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David Grossman

David Grossman: "la plupart des gens voulaient tourner le dos à cette expérience, tourner le dos au juif humilié"

44 min
À retrouver dans l'émission

L'écrivain israélien David Grossman s'installe aux côtés de Laure Adler. L'auteur de "Un Cheval entre dans un bar" (Le Seuil, 2015) livre son regard sur son enfance et l’histoire d’Israël.

David Grossman
David Grossman Crédits : ALEJANDRO GARCÍA - Maxppp

Après qu’elle est agressée par un policier polonais, la grand-mère de David Grossman a fui la Galicie pour s’installer en Palestine « Ma grand-mère qui n’avait quasiment jamais quitté son village juif, a pris mon père, sa sœur, ils ont pris l’autobus pour la première fois de leur vie, ils sont allés jusqu’à un bateau et ont pris un bateau pour aller en Palestine». Puis c’est l’horreur de la Shoah, « de façon miraculeuse pour nous tous», évitée de justesse.

Ces gens-là criaient la nuit dans leurs rêves et disaient des mots bizarres en allemand, en polonais, en yiddish

David Grossman naît six ans après la reconnaissance d’Israël, en 1954. A cette époque, « l’ombre de la Shoah était encore extrêmement prégnante. Dans les rues de (…) mon petit quartier à Jérusalem, on voyait encore passer les gens avec (…) les chiffres tatoués sur leur avant-bras. Ces gens-là criaient la nuit dans leurs rêves et disaient des mots bizarres en allemand, en polonais, en yiddish.»

Quelque chose de terrible s’était passé dont les adultes ne voulaient pas parler

Pourtant encore tabou, le spectre du génocide juif plane sur la société dans laquelle il grandit. « On ne savait pas ce qu’il s’était passé, mais on savait que quelque chose de terrible, de l’ordre de l’indicible s’était passé. Parce que les adultes ne voulaient pas en parler. Parfois, lorsque je rentrais dans la pièce, les conversations, soudain s’arrêtaient. Je pouvais saisir des fragments d’une phrase (…), des choses (…) tellement horribles qu’il n’y avait aucune place dans notre esprit pour cela. »

Chaque jour à la radio, un speaker lisait des listes de noms des gens qui se cherchaient..

David Grossman se souvient d’un programme radiophonique en Israël dédié aux personnes qui avaient perdu des êtres chers. « Entre 13h20 et 13h30, dix minutes chaque jour à la radio, un speaker lisait les listes de noms des gens qui se cherchaient. (…) Toute cette lamentation a accompagné nos repas tout au long de notre enfance, c’était quelque chose de très présent. »

Où était notre aviation ? Comment se fait-il qu’ils n’aient pas bombardé ces lieux-là ?

Le procès Eichman en 1961 vient mettre à jour la réalité du génocide que Ben Gourion avait souhaité effacer. « _L’expérience de la Shoah était tellement insupportable, tellement humiliante pour nous, que la plupart des gens, peut être Ben Gourion aussi, voulaient tourner le dos à cette expérience, tourner le dos au juif humilié, au juif persécuté, au juif condamné à être victime.
_

Je me souviens de façon très claire, lorsque, pour la première fois, j’ai compris ce qu’il s’était passé pendant la Shoah. Autour de cet âge-là, je pense que j’avais huit ans. Soudain il m’était apparu ce chiffre de six million de gens, ce qui leur avait été fait, la façon dont ils ont souffert, c’est devenu quelque chose de très personnel… Une de mes premières questions c’était : mais où était notre aviation ? Comment se fait-il qu’ils n’aient pas bombardé ces lieux-là ? J’étais un enfant typique d’Israël, je ne pouvais pas penser à Israël sans une armée pour nous défendre »…

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