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Krystian Lupa

Krystian Lupa: "Notre révolution spirituelle demande une certaine folie"

44 min
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Metteur en scène de théâtre, Krystian Lupa est un spécialiste de Robert Musil, Alfred Kubin, Tchekhov ou encore Dostoïevski…Le réalisateur polonais qui, pour le festival d’Avignon 2015, signait la mise en scène d'une pièce de Thomas Bernhard, s’entretient avec Laure Adler.

Krystian Lupa
Krystian Lupa Crédits : ANDREU DALMAU/EFE/Newscom/MaxPPP - Maxppp

Avant d’entrer à l’Académie des Beaux-Arts, Krystian Lupa étudie la physique à Cracovie. Un détour dont il serait passé, puisqu’il souhaitait y aller dès le début de ses études. « Mon père s’est complètement opposé à cette décision » regrette-t-il.

« Je n’avais pas le cœur à faire des études, et pendant six mois, je ne me suis même pas présenté aux examens. J’ai menti à mes parents et au lieu d’aller à l’université, j’allais au cinéma, au théâtre. Enfin, la vérité est sortie à la surface et ça a créé un drame familial lorsque mes parents ont appris... »

Eduqué par des parents qui, par certains aspects, ne le comprenaient pas, Krystian Lupa trouve dans le théâtre et le cinéma une échappatoire : « Je cherchais à m’échapper de cette réalité, vers un autre pays, vers un autre univers que je considérais comme une réalité. La réalité ne m’intéressait pas vraiment. »

« Après, j’ai lu Robert Musil qui disait que l’homme devrait s’intéresser plutôt à ce qui pourrait être, qu’à ce qui est. »

Fuir le réel ne suffit pas et Krystian Lupa, devenu metteur en scène, part à la recherche d’une utopie qu’il s’attelle à construire. En particulier lorsqu’il montera les pièces d’Alfred Kubin et, plus tard, de Robert Musil. « [Kubin] était un dessinateur, c’est-à-dire dessinait ses œuvres à travers son imagination. Son travail consistait plutôt en la création d’un monde qu’en l’écriture elle-même. (…) C’était un univers parallèle. »

Il réfléchit sur l’idée de folie : « La folie m’a toujours attiré. Peut-être parce qu’un artiste pratique la folie par rapport à un malade qui en est la victime. (…) Notre révolution spirituelle demande une certaine folie. Et c’est une folie à laquelle on n’est pas vraiment soumis... »

Peut-on vivre dans le monde du théâtre sans jamais rejoindre la réalité ? Bien au contraire selon lui : « _La vie réelle est grise, tandis que d_ans cet univers utopique que représente le théâtre, on comprend mieux le monde. (…) Les habitants de l’utopie, c'est-à-dire le monde du théâtre, vivent les tragédies humaines qui leur procurent un très grand bonheur. C’est le côté absurde et paradoxal de ce bonheur qui est porteur de catharsis. (…) Lorsque le public quitte une scène où s’est déroulé un drame, il se sent illuminé. Tout le monde ne pleure pas forcément, mais s’il pleure, ce sont des larmes de bonheur… »

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