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Vinciane Despret

Vinciane Despret: Entre chiens et loups

45 min
À retrouver dans l'émission

Philosophe des sciences, éthologue, fidèle observatrice des animaux dont elle dévoile les traditions et rites en un tableau surprenant d’humanité, Vinciane Despret est aussi curieuse du genre humain. Cette chercheuse adepte de sujets baroques s'entretient avec Laure Adler.

Vinciane Despret
Vinciane Despret Crédits : Samuel BERNARD

Parmi ses nombreuses enquêtes, Vinciane Despret est allée en République démocratique du Congo où, dans certains villages, les relations entre les hommes et les lions sont régulées par des rites précis : « Entre les lions et les villageois, (…), il y a un code qui est qu’on (…) ne mange pas les humains. (…) S’il y a un accident, si un lion mange un enfant qui s’éloignerait du village, à ce moment-là, les villageois vont organiser une forme de rétorsion (…). Ils vont sortir avec des tamtams, (…) pour leur signifier que cette chose n’était pas à faire et (…) vont essayer de trouver le coupable (…) qu’ils vont sanctionner, c'est-à-dire mettre à mort. ».

De ces pratiques, Vinciane Despret révèle la logique sous-jacente : « En fait, c’est pragmatiste et, en même temps, c’est rigoureux », révèle-t-elle. « Ce sont des pactes de telle sorte qu’ils sont établis et qu’on retrouvera aussi dans d’autres lieux. »

"Modifier l’image du loup semblait essentiel aux écologistes"

Après les lions, au tour des loups, dont l’actuel traitement médiatique tend à adoucir l’image : « il y a toute une littérature qui a été faite depuis des années pour modifier l’image du loup et ça semblait essentiel aux écologistes de modifier cette image, afin de les faire accepter. (…) Le loup est-il plus sympathique que l’être humain ? Je ne sais pas » dit-elle et, non sans humour ajoute : « peut être que les humains n’ont pas encore trouvé de bons défenseurs pour écrire à leur propre sujet, de telle sorte qu’ils soient aussi bien protégés que les loups. »

« Les animaux en captivité s’organisent très souvent selon des modèles hiérarchisés très rigides »

Du loup nous avons longtemps eu l’image d’une organisation sociale stricte et hiérarchique ; animal patriarcal, il évoluerait en meute menée par un mâle dominant. « C’est un cliché » répond-elle. « Le modèle de la hiérarchie, de la dominance, depuis les années trente, a complètement envahi le domaine des recherches animales. (…) Ca a même envahi le domaine de la primatologie. (…) Mais ça a été contesté après treize années d’observation de loups en liberté, et, en fait, (…) le constat est que les animaux en captivité s’organisent très souvent selon des modèles hiérarchisés très rigides, mais qu’une fois en liberté, ce n’est plus du tout le même problème, et la plupart des meutes, pas toutes, sont en fait composées de parents avec leurs enfants ; donc on ne peut pas parler de hiérarchie mais d’une manière de s’organiser en famille... »

Intervenants
  • Philosophe, professeure de philosophie à l’université de Liège.
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