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Semaine spéciale PASOLINI (4/5) : L'oeuvre théâtrale revisitée

44 min
À retrouver dans l'émission

"Me ne vado, cacciato da voi, e per mia scelta, "Je m'en vais, chassé par vous et par ma décision,

da questa città. Ma da oggi hors de cette ville. Mais à partir d'aujourd'hui,

il mio odio non è più solo odio. ma haine n'est plus seulement de la haine.

Sento confusamente, come un poeta, Je sens confusément, comme un poète,

che esso sta per produrre un terribile, qu'elle est là pour produire,

sanguinario, puro disperato amore..." terrible, sanguinaire, pur, désespéré,

un amour..."

Pier Paolo PASOLINI, Pilade , Garzanti (Milan), 1999, traduit de l'italien par Michèle Fabien et Titina Maselli in Théâtre (Babel, 1995)

**Episode 4 : L'oeuvre théâtrale revisitée , avec Stanislas Nordey et Arnaud Meunier**

Médée
Médée

C’est à la suite d’une longue maladie qui l’immobilise que Pier Paolo Pasolini a ressenti le besoin d’écrire de la poésie sous une autre forme, une forme dialoguée : le théâtre. Car le théâtre de Pasolini est avant tout poésie, un théâtre fait non pas pour être compris mais ressenti. Sa langue est construite, ciselée, élaborée, elle établit un lien direct avec le spectateur : « Au début d’ Affabulazione, raconte Stanislas Nordey, il y a une adresse au public pour indiquer que le spectacle peut être difficile à comprendre mais que l’oreille doit s’y habituer. » Il faut sans doute faire un effort pour entrer dans son théâtre, mais c’est un art qui veut inclure tout le monde.

Le théâtre pasolinien est donc un théâtre de parole, « de prolifération de la parole » , précise Nordey. C’est pourquoi la question de la représentation n’est pas importante pour lui ce qui compte, c’est l’écriture. En 1968, Pasolini met en scène une de ses pièces, Orgie , au Teatro Stabile de Milan, mais cette expérience est loin de l’enthousiasmer. Nordey évoque Laura Betti qui a joué dans cette version : « Elle a ensuite raconté qu’il n’était pas du tout fait pour mettre en scène ses pièces pendant les répétitions, il s’ennuyait, il allait même jouer au football pendant les pauses. Le fait que ses pièces de théâtre soient représentées n’était pas sa priorité. » Plus que cela, Pasolini ne tenait pas particulièrement à son théâtre, qui était une forme de geste spontanée il n’est pas un auteur dramatique qui fait œuvre.

Pourtant, l’art dramatique de Pasolini est loin d’être superficiel. Pour lui, le théâtre est un lien avec le passé, et il est lui-même très attaché au passé. Il a cette « nécessité de se relier à la tragédie grecque qui est un théâtre qui s’adresse à tous », précise Nordey. Ses pièces sont écrites en vers libres et s’inspirent du théâtre de Sophocle ou d’Eschyle, prenant ainsi racine dans les sources mêmes du théâtre. « L’agora athénienne est au cœur de son écriture » , estime Arnaud Meunier. Sur cette agora, Pasolini cherche à comprendre le monde qui l’entoure, cette société italienne de l’après-68.

Si le théâtre pasolinien est profondément poétique, il est surtout politique. Pasolini explore l’intime – évoquant des sujets comme l’homosexualité, la marginalité ou la différence – et veut aussi faire agora, cherchant une forme de transcendance politique. Son théâtre parle de la démocratie et de l’intime « mais cherche à explorer cet immense gâchis » , soit l’abandon par l’art des gens du peuples. Il forme cette idée que la bourgeoisie moyenne, « loin d’être une classe sociale, est une maladie contagieuse qui contamine le monde » , continue Meunier.

Pasolini, bien qu’écrivant du théâtre comme poète, avait aussi une véritable vision politique de l’acte de faire théâtre, proposant par exemple que les tarifs des spectacles soient très bas pour les jeunes, très hauts pour les « dames à vison », et qu’on laisse les jeunes fascistes entrer pour que le pouvoir des mots et de l’art leur fasse quitter la chemise noire. Arnaud Meunier cite ainsi la vision qu’avait Pasolini du théâtre : « Le théâtre difficile est objectivement bourgeois, le théâtre difficile est réservé à une élite pratiquante, seul le théâtre très difficile est véritablement démocratique… »


LES INVITES
Stanislas Nordey est comédien et metteur en scène. Il a joué et/ou mis en scène de nombreux textes de Pasolini : Bêtes de style (1991), Calderon (1993), Pylade (1994), Porcherie (1999), Orgia (2003)... Il est actuellement à l'affiche d'Affabulazione de Pasolini aux côtés de Marie Cariès, Raoul Fernandez, Thomas Gonzalez, Olivier Mellano, Anaïs Muller, Véronique Nordey et Thierry Paret, au Théâtre de la Colline (Paris) jusqu'au 6 juin.

Arnaud Meunier est metteur en scène et directeur de la Comédie de Saint-Etienne, centre dramatique national. Travaillant aussi bien au théâtre que pour l'opéra, il a très largement monté des oeuvres de Pasolini, auteur qu'il affectionne tout particulièrement, dont Avec les armes de la poésie (2004), Pylade (2003), Affabulazione (2001).


Vous pouvez dès à présenter réécouter les quatre premiers épisodes de notre série Pasolini, sur notre site Internet, en téléchargement ou en podcast. Rendez-vous demain 22 mai pour le cinquième et dernier volet de cette semaine spéciale dans laquelle René de Ceccatty, Hervé Joubert-Laurencin, Bertrand Bonello, Stanislas Nordey et Arnaud Meunier évoqueront l'héritage de Pasolini et ce qu'il reste de lui et de son art en nous...

< Episode 3/5 : Dans l'atelier de pensée de P. P. P. Episode 5/5 : Un peu de Pasolini en nous >

Intervenants
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