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Le philosophe Jean-Luc Nancy en 2008

Jean-Luc Nancy : "L’interprétation biblique a été ma première rencontre avec le travail de penser."

45 min
À retrouver dans l'émission

Jean-Luc Nancy est mort ce lundi 23 août à l'âge de 81 ans. En 2012, il se confiait sur ses passions - de celle, "instinctive", éprouvée pour la philosophie dès l'enfance à celle pour la chanson - évoquait la catastrophe de Fukushima et les enseignements qu'il avait tirés de sa greffe du cœur.

Le philosophe Jean-Luc Nancy en 2008
Le philosophe Jean-Luc Nancy en 2008 Crédits : Leonardo Cendamo - Getty

Au micro de Laure Adler en janvier 2012, Jean-Luc Nancy évoquait un penchant "instinctif" pour la philosophie, éprouvé dès son plus jeune âge et confiait un souvenir d'enfance : " Enfant, j'éprouvais ce besoin de me mettre à l'écart. Je me retirais en moi-même pour me poser des questions. Par exemple, je me souviens que, assis à l’arrière de la voiture de mon père, pendant un trajet la nuit, je me demandais ce que devenaient les arbres quand ils disparaissaient, n’étant plus éclairés par les phares. Je devais avoir 5 ou 6 ans. Beaucoup plus tard, j’ai rencontré la phrase de Marx "La nature sans l’homme est pour l’homme néant". Et là, vous vous dites "Ah…" Pour moi, la philosophie est comme une pulsion. Elle est une poussée qui vient d’un endroit illocalisable, très antérieur à chacun, et qui exprime ce besoin de faire du sens et de se demander dans quelles conditions cela a lieu, le sens."

Philosophie de la greffe

Jean-Luc Nancy évoque également sa transplantation cardiaque, subie en 1991, une l’expérience dont il a fait le récit dans L’Intrus paru en 2000. Il développe la dimension philosophique qu’il donne à la greffe : "Je préférerais que l’on parle de transmission de la vie plutôt que de don d’organes. La greffe nous apprend qu’il y a une interconnexion de nos corps. On ne possède pas notre corps. Une fois mort, il n’y a aucune raison de le considérer comme une propriété. Elle nous apprend qu’il y a une interconnexion de nos corps. Nous traversons aujourd’hui une crise planétaire terrible qui provient du fait qu’il est devenu possible d’augmenter sa propriété de richesses autoproductrices de manière démentielle sans égard à ce qui appartient à tous : ce qui permet de vivre, qui peut circuler. Il n’y a rien de plus opposé à l’idée même du sens que la propriété fermée. La greffe nous apporte un enseignement exemplaire à cet égard."

Penser la catastrophe

Dans son essai L'Equivalence des catastrophes: (Après Fukushima) publié en 2012, Jean-Luc Nancy analysait les mécanismes d’interdépendance qui avaient été au cœur de l’accident nucléaire de Fukushima – centrale, Etat, propriétaire privé, élément naturel, de toutes les techniques, de la population, du sol, etc. – et avait entrepris d’en élargir la leçon parce que selon lui, la catastrophe avait révélé un degré de plus dans l’interdépendance qui caractérise notre modernité : "La véritable catastrophe est celle de cette « équivalence générale » – le mot de Marx pour désigner l’argent - qui arase les différences entre la valeur singulière, unique, de tous les êtres vivants, qui fait qu’ils sont sans prix. Ce que nous sommes en train d’apprendre est une interdépendance de tout à l’intérieur du monde qui nous oblige à nous mettre devant la valeur absolue de chaque existence. De l’existence tout court, sans au-delà. Jusqu’ici nous nous sommes beaucoup réglés sur l’idée que le sens venait après, dans une autre vie, dans un autre monde. La grande leçon du monde moderne c’est qu’il n’y a que ce monde. Et c’est à nous de faire le sens.

Philosophe, Jean-Luc Nancy était aussi un amateur passionné de musique, de peinture et de danse. Il confiait à Laure Adler que l'un de ses plus grands regrets à 72 ans était de ne plus être capable de chanter, son amour pour la voix de Marlene Detrich et pour la chanson en général :

J'aime la chanson parce qu'elle enferme dans une petite coque de nacre un fragment de sens.

Le goût du jeu

Jean-Luc Nancy évoquait la proximité entre l’instinct de la philosophie, ressenti enfant, et son goût pour les arts, et même son désir de jeu : "La pulsion qui pousse vers la philosophie n’est pas unique, elle est semblable à celle qui pousse vers la littérature, vers des pratiques artistiques, vers la danse, vers le jeu. S’il y a une chose que j’ai toujours eu envie de faire c’est jouer, au théâtre ou au cinéma."

  • Musique diffusée : Marlène Dietrich, Lili Marleen
Intervenants
  • Philosophe, professeur émérite à l’Université des Sciences humaines de Strasbourg (1940-2021)
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