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Mona Ozouf
Épisode 3 :

« L’entrée au Parti était une façon de faire la guerre sans la faire »

45 min
À retrouver dans l'émission

Troisième et dernier entretien avec la philosophe et historienne Mona Ozouf. L’intellectuelle spécialiste de la Révolution française évoque son passage au Parti Communiste.

Mona Ozouf
Mona Ozouf Crédits : virginie mourthé - Radio France

Mona Ozouf se rappelle son entrée au Parti Communiste et les stages de jeunesse qu’elle y a fait: « C’est un fait générationnel oui. Je crois que parmi les historiens qui sont mes contemporains, le stage de jeunesse au PC a été fort répandu. ». Le succès de Parti Communiste auprès de sa génération était lié au désir d’être à la hauteur de la génération précédente : « J’appartiens à une génération qui a vécu la guerre, mais qui l’a vécue à un âge où il était impossible de s’engager. J’ai vécu la guerre entre dix et quinze ans, si bien que par rapport à la génération qui nous précédait immédiatement, nous avions le sentiment de n’avoir pas pu faire les choix très difficiles, parfois héroïques qui ont été les leurs. Et donc il nous en est resté une sorte de culpabilité obscure. (…) L’entrée au parti communiste c’était une certaine façon de faire la guerre sans la faire.»

« Le parti vivait comme environné d’adversaires ou d’ennemis »

A l’époque, il y avait plusieurs raisons d’entrer au Parti Communiste : « Il y a ceux qui venaient d’un milieu plutôt bourgeois, pour qui c’était aussi une expiation des origines et une manière de rejoindre le prolétariat. Et puis, il y a (…) ceux qui, normalement, auraient été socialistes. Si, à cette époque le socialisme ne s’était pas compromis avec la colonisation » Mona Ozouf, qui a, depuis, pris des distance avec le Parti Communiste, porte sur son engagement un regard rétrospectif qui oscille entre circonspection et nostalgie : « il y a un extrémisme propre à la jeunesse, (…) [et] il y a des tas de raisons supplémentaires liées à cette enfance (…) qui était à la fois envahie par les livres, (…) [et] très solitaire. (…) Une enfance absolument solitaire qui est habitée par l’envie de participer, d’être dans un groupe, de pouvoir dire « nous » ! »

Mais elle ne renie pas ce premier engagement au parti communiste qui était « un endroit merveilleux »« le « nous » était d’autant plus vif que le parti vivait comme environné d’adversaires ou d’ennemis ; donc il y avait une sorte de solidarité, le monde se divisait [entre eux et nous] à cette époque, ça me paraissait merveilleux. Maintenant ça me parait l’horreur. (...) Du reste, ces amitiés que j’ai nouées à cette époque sont des amitiés incroyablement résistantes, même si nous avons ensuite beaucoup divergé, si nous nous sommes beaucoup engueulés sur nos parcours ultérieurs, (…) j’ai toujours des amis de cette époque et des amis avec lesquels je partage les mêmes plaisanteries, le même langage, les mêmes slogans, qui déclenchent chez nous l’hilarité ou la culpabilité »…

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