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François Cheng le 13 juin 2002, après son élection à l'Académie française.

François Cheng : "C'est en creusant vers la profondeur qu'on peut vraiment atteindre l'universel"

44 min
À retrouver dans l'émission

Laure Adler reçoit François Cheng, écrivain, poète et calligraphe, pour évoquer son parcours et les motivations qui l'ont poussé à devenir écrivain à l'occasion de la sortie de son livre "Quand reviennent les âmes errantes" (Albin Michel).

François Cheng le 13 juin 2002, après son élection à l'Académie française.
François Cheng le 13 juin 2002, après son élection à l'Académie française. Crédits : Jack Guez - AFP

Au micro de Laure Adler, l'écrivain d'origine chinoise François Cheng revient sur son nom et son prénom chinois qu'il a francisé. 

[Mon prénom chinois] Chi-hsien veut dire "célébrer la sagesse" et toute ma vie je me suis rebellé contre ce prénom, je n'ai jamais cherché la sagesse alors que parfois en France on me prête cette qualité. Alors que ce n'est absolument pas la sagesse que je cherche, c'est la passion. Toutes mes démarches sont fondées sur la raison quand même mais une raison ouverte.

Très tôt, à cause de la guerre qu'il a connue jeune, il a eu une conscience aiguë de sa présence au monde et de ces deux mystères que sont d'un côté la beauté de la nature et de l'homme et de l'autre la question du mal. C'est alors que la poésie apparaît et lui semble "indispensable" pour comprendre cette énigme

En Chine, j'ai passé toute mon adolescence, cette période de croissance, en pleine guerre de 1937 jusqu'à 1945. On était sous-alimentés et mal soignés par les médecins donc je pensais même mourir à 20 ans, et puis j'ai dit à 30 ans, et puis 40 ans, 50 ans... et je ne sais pas comment se fait-il que maintenant j'ai dépassé 80 ans. Ce n'est absolument pas par coquetterie, je dis la vérité. Il y a cet étonnement disons qui m'a permis de réaliser certaines choses que j'ai désirées depuis longtemps de faire.

En évoquant la question du vide originel dans la pensée chinoise, l'écrivain fait le lien avec son livre Quand reviennent les âmes errantes où il est question du double royaume de la vie et de la mort. Il a voulu "interroger le mystère de notre destin" dans ce livre, alors qu'il se sentait "poussé par une impulsion".

En réalité, nous n'avons cessé de dialoguer avec la mort, avec notre propre mort et avec nos morts. Chacun porte le deuil forcément depuis son enfance. Pour moi, la mort n'est pas ce couperet qui à un moment donné fatal, tombe, et hop, ça y est on n'en parle plus. Pas du tout, la mort est partie intégrante de la vie, même la contemporaine intime de la vie. La mort, bien sûr, c'est une force négative qui a fixé la condition tragique de l'homme, ça nous sommes tous d'accord. Et d'un autre côté, la mort, à sa manière, est une force positive parce que c'est la mort qui permet de nous renouveler, c'est la mort qui nous oblige à nous transformer et à nous dépasser. [...] Cette idée d'unicité de notre être et de tous les instants de notre vie, c'est à cause de la présence de la mort.

L'académicien d'origine chinoise fait état de l'"exigence extrême" de la langue française, "par son génie de nuance et de précision" et "par son souci de style". 

J'ai été marqué par l'Occident aussi bien par la tradition grecque, que par la tradition judéo-chrétienne. C'est à cause de tout de détour et encore une fois par la langue française... le fait d'écrire en français, pour moi, ce n'est pas simplement le fait d'avoir emprunté une autre langue pour dire ce que j'aurais pu dire en chinois aussi. Pas du tout , le détour par la langue française m'a permis de sortir complètement de moi-même, d'entrer dans l'intimité d'un autre. Ici, l'autre c'est toute la tradition occidentale véhiculée par la culture française et la langue française.

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