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Paul Veyne en juillet 1993.

Paul Veyne (1/2) : "J'ai une une curiosité pour beaucoup de choses mais une indifférence craintive à autrui"

44 min
À retrouver dans l'émission

Laure Adler s'entretient avec Paul Veyne. Enfant passionné par l'Antiquité, il est aujourd'hui un grand historien de la Rome antique. Auteur d'ouvrages majeurs sur cette période, il se confie sur sa propre vie dans "Et dans l'éternité je ne m’ennuierai pas" livrant souvenirs, passions et anecdotes.

Paul Veyne en juillet 1993.
Paul Veyne en juillet 1993. Crédits : Louis MONIER/Gamma-Rapho - Getty

« Le premier livre que j’ai lu est Robinson Crusoé. Il m’a montré qu’il y a des choses appelées livres et qu’on peut les faire. »  Il commence alors à écrire son propre Robinson Crusoé . « L’idée que l’occupation de ma vie pourrait être d’écrire des choses m’est venue très tôt. Je n’avais pas besoin d’évasion mais c’était plus intéressant que ce que faisaient mes parents. »

Je n'ai pas de richesse intérieure. [...] J'ai une certaine indifférence à autrui, une curiosité pour beaucoup de choses mais une indifférence craintive à autrui, probablement à cause du choc qu'a été la difformité rarissime que j'ai au visage. J'ai une particularité, je suis bâti au visage d'une façon anormale, une malformation congénitale rarissime. J'ai passé ma jeunesse à être moqué par les gamins et à me demander si je pourrais plaire à des femmes. Alors je ne veux plus entendre parler de moi.

Il se souvient du déclenchement de la guerre, traumatisant. « Mon oncle et mon père avaient été mobilisés et on attendait de savoir s’il allait y avoir la guerre. L’enfant que j’étais vivait dans la persuasion qu’il y aurait la guerre. »  Il ouvrait le journal frénétiquement le matin pour savoir si sur la Une s’étalerait le titre « La guerre est déclarée ». « Je n’ai réalisé la vraie nature des événements que plus tard avec un enseignement d’histoire. Je me suis dit que puisqu’on raisonnait sur l’histoire du passé on pouvait utiliser les mêmes outils pour l’histoire du présent. Je l’ai relue telle qu’elle était réellement. »

Il se consacre alors à l’étude du passé, « un monde qui n’existe plus. »  Pour lui, le monde du passé, c’est comme aller sur une autre planète. « Le passé est indifférent à notre existence. »  Mais il se demande toujours s’il a bien fait son travail d’historien. « J’ai toujours l’angoisse d’avoir fait mal. Comment le savoir ? Si on rouvre un livre qu’on a écrit, on voit tout ce qu’on a mal écrit. »  Le travail de l’historien est éphémère, temporaire, explique Paul Veyne. « On peut toujours faire mieux, trouver de nouveaux documents, avoir de nouvelles idées surtout. » 

Sa passion pour l’Antiquité, il la porte depuis son enfance. « J’ai eu une chance considérable. »  A huit ans, il découvre l’existence d’une Antiquité « avec des Romains et des païens. »  Un jour, sur une colline, il trouve un petit morceau d’amphore. « J’ai compris qu’il venait dans un monde autre, un autre temps. Elle n’était pas faite comme les objets d’aujourd’hui. C’est comme un fantôme du passé qui débarquait chez moi,  précise l’historien. Je suis alors parti dans un univers tout autre… »

Extraits sonores :

  • Stéphane Hessel dans *Ephémérides * de Kathleen Evin, 30 avril 2000, France Inter
  • Jean-Pierre Vernant dans La Matinée des autres  de Jacques Munier, 29 janvier 1991, France Culture

Paul Veyne (2/2) > 

Intervenants
  • historien spécialiste de l’Antiquité romaine, professeur honoraire au Collège de France
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