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Bruno Latour

Bruno Latour : "Je crois que l'anthropologie est redevenue la science sociale fondamentale"

45 min
À retrouver dans l'émission

Laure Adler reçoit aujourd'hui Bruno Latour, sociologue, anthropologue et philosophe pour évoquer son parcours et aborder les différentes questions philosophiques auxquelles il réfléchit : le rapport de l'homme à la technique, l'anthropocène, le climat, la cosmopolitique.

Bruno Latour
Bruno Latour Crédits : Geneviève Méric - Radio France

Invité de Laure Adler, le philosophe et sociologue Bruno Latour évoque d'abord son enfance dans une famille nombreuse de vignerons et négociants en vin installée à Beaune. Attaché à son terroir il a malgré cela très vite été attiré par les ailleurs, ayant des sœurs plus âgées grandes voyageuses.

La vocation philosophique

Il n'a pas suivi sa "carrière normale" qui aurait été de prendre la succession de l'entreprise familiale car il a été, dit-il, "saisi par la tarentule de la philosophie". Mais il est conscient de ne pas "échapper" pour autant à son milieu bourgeois d'origine. La vigne est un milieu intéressant, un métier très complexe, même s'il n'a pas beaucoup pratiqué.

A la première minute où j'ai entendu un cours de philo, je me suis dit : "Moi aussi je serai philosophe." C'est une espèce de vocation instantanée qui ne m'a pas quitté, même si aucun philosophe ne me considère comme un philosophe. C'est ma version à moi, moi je me considère comme philosophe mais personne ne me considère comme philosophe. Je n'appartiens à aucune discipline,.

De son expérience de coopérant en Côte d'Ivoire pendant son service militaire, il dit combien cela a été "formateur" pour lui, "venant de la philosophie la plus traditionnelle, excellente d'ailleurs", il a découvert "la pratique du terrain" en anthropologie. Discipline pour laquelle il revendique une place essentielle du fait des crises écologiques, et dont il loue les méthodes qu'il utilise également dans son questionnement philosophique. 

Le sujet fondamental des techniques et du non-humain

Il regrette que la réflexion sur les techniques et les machines soit si peu courante : "Il n'y a pas beaucoup d'amateurs de technique au sens d'amateurs d'art. L'attention du monde cultivé ne se porte pas généralement sur les objets techniques. Les techniques sont méprisées." Or il voit une "urgence politique" à penser et déployer en réseaux le "non-humain". L’appellation de notre période géologique comme anthropocène le fait poursuivre sa réflexion sur le rapport entre humain et non-humain puisque ce serait la force technique de l'homme qui deviendrait une force géologique. Les humains seraient devenus une force géologique en elle-même.

Les géologues ne sont pas des zozos, ce sont des gens assez sérieux. Brusquement ce sont les géologues, qui s'occupent des sédiments, du granit, de la tectonique des plaques qui se mettent à considérer l'humain en masse comme étant une force géologique égale à la tectonique des plaques. Il y a un retournement de civilisation tout à fait passionnant qu'il serait dommage de ne pas documenter.

La cosmopolitique

Bruno Latour explicite ce qu'il a appelé la cosmopolitique, "la politique n'a jamais été simplement celle des humains". Elle s'intéresse à son environnement, à des sujets non-humains bien plus vastes que l'humain. En quelque sorte nous devons nous considérer comme des Terriens et non plus comme des humains. Ainsi, la question du climat est-elle devenue essentielle dans les connaissances, elle fait partie du "sens commun". En posant ces mots, il ne fait que nommer, lui semble-t-il, ce qui fait notre quotidien.

Intervenants
  • philosophe, sociologue, professeur émérite associé au medialab de Sciences Po
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