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Michèle Riot-Sarcey

Michèle Riot-Sarcey: "Cette question de l’école et du savoir, c’est la condition de l’autonomie réelle!"

44 min
À retrouver dans l'émission

Historienne spécialiste des questions de genre et membre du Collectif Critique, elle est auteur de « Le Genre en questions » et de « Procès de la liberté : une histoire souterraine du XIX siècle en France », Michèle Riot-Sarcey s’entretient avec Laure Adler.

Michèle Riot-Sarcey
Michèle Riot-Sarcey Crédits : Samuel Bernard Blatchley

Souvent considérée comme déclinante, la figure de l’intellectuel semble actuellement remise en question. Comment Michèle Riot-Sarcey envisage-t-elle l’intellectuel en 2016 ? « Je crois que Foucault avait déjà largement remis en cause, à juste titre, l’intellectuel à la manière de Sartre. Il n’y a plus un individu, mais le collectif intellectuel, c'est-à-dire celui qui essaye de penser à côté du présent tout en étant plongé dans la réalité et la réalité présente. (…) Réfléchir à coté, à la marge, à distance, me semble une nécessité absolue. »

Pourquoi aucune alternative n’est-elle envisageable à l’heure actuelle ?

A travers articles, pétitions et autres tribunes, Michèle Riot-Sarcey est très présente dans les médias. Est-elle une « intellectuelle » ? « Je crois, oui. Je pense que je peux revendiquer cette expression. Qu’est-ce qu’il se passe aujourd’hui ? Comment sommes-nous arrivés à cette situation telle ? (...) Pourquoi aucune alternative n’est-elle envisageable à l’heure actuelle ? Pourquoi cette impuissance ? Je crois qu’il appartient à tous et à toutes de réfléchir sur cette dimension qui nous concerne absolument. Il est impossible de rester à l’écart de ces problèmes aujourd’hui.»

Les migrants (…) n’ont même plus la possibilité d’exprimer quoi que ce soit.

Elle évoque la crise actuelle des réfugiés en Europe : « C’est la clef de toutes les questions d’aujourd’hui. Si les autorités politiques et si les citoyens sont dans l’incapacité de résoudre cette question, nous irons incontestablement à la catastrophe. Les migrants (…) n’ont même plus la possibilité d’exprimer quoi que ce soit. Non seulement on parle pour eux, mais on les empêche d’agir, et ils sont les victimes absolues de la situation qu’ils n’ont absolument pas provoquée. »

"Les femmes aussi se réfèrent à la révolution française pour ancrer une histoire dans un processus"

Dans son dernier ouvrage, « Le procès de la liberté », Michèle Riot-Sarcey interroge le concept de liberté qui, selon elle, a « été remplacé par énormément d’idées, de concepts multiples, en des substituts », a perdu le sens qu’on lui avait attribué au 18e siècle. « Il me semble qu’on peut enraciner le mot liberté dans la révolution française. (…) Les femmes aussi se réfèrent à la révolution française pour ancrer une histoire dans un processus. (…)Ces femmes ont réclamé à cor et à cris, par exemple, l’ouverture des Écoles Normales d’institutrices, de façon à ce qu’il y ait une formation. »

En quoi ces événements entrent-t-ils en résonance aujourd'hui ? « C’est une actualité absolue ! On comprend aisément que la première préoccupation que les associations ont eue, c’est d’ouvrir une école à Calais par exemple. Cette question de l’école, du savoir, c’est la condition de l’autonomie réelle. Et l’émancipation ne peut se faire que par soi-même. Et pour s’émanciper soi-même, encore faut-il savoir qui nous sommes et appréhender le monde avec ce que ça implique comme connaissance. .. »

Pour en savoir plus:

Le site internet du Collectif Critique, http://collectifcritique.org/

Intervenants
  • Professeure émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris-VIII, historienne du politique et du féminisme.
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