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HORS-CHAMPS EN ISRAËL : Avi Mograbi

45 min
À retrouver dans l'émission

"En fait, ce que je viens faire ici, c'est te demander d'être mon associé. [...] Le film qu'on fait est un documentaire. Il montre ce qui se passe vraiment. Ce n'est pas une histoire inventée. [...] On ne peut pas échapper à sa propre histoire, à celle de son père et de sa mère."

Avi Mograbi, Dans un jardin je suis entré , Epicentre Films, 2014

Laure Adler s'entretient avec Avi Mograbi , cinéaste

Avi Mograbi
Avi Mograbi Crédits : Corinne Amar - Radio France

Avi Mograbi est né dans le cinéma. Son grand-père était propriétaire d’une salle de cinéma à Tel-Aviv, à cinq minutes de la mer, le Cinéma Mograbi : « J’y passais mes jours et mes nuits. » C’est donc tout naturellement que le jeune Avi est pris du désir de tenir un jour une caméra. Mais « mon père pensait que c’était une très mauvaise idée car les réalisateurs ne gagnent pas beaucoup d’argent. »

Célébré aujourd’hui comme un grand nom du cinéma israélien, il reconnaît pourtant que ses films connaissent plus de succès en Europe que dans son propre pays. Le cinéma de Mograbi est intrinsèquement politique : il dit beaucoup sur la vie en Israël et sur les relations avec la Palestine.

Ce regard critique, il l’applique par exemple dans son Z32 qui raconte l’histoire d’un jeune soldat ayant participé à un massacre dans un village palestinien : « Je ne pensais pas que cela serait aussi compliqué de tourner ce film lorsque j’ai commencé à le préparer. » Son ambition de départ : faire témoigner, face caméra, le jeune homme.

Mais celui-ci refuse finalement qu’on voie son visage « Jamais je n’aurais pensé faire ce film » . Le visage est finalement dissimulé derrière un masque numérique : « ce procédé m’a ruiné dans mon budget » . Et surtout, cela a posé au cinéaste tout un tas de questions morales : « si c’est moi qui lui ai créé ce masque, cette cachette, quelle est ma responsabilité par rapport aux actes qu’il a commis ? »

Le cinéma d’Avi Mograbi prend parfois la forme d’un manifeste politique. Dans sa dernière œuvre, Dans un jardin je suis entré , il exprime sa foi en un avenir positif. Le film montre une conversation, une ballade, une amitié entre deux êtres censés se mépriser, Avi et Ali. Ils parlent du temps, de l’histoire, de la mémoire...

Dans un jardin je suis entré tente de saisir une énergie venue du passé : il s’agit de saisir le peu que nous ayons aujourd’hui et prier pour un avenir meilleur. « Je voudrais avoir une vision optimiste de l’avenir mais ici chaque jour est pire que le précédent. » Avi Moragbi dit se contenter du simple bonheur d’être en tant qu’individu, et de voir que ses enfants sont heureux. « En ce qui concerne cet endroit où je suis né et où j’ai vécu toute ma vie, j’ai peu d’espoir, très peu... »


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ZOOM Crédits : Radio France

Avi Mograbi : "Israël refuse d'accueillir les réfugiés érythréens alors que ce pays a été fondé par des réfugiés"
Le cinéaste dévoile le sujet de son prochain film :

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L'INVITE
Avi Mograbi est un cinéaste israélien dont les films sont à mi-chemin entre art vidéo et cinéma documentaire. Il explore avec talent de nombreuses problématiques politiques et sociales en Israël, non sans une pointe d'humour et de musique. Parmi ses films cultes, citons Deportation (1989), Happy Birthday, Mr. Mograbi! (1998), Août, avant l'explosion (2001), Pour un seul de mes deux yeux (2005), ou Z32 (2008). Son film emblématique Comment j'ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon (1996) dresse le portrait de l'ex-Premier ministre israélien, une figure qui le repousse et le fascine à la fois. Dans Dans un jardin je suis entré (2012) suis les conversations de deux amis, Avi et Ali, qui se replongent dans leurs souvenirs et dans leurs réflexions sur l'histoire et le temps.


Vous pouvez réécouter cet épisode, ainsi que les trois autres de la série "Hors-Champs en Israël" sur le site internet de l'émission pendant une durée de mille jours, ou alors en podcast pendant un an. On se retrouve dès demain 5 juin pour le cinquième volet de ce spécial Hors-Champs depuis Tel-Aviv avec le philosophe Raphaël Zagury-Orly.

HORS-CHAMPS EN ISRAËL
< Episode 3 : Dror Mishani Episode 5 : Raphaël Zagury-Orly >

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