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Vincent Lindon le 22 mai 2013 pour le film "Les Salauds" de Claire Denis présenté au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard.

Vincent Lindon (1/2) : "Faire appel à une vedette, c'est un choix qui ne m'intéresse pas"

45 min
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Quinze jours avant son Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 2015 pour "La Loi du marché" de Stéphane Brizé, Laure Adler s'entretenait en longueur avec Vincent Lindon. Premier échange qui traite de la signification d'être acteur, et de la difficulté d'être amoureux...

Vincent Lindon le 22 mai 2013 pour le film "Les Salauds" de Claire Denis présenté au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard.
Vincent Lindon le 22 mai 2013 pour le film "Les Salauds" de Claire Denis présenté au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. Crédits : Loïc Venance - AFP

Vincent Lindon ne s'interroge pas sur ce qu'est le cinéma. Ni sur ce qu'est un artiste, "un mot galvaudé depuis longtemps". Quand il parle à son metteur en scène, il ne dit jamais "le personnage", mais "je", "parce que ce sont mes yeux, mon corps". Ce qui l'intéresse dans l'interprétation d'un rôle, c'est la façon dont un personnage se déplace, et si les gestes de l'acteur sont vrais, si l'on va croire au métier qu'il exerce : "_C'est une somme de milliards de détails qui font qu'on puisse croire à une interprétation._" C'est la forme qui l'intéresse et, selon lui, quand la forme est bonne, le fond l'est aussi.

La première chose qu’il veut savoir des êtres qu’il incarne, c’est leur apparence extérieure : la façon dont ils sont habillés, dont ils mangent, quelle voiture ils possèdent, s’ils se rongent les ongles, s’ils ont les cheveux longs ou courts, s’ils portent la moustache, s’ils sont d’issue sociale modeste ou bourgeoise. Et leur métier aussi: « J’aime bien interpréter des métiers dans les films, les métiers définissent beaucoup les hommes et les femmes. On travaille au moins six à huit heures par jour, c’est trente-trois pour cent de ce que l’on est. »

Et justement, acteur, c’est un métier, affirme-il, même s'il ne l'a pas appris. Il s'interroge sur la définition d'un artiste. Ce qui n’empêche pas que des non-professionnels [La Loi du marché emploie plusieurs acteurs non-professionnels] puissent être plus pros que des comédiens professionnels. Dans son métier à lui, Vincent Lindon s’évertue à ne travailler qu’avec des gens qui ont envie de travailler avec lui : « Si c’est juste pour me proposer un rôle parce que je suis connu, je le sens tout de suite, ça ne m’intéresse pas car ce n’est pas ma manière de travailler. »

[Voir les rushes] c'est impossible pour moi, c'est une souffrance. Je ne peux pas aller voir des petits bouts de travail pas fini. [...] Les rushes je n'aime pas ça du tout, détestable même. Je n'ai jamais été de ma vie dans une salle de montage. Je ne suis pas du tout interventionniste à ce niveau là. Vincent Lindon

Il dit connaître par cœur La femme d'à-côté de François Truffaut. Ce qui le fascine dans la vie, ce sont les choses que l’on ne peut pas expliquer : pourquoi est-ce qu’on pleure devant un film ? Pourquoi est-ce que l’amour nous rend si intense jusque dans notre chair ? Vincent Lindon est d’ailleurs un homme qui vit en permanence dans l’intensité, « depuis le moment où je me réveille jusqu’au moment où je me couche. Je suis intense, très enthousiaste, je fais tout à fond… »

"La classe absolue" c'est de voir des couples qui durent , "je trouve ça magnifique".

PETITE SELECTION DE FILMS avec Vincent Lindon…
La Loi du marché  (2015) de Stéphane Brizé avec Vincent Lindon, Yves Ory, Karine De Mirbeck, Matthieu Schaller et Xavier Mathieu, est en salles. Après plusieurs mois de chômage et de rendez-vous Pôle emploi, Thierry finit par retrouver du travail comme vigile dans un supermarché. Mais bientôt, on lui demande de surveiller ses collègues, ce qui le met face à un véritable dilemme moral. Un film puissant, véritable portrait de société sans concessions. Vincent Lindon a obtenu le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 2015 pour ce film.

Et si l'on préfère rester chez soi devant un bon film, on pourra toujours se procurer les DVDs/VOD pour (re)voir Vincent Lindon en jeune étudiant charmant et petit-ami de Sophie Marceau dans L'Etudiante  (1988) de Claude Pinoteau, en maçon tombant amoureux d'une institutrice jouée par Sandrine Kiberlain dans Mademoiselle Chambon  (2009) de Stéphane Brizé, en conseiller juridique licencié se liant d'amitié avec un sans-abri dans La Crise  (1992) de Coline Serreau, en professeur d'allemand qui, en accompagnant sa femme à l'hôpital, fait la connaissance d'une graphiste jouée par Emmanuelle Devos dans Ceux qui restent  (2007) d'Anne Le Ny, ou encore en auto-stoppeur qui séduit Valérie Lemercier dans Vendredi soir  (2002) de Claire Denis.

Rendez-vous demain 29 mai à 22h15 sur France Culture pour la seconde partie de l'entretien de Laure Adler avec Vincent Lindon.

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