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Michel Vinaver lors du filage de sa pièce "A la renverse", le 31 mars 2006 sur la scène du théâtre Artistic Athévains à Paris.

Michel Vinaver 1/2: "Il faut que l’écrivain soit libre de toute espèce de lien avec une responsabilité sociale ou politique."

44 min
À retrouver dans l'émission

Dramaturge et écrivain, Michel Vinaver, né en 1927 fut directeur de l’entreprise Gillette avant d’entreprendre la carrière que l’on connaît. Il s'entretient avec Laure Adler. Premier entretien d'une série de deux émissions. Rediffusion du 6 octobre 2009.

Michel Vinaver lors du filage de sa pièce "A la renverse", le 31 mars 2006 sur la scène du théâtre Artistic Athévains à Paris.
Michel Vinaver lors du filage de sa pièce "A la renverse", le 31 mars 2006 sur la scène du théâtre Artistic Athévains à Paris. Crédits : Pierre Verdy - AFP

L'auteur de théâtre Michel Vinaver était l'invité de Laure Adler en 2009, cet entretien a été rediffusé en 2016 et sera complété d'un deuxième volet. Dans cette première partie, le dramaturge explique que Vinaver n’est pas le nom de son père : « C’est le nom de ma mère. Mon nom est Grinberg». Contraint par le contexte de l’époque à choisir son autre nom. Il évoque ses premiers souvenirs de l’antisémitisme : « Quand j’avais 13 ans, j’ai été invité à sortir des rangs de la classe du collège et à ne pas participer au salut aux couleurs. Ça a été un peu une révélation pour moi…» Cet incident au collège reste une expérience traumatique. Se savait-il juif ? Il répond : « Autant que je puisse m’en souvenir, je dirais que non, ou si je le savais, ça n’avait aucun relief pour moi… »

« Cet incident a été le déclic d’une conscience que quelque chose me différenciait des autres. S’en est suivi ensuite un certain nombres de prises de consciences. » Sa mère étant avocate et son père antiquaire, «_deux métier_s qui ne pouvaient plus être exercés par des juifs », sa famille est forcée à l’exil. Il évoque le roi Farouk, souverain égyptien et ancien client de son père qu’un émissaire était venu prévenir de ce qui s’annonçait en France : « L’émissaire lui a dit : nous avons des informations. Nous vous conseillons de partir avec votre famille. Si vous décidez de le faire nous pouvons vous aider, pour l’obtention des visas de sortie, des visas d’entrée aux USA…. » Ils partent alors pour les États-Unis, en avril 1941.

C'est moi qui n'ai pas accepté et exil. Le garçon que j'étais à 14 ans avait le sentiment d'avoir non pas trahi mais en tout cas quitté honteusement son pays. Je n'avais rien compris en fait à cette nécessité et je me suis trouvé dans les premiers temps obturé à l'Amérique. Je ne voulais pas en être, y être. Je ne voulais pas participer à cette nouvelle expérience. Mais il y a eu un renversement. (...) J'ai été d'un coup happé par l'Amérique, par les hommes, par la culture et j'ai eu une sorte d'éblouissement.

Il raconte ensuite sa rencontre avec Albert Camus avec qui il se liera d’amitié et qui l’aidera à publier ses écrits. « Il a lu mes premiers textes (…) pas d’une façon tutorale, mais amicale. Puis il a accueilli chez Gallimard le manuscrit de mon premier roman. Là, j’avais vingt ans, ce roman s’appelait "Lataume". On peut dire qu’il a vraiment été mon ange gardien au départ, oui ». Une amitié qui sera aussi parsemée de quelques conflits, en particulier sur leur conception mutuelle du rôle de l’écrivain.

« J’étais déçu par la direction prise par Camus une fois qu’il s’est trouvé dans la position d’un grand écrivain porteur d’une grande responsabilité à l’égard des hommes et de la société, (…) il faut que l’écrivain soit libre de toute espèce de lien avec une responsabilité sociale, politique. Il avait publié « La Peste », il avait publié « La chute » et c’était à mon avis des livres moins porteurs et moins efficaces que ‘’L’étranger’’. »

« En tant qu’écrivain, je n’ai pas intérêt à me faire le serviteur de mes idées, le porteur de mes idées. Mais je n’ai pas non plus à les évacuer. Elles font partie de ce vers quoi je travaille,  ce à partir de quoi je travaille… »

Le banal c'est un peu le socle sur lequel tout se bâtit dans mes pièces. Le banal, territoire étrange, territoire inexploré et fascinant et qui est la source de tout ce qui est inintéressant a priori et qui peut se transmuter dans son contraire par l'action du langage, et notamment du langage dramatique.

Concernant son passage tardif à la mise en scène de ses propres pièces, Michel Vinaver s'explique : "Je n'ai rien décidé, _c'est rare que je décide quelque chose dans ma vie_. Les choses m'arrivent." Pour diriger les acteurs, il a utilisé un principe de physique qui est "le principe de la moindre action". Son emblème de travail a toujours été "faire le moins pour obtenir le plus".

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