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Bernardo Bertolucci lors d'une conférence de presse à Bologne (Italie), en juillet 2013.

Bernardo Bertolucci : un raconteur d'histoires poétiques

44 min
À retrouver dans l'émission

Laure Adler reçoit Bernardo Bertolucci, réalisateur italien.

Bernardo Bertolucci lors d'une conférence de presse à Bologne (Italie), en juillet 2013.
Bernardo Bertolucci lors d'une conférence de presse à Bologne (Italie), en juillet 2013. Crédits : Mario Carlini - Iguana Press - Getty

Bernardo Bertolucci baigne dans le milieu cinématographique depuis son plus jeune âge. En effet, son père, poète et critique de cinéma, l'emmène très tôt dans cet univers, comme le raconte dans cette émission le réalisateur italien :

Il avait créé un petit ciné-club à Parme avec un ami, et on s'y rendait souvent le dimanche matin. C'étaient les premiers films que je voyais : des Chaplin, des Buster Keaton, ou bien Eisenstein, Griffith. Au lieu d'aller à la messe, on allait au ciné-club. C'est comme ça qu'est né le cinéma en moi. 

Je me suis retrouvé parachuté dans le cinéma avant de l'avoir étudié.

C'est également très tôt qu'il passe du côté de la réalisation : il reçoit sa première caméra à l'âge de seize ans.

Je pensais qu'il y avait des histoires à raconter. Avec le cinéma, j'ai toujours été un story-teller, un raconteur d'histoires. Même à seize ans. D'ailleurs, si on y pense, il y a une harmonie entre le fait d'avoir seize ans et le fait de tourner en seize millimètres.  

Pendant son adolescence, c'est par le cinéma qu'il s'éduque et se cultive :

Au lieu d'aller au musée, j'allais à la Cinémathèque française. [...] C’était pour moi comme l'Église du cinéma ; et Langlois en était le Pape.

J'étais très contre les écoles de cinéma. [...] Je pense que pour devenir metteur en scène il faut voir énormément de films, se remplir les yeux et le cœur de films, d'un côté ; et de l'autre, se faire une expérience pour savoir ce qu'il se passe sur un plateau de cinéma. Je l'ai fait pour ma part avec Pasolini.

Beaucoup de ses films sont des adaptations littéraires. Il évoque dans cette émission le rôle de la littérature dans son travail, mais aussi ses autres influences - l'opéra, la psychanalyse, la sociologie... - : 

Souvent, je trouve dans des livres des histoires que j'ai envie de raconter. [...] Mais mes histoires viennent aussi des choses qui me touchent dans la vie, dans le présent. 

Je suis né à Parme, qui est une ville qui aime beaucoup l'opéra [...]. Je me sentais plein de mélodrame, plein de musique de Verdi. Je me disais aussi que dans le mélodrame, tout est possible - un peu comme dans les comédies musicales hollywoodiennes. 

Bertolucci nous raconte dans cette émission divers souvenirs et anecdotes de tournages - notamment sur La Luna, Le Dernier tango à Paris, Moi et toi et 1900. Il évoque surtout sa conception du cinéma, centrée autour de l'intuition, de la sensibilité et de la poésie de l'art :

Moi je pense qu'on pourrait dire que le cinéma, c'est la vie au travail. Et dans la vie, il y a des moments qui sont poétiques, et d'autres qui ne le sont pas ; ne me demandez pas pourquoi. 

Mettre la caméra dans un certain coin, c'est dû à l'inspiration. Et ne me demandez pas ce que c'est que l'inspiration, parce que je ne peux pas vous répondre. Mais je sais que l’inspiration est là, et si elle n'est pas là les films sont moches. 

Dans mes films, la caméra devient l’œil d'un personnage invisible, qui n'est pas là mais qui est avec les personnages du film. Donc je filme avec un certain amour. Je trouve que tous mes films sont aussi des histoires d'amour - pas nécessairement amour physique, mais ce sont des enchantements.

Si je ne peux pas tomber amoureux d'un acteur ou d'une actrice, le film est gâché. [...] Quand je fais un casting, je vois tout de suite si l'acteur sera ou ne sera pas dans mon film. Ça dépend beaucoup du mystère que je sens dans cette personne. C'est toujours un mystère que je vais découvrir en faisant mon film. C'est ça aussi que j'appelle histoire d'amour.

Parfois, le succès laisse derrière lui une certaine déprime. Mais si on n'a pas de succès, la déprime est encore plus forte ! [Rires.] On est condamnés à cela.

Je crois que le cinéma avance, il change, et c'est bien. C'est bien de ne pas rester lié à de vieux formats, de vieilles attitudes et habitudes. 

Extraits audio :

  • Accattone, Pier Paolo Pasolini
  • La Luna, Bernardo Bertolucci
  • 1900, Bernardo Bertolucci
  • Le Dernier tango à Paris, Bernardo Bertolucci

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