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La jungle de Calais
Épisode 1 :

Damien Carême: "Je n’imagine pas qu’en France, sixième puissance au monde, on ait des camps de réfugiés sur notre territoire."

45 min
À retrouver dans l'émission

Cette semaine, série spéciale dédiée aux réfugiés de Calais. Laure Adler rencontre Damien Carême le maire de Grande Synthe où se situe un nouveau camp respectant les normes humanitaire.

La jungle de Calais
La jungle de Calais Crédits : Elodie Royer

Cette semaine nous avons essayé de comprendre et de vous faire partager le quotidien de réfugiés dans ce qu’on nomme la « jungle » de Calais. Magnifiquement accueillis  par des personnes qui luttent comme ils le peuvent dans un quotidien matériellement et psychologiquement très hostile, nous sommes arrivés à un moment très particulier de ce que vivent les réfugiés : le moment où les autorités ont décidé de démanteler une partie de la « jungle » et de proposer aux réfugiés des conditions d’accueil plus propices à leur sécurité. Comme vous allez l’entendre cela ne se passe pas sans problèmes. Car même dans les difficultés les plus extrêmes, chacun d’entre eux construit son territoire d’intimité.

Comment nommer ces gens, Afghans, Erythréen, Soudanais, Kurdes, … venus s’installer dans les campements de misère sur les rives du Nord-Pas-de-Calais ? « Je les appelle des réfugiés, ce sont des gens qui cherchent refuge. Pour moi, ce sont des réfugiés ». Damien Carême sait que d’un point de vue juridique, l’utilisation de ce terme est erronée. Pourtant, « moi, j’aime utiliser ce mot plutôt que le mot de migrant, il est connoté. Aujourd’hui, donc, je dis réfugié, exilé, ... il y a plein de qualificatifs qu’on pourrait utiliser. »

L’initiative du camp de Grande-Synthe, est l’aboutissement d’un long processus. « on a commencé à voir les premiers réfugiés en 2006. Tout simplement parce que nous avons une station-service sur l’autoroute qui mène à Calais. Donc ils campaient, là, en attendant la nuit et montaient dans les camions pour aller rejoindre l’Angleterre. (…) Puis, en 2008, on a vu les premières femmes et les premiers enfants arriver sur ce camp.» En décembre 2008, pendant un hiver rigoureux, et répondant à l'appel des associations, ils décident d'installer la première tente chauffée.

« Déjà à l’époque je m’étais fait reprendre par le sous-préfet qui nous disait : mais ne faites pas ça, vous allez créer un appel d’air, ils vont tous arriver. »

Puis le flux de personne se dirigeant vers les côtes du Nord-Pas-De-Calais se fait de plus en plus important.  Damiel Carème fait alors le choix d’une solution plus adaptée au besoin des réfugiés. « Dans les tentes chauffées, il n’y a pas de vie, il n’y a pas d’intimité. (…) Donc on s’est orienté vers des petites cabanes de bois». Le camps de Grande-Synthe devient le premier camps à offrir aux réfugiés une solution d'accueil à offrir une solution relativement décente de logement .

En quelques années, le rythme auquel arrivent les réfugiés s’est dramatiquement intensifié. « Il y avait, depuis 2008, entre 30 et 90 réfugiés qui passaient. Ils restaient sur le terrain 24 heures, 48 heures, au plus, avant de trouver un passage vers l’Angleterre. Quand je suis parti en congé, l’été dernier, en juillet dernier, ils étaient soixante sur le terrain. (…) Mi-aout, il y avait cent quatre vingt-dix réfugiés présents ; c’est là qu’on est passé à deux mille huit cent au mois de décembre. »

« Ça fait longtemps qu’on a l’habitude d’accueillir des gens. (…) Par contre, les mille cinq cent qui sont aujourd’hui sur le camp, je n’ai pas vocation à les accueillir dans la ville de manière pérenne. Le camp d’ailleurs n’a aucune vocation à devenir pérenne. Je n’imagine pas qu’en France, sixième puissance au monde, on ait des camps de réfugiés (…) sur notre territoire. Il va falloir trouver des solutions, or ceux qui sont ici actuellement à Grande-Synthe ne veulent pas pour l’instant rester en France. (…) Je n’ai jamais demandé le démantèlement [des camps], parce que ces personnes sont là. On leur interdit de passer en Angleterre, mais on ne peut pas les renvoyer dans leur pays… »

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