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HORS-CHAMPS EN ISRAËL : Yaël Neeman

44 min
À retrouver dans l'émission

"C'étaient vraiment de belles années baignées d'or. Parce que nous vivions dans la température glaciale et brûlante d'un soleil éternel. Nous étions tendus par la curiosité devant chaque jour nouveau, en éveil du matin au soir. Nous courions, nous sautions, les mains poisseuses de la résine des pins et du lait des figuiers. Si proches les uns des autres, jour et nuit, nous ne savions pourtant rien de nous. [...] Nous parlions au pluriel. C'est ainsi que nous sommes nés et avons grandi depuis l'hôpital et une fois pour toutes. Notre horizon était étrange et distordu."

Yaël Neeman, Nous étions l'avenir , Actes Sud, 2015, pages 8 et 9 (traduit de l'hébreu par Rosette Azoulay avec la collaboration de Rosie Pinhas-Delpuech)

Laure Adler s'entretient avec Yaël Neeman , écrivaine

Yaël Neeman
Yaël Neeman

L’idée de vivre dans un kibboutz séduisait beaucoup les parents de Yaël Neeman. Vivant en Europe, ils avaient entendu parler de cet exemple de société idéale. La jeune Yaël, elle, est née dans le kibboutz Yehiam et y a vécu jusqu’à l’âge de dix-huit ans. Dans cette utopie typiquement israélienne, les enfants s’élèvent entre eux, séparés de leurs parents : « On essayait de faire en sorte que les enfants apprennent selon leur volonté, qu’ils se développent à leur gré. Cela ne fonctionnait pas chez tous les enfants. » L’idée du groupe d’enfants était que règne l’égalité et que chacun ait la même opportunité. Mais Yaël Neeman le reconnaît : « Nous vivions dans une bulle, la bulle des idées. »

Quand elle décide de quitter le kibboutz, au début des années 1980, elle se rend compte que tout est différent à l’extérieur, comme par exemple le fait d’avoir de l’argent sur soi ou d’avoir le droit de quitter son travail, chose inimaginable au kibboutz. « Je me suis peu à peu rendu compte de certaines choses et j’ai commencé à apprécier cette nouvelle vie. »

Aujourd’hui, le kibboutz tel qu’il avait été pensé à sa création n’existe plus. C’était une idée d’égalité, de partage, d’une société juste et équitable, mais aussi « d’un esprit révolutionnaire qui essayait de détruire la famille nucléaire, la famille bourgeoise. »

Selon Yaël Neeman, il y a bien des traits de caractère propres aux gens qui ont quitté le kibboutz. « Il y a par exemple un retard dans la carrière professionnelle par rapport aux gens qui viennent des villes. » Et en même temps, venir du kibboutz est typiquement israélien, estime-t-elle. « Je pense qu’on en parle avec fierté » , il y a toute une communauté de gens qui viennent d’un kibboutz en Israël. « Ils sont fiers et solidaires » . C’est d’ailleurs bien vu d’être sorti d’un kibboutz : les gens sont traditionnellement considérés comme des gens qui travaillaient bien et de nombreux propriétaires d’appartements veulent absolument des anciens kibboutznik comme locataires car ils ont la réputation de payer leur loyer à temps.

Ce n’est que récemment que Yaël Neeman a ressenti l’envie de raconter son histoire et de livrer sa propre expérience du kibboutz : « il a été difficile pour moi de trouver la voix juste. » Le récit qui en résulte s’intitule Nous étions l’avenir . Elle s'y montre honnête vis-à-vis des échecs de cette société idéale tout en gardant une certaine affection pour cette idée utopique, « même si tout n’était pas parfait... »


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ZOOM Crédits : Radio France

Yaël Neeman : "Les enfants s'élevaient les uns des autres"
L'écrivaine raconte la manière dont les enfants étaient élevés entre eux au kibboutz, séparés de leurs parents :

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Yaël Neeman : "Les enfants s'élevaient les uns les autres"

L'INVITEE
Yaël Neeman est née en 1960 au kibboutz Yehiam. Au début des années 1980, elle décide le quitter et de s'installer à Tel-Aviv. Elle raconte son expérience du kibboutz dans Nous étions l'avenir (Actes Sud, 2015) qui fait le récit aussi bien des défauts que des idéaux de cette utopie israélienne. Yaël Neeman est également l'auteure d'un livre pour la jeunesse, Un mardi orange (Am Oved, 1988), un roman, Rumeurs sur l'amour (Katom, 2004), ainsi que des nouvelles et des poèmes, des textes pas encore traduits en langue française.


Vous pouvez réécouter cette émission sur le site internet de l'émission pendant mille jours, ou la podcaster pendant un an. Vous avez manqué le premier épisode de la série spéciale "Hors-Champs en Israël" avec le sociologue Denis Charbit ? Vous pouvez le réécouter dès à présent en cliquant ci-dessous. Et rendez-vous demain 3 juin pour le troisième volet de la série en Israël avec l'écrivain et professeur de littérature Dror Mishani.

HORS-CHAMPS EN ISRAËL
< Episode 1 : Denis Charbit Episode 3 : Dror Mishani >

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