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Hommage à Luc Bondy

44 min
À retrouver dans l'émission

Grand metteur en scène, au style empreint de finesse et de sensibilité, Luc Bondy s'est éteint le 28 novembre 2015. Artiste européen, il fut codirecteur de la prestigieuse Schaubühne de Berlin dans les années 80 et, depuis 2012, directeur de l'Odéon à Paris. Créateur passionné, foisonnant d'idées et curieux, il laissera le souvenir d'un théâtre tendre et rêveur. Hommage.

Luc Bondy
Luc Bondy Crédits : Manfred Werner

Luc Bondy naît le 17 juillet 1948 à Zurich. C’est dans la ville suisse que son père, le journaliste François Bondy, était venu se réfugier pour fuir le nazisme. Il passe néanmoins une grande partie de son enfance en France, époque où le jeune Luc parle peu : « Enfant, j’étais déconcerté par moi-même, par l’existence […] Très jeune, vivre me semblait être une aventure très difficile. […] La manière d’exister est une vraie question. »

Déjà le théâtre n’est pas loin : « Il y avait une cave à Zurich où nous vivions. J’y donnais des représentations sur de petites marches en pierre. » Luc Bondy est élevé dans une famille qui aime les livres et les arts. Son grand-père, Fritz Bondy, était d’ailleurs metteur en scène à Prague.

A l’adolescence, il part étudier dans un pensionnat : « Je ne savais pas ce que je faisais là. » Et là aussi, Luc Bondy est rattrapé par la scène : « A l’internat, il y avait un groupe de théâtre, et ça m’a toujours beaucoup intéressé. […] Quand je ne jouais pas, je me mettais à côté de la metteuse en scène et je disais ‘ je ne pense pas qu’elle devrait faire ça…‘ »

En 1969, à l’âge de 21 ans, Luc Bondy part en Allemagne pour se lancer à corps perdu dans le théâtre, et est engagé comme assistant à la mise en scène. « Je trouvais les metteurs en scène très conventionnels à cette époque. » Il commence à monter des spectacles dans de tout petits théâtres, à Göttingen ou à Nuremberg. « Un jour, un critique allemand important avait écrit un article intitulé « découverte d’un metteur en scène » . C’est un pas de plus pour le jeune homme qui arrive à Munich à 23 ans en mettant en scène une pièce d’Edward Bond.

« A l’époque, la mode au théâtre, c’était Brecht. Mais il y avait aussi un autre auteur qui me plaisait plus, à la fois politique et poétique, qui parlait d’un monde magique, un théâtre très irréel avec des histoires incroyables, des pièces oniriques : Ödön von Horváth . La langue est très belle, le style magnifique, pas du tout didactique. »

Le basculement survient avec Terre étrangère d’Arthur Schnitzler, qu’il monte en 1984, événement théâtral qui lui ouvrira les scènes françaises qu’il n’a plus quitté depuis. « Je trouve en France plus de personnalités et moins de groupes, et j’aime former une famille avec des personnalités. […] J’essaye de créer une vie avec le théâtre. » Mais c’est en Allemagne qu’il va codiriger, aux côtés de Peter Stein, la prestigieuse compagnie berlinoise Schaübuhne dès 1985.

C’est aussi une période marquée par la maladie. « Je suis un être qui s’étonne d’être en vie. J’ai échappé à la mort plusieurs fois. Et j’ai passé beaucoup de temps de ma vie dans les cliniques, emprisonné. » A l’hôpital, il va se mettre à écrire. Beaucoup de poèmes notamment. « Les poèmes sont des aperçus de moi-même, des instants, des flashs qui me viennent et que j’écris. Si on observe quelqu’un toute une journée, on s’aperçoit de tous les gestes inutiles. »

En 2012, il est nommé à la tête de l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris, sur fond de polémique. « Je n’ai pas laissé pénétrer la polémique en moi, j’ai gardé ça loin. » A l’Odéon, « je suis responsable des projets qui passent pour le public. Cela me donne un vrai sens. Je crois que je suis un metteur en scène qui aime l’éclectisme, qui passe d’une chose à l’autre, qui aime me surprendre et surprendre le public. » Et d’ajouter : « Il faut prendre des risques. »

Explorateur des possibilités esthétiques et narratives du théâtre, Luc Bondy aimait travailler avec ses acteurs à des mises en scène pleines de nuances et de vie, toujours aussi passionné par son art. « Je n’imagine pas mon âge, je suis resté très enfantin… »

[Pour cette émission hommage, rediffusion de l'entretien accordé par Luc Bondy à Laure Adler dans le Hors-Champs du 9 janvier 2014 sur France Culture.]

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Et aussi... (Ré)écoutez La Dispute , animée par Arnaud Laporte et diffusée le 30 novembre 2015 sur France Culture, qui a rendu hommage à Luc Bondy, en compagnie de Georges Banu, Dominique Bourgeois, Isabelle Huppert, Stéphane Lissner, Fabienne Pascaud, Richard Peduzzi et Dominique Reymond.

Intervenants
  • metteur en scène, écrivain et réalisateur
L'équipe
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