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L'écrivain japonais Oe Kenzaburo, couronné par le Prix Nobel de littérature en 1994, ici en 2009
Épisode 6 :

Kenzaburô OE: l'amour d'un père.

45 min
À retrouver dans l'émission

Première partie de deux entretiens avec le romancier et prix Nobel de littérature, OE Kenzaburo. Auteur complexe et sensible, OE occupe une place unique dans la littérature japonaise contemporaine. Aux côtés de Laure Adler, cet auteur livre le récit touchant de sa relation avec son fils handicapé.

L'écrivain japonais Oe Kenzaburo, couronné par le Prix Nobel de littérature en 1994, ici en 2009
L'écrivain japonais Oe Kenzaburo, couronné par le Prix Nobel de littérature en 1994, ici en 2009 Crédits : Visual China Group - Getty

En japonais, Hikari veut dire "la lumière". Attentif, OE décrypte le comportement de son fils qui, "depuis quelque temps", apprécie la musique classique  française. Depuis qu’il écoute de la musique, Hikari "passe son temps à écouter les mêmes morceaux, les mêmes compositeurs. Toute l’année, il se lève à 10h du matin, et jusqu’à 22 heures, il va écouter de la musique". OE sonde également les goûts musicaux de son fils et leur évolution : "Un jour c’est Ravel (…) et puis, un beau jour, ça change ! Il quitte Ravel pour un autre compositeur. Pour nous, c’est très mystérieux, on ne sait pas comment ça se fait chez lui".

"C’est comme ça qu’il vit, mais il a l’air heureux, il ne se plaint jamais."

Depuis quelques années, son fils ne parle plus beaucoup. "Avant, il nous parlait plus volontiers. Il nous disait tiens il y a un oiseau dans le jardin ! Mais ces derniers temps, il se mure dans le silence". Au lieu de voir la condition de son fils comme une simple maladie, OE Kenzaburo préfère, au contraire, s’inspirer de sa façon de vivre, "C’est comme ça qu’il vit, mais il a l’air heureux, il ne se plaint jamais. Et, par exemple, moi, quand je vais dans ma bibliothèque, avec mes livres, lui, il a sa collection de disques, donc c’est un peu comme moi avec ma bibliothèque, lui, c’est ses disques".

"Ce coté un peu comique c’est aussi quelque chose de très vivant et drôle."

Hikari a reçu une éducation très soutenue. Plongé dans un univers musical très riche, il apprend également les langues au fil des visites d’étrangers : "Lorsque nous avions la visite d’un Russe par exemple, (…) il écoutait ce que disait l’invité, une phrase par exemple, avec quelques termes, _(…)_et il apprenait ça par cœur. Quand la même personne revenait un an plus tard, il se souvenait de ces quelques bribes de russe qu’il avait retenues et il était capable de les restituer très exactement." "Au bout de quelques années, si la même personne revenait, il les répétait. Évidemment, ça semble un petit peu comique de redire la même chose à la même personne à plusieurs années de distance, mais ce coté un peu comique c’est aussi quelque chose de très vivant et drôle."

"Il ne dit que quelques mots mais, ces quelques mots, il les choisit toujours avec soin."

OE semble parfois inquiet que son fils ait décidé de ne plus parler. Mais il se refuse à parler d’une éventuelle régression intellectuelle, "On parle d’un déclin intellectuel plus rapide chez les handicapés que chez les personnes valides. Mais je ne crois pas que ce soit une régression chez lui ; il ne dit que quelques mots mais, ces quelques mots, il les choisit toujours avec soin et c’est toujours les plus beaux termes qu’il retient".

"Avec lui, il suffit qu’on échange des phrases banales pour qu’on se comprenne."

"Par exemple on se lève le matin, on le croise pour la première fois et on lui propose une tasse de thé et, tout à coup, il se met à parler parce qu’il est content qu’on lui offre du thé. Il regarde dehors et il dit 'ah c’est beau'. Ca me surprend à chaque fois, parce qu’il me fait découvrir, comme ça, des choses. En japonais on a des termes un peu banals : on dit ‘ah il fait beau aujourd’hui’. Mais avec lui, il suffit qu’on échange des phrases banales pour qu’on se comprenne."

Bibliographie

Adieu mon livre

Adieu, mon livrePhilippe Picquier, 2013

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