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Christian Boltanski devant son installation “Personnes” à la Monumenta 2010 au Grand Palais.

Christian Boltanski : "Je ne fais pratiquement plus des œuvres que l'on pourrait accrocher chez quelqu'un"

44 min
À retrouver dans l'émission

Laure Adler reçoit l'artiste Christian Boltanski au Palais de Tokyo. Il revient sur quelques unes de ses œuvres qui s'inscrivent dans son travail autour de la mémoire et de l'oubli. Il souhaite que ses œuvres posent des questions simples et il voit dans la création une forme de psychanalyse lente.

Christian Boltanski devant son installation “Personnes” à la Monumenta 2010 au Grand Palais.
Christian Boltanski devant son installation “Personnes” à la Monumenta 2010 au Grand Palais. Crédits : Pierre Verdy - AFP

Invité de "Hors-champs", l'artiste Christian Boltanski explique que l'on peut "rejouer de manières différentes" ses œuvres. Après chaque exposition, ses installations sont détruites parce qu' "on ne peut pas les garder" et il rejette l'idée d'une œuvre comme "sainte relique". Il espère même que pour ses œuvres, "quelqu'un va les réinterpréter" comme un nouveau chef-d'orchestre pourrait le faire à partir d'une partition. Il insiste sur l'idée qu' " il n'y a plus exactement la notion d'une œuvre qu'on garde dans un musée et qu'on accroche dans un musée à un moment donné ". Sur ses créations monumentales, il s'en explique : "Pour moi, il est très important aujourd'hui qu'on ne soit pas devant quelque chose mais dans quelque chose."

Le plasticien détaille certains de ses projets comme "Les archives des cœurs" sur une île japonaise qui se présente comme une bibliothèque d'enregistrement des battements de cœurs de personnes réelles, ou encore "Les dernières années de CB" sur l'île de Tasmanie en Australie qui est une compilation des enregistrements vidéo de son atelier : "Mon atelier est filmé par des caméras de surveillance, jour et nuit. Depuis ce protocole, partout dans mon atelier il n'y a aucun moyen d'échapper à la vision d'une caméra. Tout est gardé, archivé." Ces créations révèlent les obsessions de Christian Boltanski, enfant rescapé de l'Occupation allemande, qui tournent autour de l'absence et de la mémoire. "J'aime énormément la vie et j'espère vivre jusqu'à 185 ans mais de dire qu'il est possible que je meure dans cinq ans est une chose, qui, je pense est saine. On ne doit pas se cacher le fait que quand on voit un bébé, ce bébé va mourir un jour."

Mon activité a toujours échoué parce que j'ai essayé de lutter contre la mort et l'oubli et naturellement ce n'est pas possible.

Ce qu'il crée "s'approcherait plutôt de ce qu'on a pu appeler l'art total", selon lui. Il affirme ne pas aimer le terme d' "art conceptuel" car en réalité "tout est conceptuel". "Mon travail n'est pas très intellectuel, il pose des questions extrêmement simples - je veux qu'il pose des questions extrêmement simples - et j'y arrive !", estime-t-il. Il définirait son art comme "quelque chose qui serait entre des grandes scénographies et des constitutions de mythes, mais ce n'est pas exactement ça, c'est quelque chose autour de ça....". 

Christian Boltanski conclut l'entretien en comparant son activité artistique à une "psychanalyse très lente et très naïve", mais il confie que "malgré tout, à force, on résout quelques problèmes qu'on a eus au départ". Pour lui, son travail est à mettre en relation avec la question de la "contradiction entre l'immense importance de chaque être et sa fragilité".

Je dis toujours que je suis peintre parce qu'à la fin je tache de donner des émotions et de poser des questions en utilisant un moyen visuel, donc je suis peintre-sculpteur.

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