prélèvements de ce plan sans coupes qu'est ma journée." Le cinéaste explique comment il travaille avec cette caméra, comment il cherche à "faire le plus avec le moins" : _"C'est ça que je cherche à la fin de ma vie de cinéaste, c'est que la vie vienne et que je n'aille pas vers elle_, avec mes idées toutes faites, avec mes projets, avec mes épures... je n'en veux plus de tout ça."

On n'a pas de morale quand on est sur le terrain. On est une caméra, on n'est pas autre chose qu'une caméra. Après on trie parce qu'il peut y avoir des choses un peu indiscrètes, au montage on les enlève mais à la prise de vue on n'est pas très fiable moralement, je trouve.

Alain Cavalier l'affirme : "J'ai une croyance dans le monde". Son dernier film "Le Paradis" suit le récit de la vie et il reconnaît que "c'est la vie qui apporte le plan final".

Je pense qu'un cinéaste a plusieurs vies et, s'il les suit, ses films doivent ressembler à ses vies différentes, à ses visages différents... Et puis il y a les vies des gens qu'il a aimés... c'est ça qui me poursuit. C'est une irrigation permanente.

Il pense ainsi que les gens qu'il a aimés et qu'il a filmés sont en lui, qu'il en garde "une petite trace" cinématographique. Cette présence en lui, l'amène à s'interroger sur ce qu'il gardera comme image à la fin de sa vie.

Mon seul problème, c'est à mon dernier souffle : est-ce-que je me souviendrais de quelque chose de la vie ou d'un plan que j'ai tourné ? Parce que la mémoire cinématographique a tendance à prendre le pas sur la mémoire naturelle. Et ça c'est un petit peu chiant quand même...

En réfléchissant sur ses raisons de filmer, Alain Cavalier dit chercher comme "une cérémonie lumineuse".

J'avais un monde intérieur qui se puisait dans la vie et dans les lectures et qui était merveilleux. Je crois que je suis devenu cinéaste pour continuer à m'émerveiller un tout petit peu de la vie.

Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France

Bibliographie

Le Paradis

Le ParadisAlain CavalierPathé films, 2014

Intervenants
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