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Tzvetan Todorov (02 octobre 2003)

Tzvetan Todorov : "Je suis condamné à être un passeur"

45 min
À retrouver dans l'émission

Laure Adler reçoit Tzvetan Todorov, critique et historien de la littérature.

Tzvetan Todorov (02 octobre 2003)
Tzvetan Todorov (02 octobre 2003) Crédits : MARTIN BUREAU - AFP

Tzvetan Todorov revient tout d’abord sur son enfance et son goût pour la lecture, hérités de ses parents bibliothécaires. Depuis son enfance, les livres emplissent l’espace de sa maison natale en Bulgarie autant que son imaginaire :

“J’ai surtout beaucoup lu de contes. J’étais un passionné de conte tels que Les Mille et Une Nuit, des frères Grimm et d’Andersen, des contes russes, bulgares, des contes de tout sorte. J’ai gardé cette passion pour la narration.”

En 1963, après des études de lettres à Sophia, il vient pour la première fois en France :

“C’était une tentative complexe, parce qu’on ne sortait pas facilement de la Bulgarie. Il n’y avait pas vraiment d’échanges scolaires à l’époque. Nous étions en pleine Guerre froide, il y avait un rideau de fer qui partageait l’Europe en deux (… ). Il n’était pas possible de traverser les frontières. Mêmes les nouvelles ou la musique ou les modes avaient le plus grand mal à traverser la frontière.”

Au bout d’une année et demie, il s’inscrit à l’école des Hautes Etudes, passe beaucoup de temps à la bibliothèque. Il suit par ailleurs l’enseignement de grands professeurs, de Roman Jakobson, dont il avait été marqué par l’originalité de la pensée lors d’une conférence à Sofia, et retiendra ensuite sa “curiosité universelle” et son enthousiasme. Autre rencontre essentielle dans son parcours, celle de Roland Barthes, dont il admire la finesse et le parcours.

Suite à sa naturalisation française et à l’arrivée de son premier enfant, il décide de rester à Paris, se définissant comme “un homme entre deux rives, entre deux cultures, condamné à être un passeur.” Il a ensuite consacré ses travaux notamment à l’étude du système totalitaire et se souvient de la chute du mur de Berlin en 1989, marqueur de la fin du totalitarisme en Europe de l’est :

“Le mur étant tombé, je me suis vraiment senti libéré de quelque chose et j’ai pu écrire d’autres livres. “

Une autre phase s’amorce alors, une réflexion autour de l’histoire, la mémoire et l’analyse des totalitarismes notamment, avant de s’orienter davantage vers la pensée du monde contemporain :

“Autour de l’an 2000, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas passer le reste de ma vie en jugeant tout avec les lunettes du garçon qui avait vécu dans le monde totalitaire, qui lui permettaient d’être heureux, politiquement parlant, simplement du fait que ce n’était pas du totalitarisme. Je me suis rendu compte que mes contemporains ne pouvaient pas être heureux du simple fait que Paris ce n’était pas Moscou, ou pas Sofia. Il y avait d’autres problèmes, et ces autres problèmes me concernaient aussi. Je vivais depuis longtemps en citoyen français, c’est mon pays, je n’en ai pas d’autre. Mon intérêt s’était ouvert de plus en plus dans le monde dans lequel je vivais, ce monde des démocraties libérales occidentales.”

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