LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Michaël Ferrier

44 min
À retrouver dans l'émission

Auteur de plusieurs romans et essais à la croisée de différentes cultures - française, japonaise, créole - Michaël Ferrier avait publié en 2012 un ouvrage marquant sur la catastrophe de Fukushima. Cette année, il nous offre "Mémoires d'outre-mer", sur les traces de son grand-père dans l'Océan Indien, et dévoile un pan méconnu de notre Histoire. Il est notre invité ce soir.

Michaël Ferrier
Michaël Ferrier Crédits : Corinne Amar - Radio France

De Strasbourg à Tokyo, il n’y a qu’un pas. Michaël Ferrier, né dans la capitale alsacienne, est écrivain et professeur de littérature à l’université Chuo de Tokyo, où il vit aujourd’hui. C’est néanmoins à Paris que débute son parcours académique, y défendant une thèse sur le thème « Céline et la chanson » : « Louis-Ferdinand Céline a écrit plusieurs chansons dans les années 30 après le succès de Voyage au bout de la nuit. Il a absolument voulu les faire enregistrer mais la plupart des grands artistes de l’époque ont refusé. »

Quand vient le moment de faire son service militaire, il voyage. Il arrive au Japon et rencontre un pays qui le fascine immédiatement. « Je n’avais pas de désir de Japon auparavant » quand beaucoup de jeunes gens aujourd’hui sont subjugués par cette culture japonaise et biberonnés aux mangas. « Mais dès que j’y ai posé le pied, j’ai senti que quelque chose se passait. Quelque chose dans ce pays me fascine mais que je ne comprends pas. »

Cette fascination pour le Japon, il la transmet dans plusieurs de ses essais et romans comme dans Tokyo, petits portraits de l’aube : « La fenêtre est ouverte et c'est l'instant où la nuit touche le jour sur une tête d'épingle. Soudain, le temps n'a plus d'importance et se dissout dans une belle lumière blanche. C'est l'Éveil, on est arrivé tout au bout du Temps. » [1]

Mais le Japon est aussi une terre de dangers. « Vendredi 11 mars 2011, en début d’après-midi, la vibration des fenêtres. Quelque chose s’ouvre, grogne, frémit, demande à sortir. Tout d’abord, ce n’est rien, un mouvement infime, insignifiant, quelque chose comme une fêlure sur l’ivoire d’un mur, une craquelure sur un os. » [2] C’est le début de la catastrophe de Fukushima, un des plus forts séismes jamais enregistrés, suivi d’une vague immense et d’un accident nucléaire. « J’étais là et j’ai décidé de monter sur le terrain pour voir ce qui se passait et discuter avec les gens. » De cette expérience il tirera Fukushima, récit d’un désastre (Gallimard, 2012) : « Ce livre était la chose la plus importante à faire pour moi à ce moment-là. […] C’est tout autant de mettre en place une circulation de la mémoire. »

L’importance de la mémoire, c’est justement l’un des sujets de son dernier roman, Mémoires d’outre-mer (Gallimard, 2015), dans lequel il raconte l’histoire de son grand-père, Maxime : « J’ai eu du mal à retrouver la trace de Maxime Ferrier. Normal, il a tout fait pour qu’on le perde. […] Maxime est pourvu d’un système nerveux de chat, une disposition intérieure particulière – inflorescence végétale, corps caverneux, sens tactique –, une écoute particulière aux vibrations alentour, tout ce qu’on ramasse habituellement sous le nom d’intuition et qui est en fait une extraordinaire sensibilité aux ondes du temps. » [3]

Ce grand-père, né à l’Île Maurice, part de chez lui à dix-sept ans et est embauché comme acrobate dans un cirque qui fait le tour de l’Océan Indien. « Pour moi, c’est un personnage qui est insaisissable parce qu’il est vertigineusement libre. » La problématique du métissage est aussi présente dans le livre : « l’Océan Indien est un lieu qui met en relation des hommes depuis des millénaires. J’ai confronté la petite histoire familiale avec l’Histoire avec « sa grande hache » comme disait Pérec… »

[1] Michaël Ferrier, Tokyo, petits portraits de l’aube , Arléa, 2010

[2] Michaël Ferrier, Fukushima, récit d’un désastre , Folio, 2013

[3] Michaël Ferrier, Mémoires d’outre-mer , Gallimard, 2015

/ / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / / /

Extraits sonores :

  • Louis-Ferdinand Céline qui chante « Règlement », archive INA diffusée dans Les Jeudis littéraires de Pascale Casanova, 2 mars 2000, France Inter

  • Edouard Glissant dans Le Bon Plaisir de Marie-Hélène Fraisse, 12 mars 1994, France Culture

  • Paul Claudel dans Les Voyageurs du demi-siècle , 3 juin 1950, Chaîne nationale de la RTF

  • Patrick Chamoiseau dans Pentimento de Paula Jacques, 4 novembre 1990, France Inter

Intervenants
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......