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Paul Veyne en juillet 1993.

Paul Veyne (2/2) : "Si j’avais été dans un sillage, ça aurait été celui de Foucault, mais c’était trop difficile"

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Suite de l'entretien avec Paul Veyne, historien de la Rome antique. "Les historiens racontent des événements vrais qui ont l'homme pour acteur ; l'histoire est un roman vrai", écrivait-il en 1971. Aujourd'hui, il se fait historien de son propre roman et revient sur son parcours.

Paul Veyne en juillet 1993.
Paul Veyne en juillet 1993. Crédits : Louis MONIER/Gamma-Rapho - Getty

Son premier vrai ouvrage d’historien est venu un peu par hasard : « Je venais de finir ma thèse et je me suis dit qu’il fallait faire une préface : j’ai fini par faire 300 pages. »  C’était le manuscrit de Comment on écrit l’histoire . « Je l’ai écrit par hasard, c’est une préface qui s’est allongée. C’était les souvenirs de moi écrivant ma thèse d’histoire. »

Paul Veyne confie être un grand amoureux : « J’ai eu l’impression d’avoir toujours été chanceux en amour. »  Pourtant, il confie être craintif : « Ai-je la moindre chance face à une femme ? Je ne suis tombé amoureux que de femmes avec lesquelles je pensais avoir une chance. »

L’amour… C’est d’ailleurs un des sujets qu’il a largement abordé au cours de sa carrière d’historien : l’amour dans l’antiquité. Et de la passion chaste à l’amour charnel, il n’y a qu’un pas.

Quand j’ai commencé à écrire sur l’amour, personne ne parlait de la sexualité dans l’Antiquité parce que ce n’était pas convenable. Comme c’était un sujet que personne ne traitait, j’ai donc voulu le traiter. Quand j’ai publié mon ouvrage, ça a été un scandale, l’indignation habituelle. 

Paul Veyne n’a pas voulu faire partie d’un courant ou d’une école. Mais, confie-t-il, « si j’avais été dans un sillage, ça aurait été celui de Foucault, mais c’était trop difficile. »  Pour faire du Foucault, « il faut avoir une capacité d’abstraction et de travail que je n’avais pas. La quantité de choses qu’il était capable de dire était impressionnante. Et cette capacité de trouver tout de suite l’idée, le concept… »

S’il fut un grand ami de Michel Foucault, il fut également un grand admirateur de René Char, qu’il découvrit à l’âge de 17 ans : « Je suis tombé par hasard sur ses poèmes lorsque j’étais élève en khâgne et ça a été le choc. » Dans les années 80, ils eurent enfin l’occasion de se rencontrer. « Il avait senti que j’avais une envie immense de faire un livre sur lui. Pendant des années, chaque mercredi après-midi j’étais chez lui. » 

Amoureux de poésie, Paul Veyne s’estime néanmoins incapable d’écrire lui-même des poèmes. A la place, il préfère traduire. Le grec, si possible. C’est pourtant avec poésie qu’il nous retranscrit la perception antique de l’âme : « On pensait que l’âme était une partie du corps. Les dieux prélevaient l’âme du défunt, comme un foie ou un cœur, et l'utilisaient pour autre chose. Ainsi, il y a toujours de la vie… »

Extraits sonores :

  • Raymond Aron dans Radioscopie  de Jacques Chancel, 1er novembre 1976, France Inter
  • Michel Foucault dans Les après-midi de France Culture  de Paula Jacques, 11 janvier 1977, France Culture

< Paul Veyne (1/2) 

Intervenants
  • historien spécialiste de l’Antiquité romaine, professeur honoraire au Collège de France
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