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Virginie Despentes à Lyon pour le Festival Quai du Polar, le 28 mars 2015.

Virginie Despentes : "Ma nostalgie à moi va vers l'adolescence, pas vers l'enfance"

46 min
À retrouver dans l'émission

Laure Adler reçoit Virginie Despentes, écrivaine et réalisatrice, à l'occasion de la sortie au cinéma de l'adaptation cinématographique de son livre "Bye bye Blondie". Elle se livre au cours de l'émission sur son enfance tumultueuse et s'exprime sur la psychiatrie, la prostitution, la pornographie.

Virginie Despentes à Lyon pour le Festival Quai du Polar, le 28 mars 2015.
Virginie Despentes à Lyon pour le Festival Quai du Polar, le 28 mars 2015. Crédits : Sophie Bassouls - Getty

Virginie Despentes, écrivaine et réalisatrice, se raconte en 2012 au micro de Laure Adler dans "Hors-champs".

J'ai une adolescence à Nancy avec une histoire d'internement puis une histoire de viol, ça ce sont des éléments traumatiques marquants mais autour de tout ça il y a aussi une rencontre avec la musique, très forte, avec le punk qui, pour des raisons aujourd'hui me semblent obscures, m'a totalement transformée et je pense tenue en état, tenue debout.

L'écrivaine à l'adolescence écorchée s'exprime sur cette période délicate :

L'adolescence c'est un moment où, c'est ma théorie à moi, je pense qu'on exprime quelque chose que les parents n'ont pas exprimé. C'est ce qui fait vraiment peur aux parents. On se focalise beaucoup sur les adolescents quand il y a un problème mais moi, il me semble, que les parents aussi au moment de l'adolescence de leur enfant ont une crise. Souvent ce que l'enfant adolescent va exprimer d'une façon totalement outrageuse ou totalement dangereuse pour lui-même ou pour les autres, c'est quand même quelque chose qui a été tue chez les parents. C'est l'expression d'une colère tue, ou d'une angoisse tue et les parents ne veulent surtout pas l'entendre.

Elle poursuit :

Je crois qu'il y a de bonnes raisons quand on a quinze ans et qu'on comprend le monde dans lequel on va vivre, de se rouler par terre en hurlant, de terreur, de refus ou de colère. Dans les années 80 ça me semblait justifié comme comportement et ça me semble encore plus justifié aujourd'hui. 

Ayant connu un internement psychiatrique à l'âge de quinze ans pendant quelques mois, Virginie Despentes donne son avis sur cet enfermement :

Ce qui est particulier quand on est enfermé et qu'on ne sait pas quand est-ce qu'on sortira, c'est qu'effectivement trois mois enfermée, ça semble une éternité donc je pense que c'est une agression physique et mentale. Et comme toutes les agressions, je ne crois pas qu'il en découle grand-chose de bon.

Sur la prostitution qu'elle a pratiquée "librement" affirme-t-elle, elle livre son sentiment :

Comme dans beaucoup de boulots, je ne trouve pas que la prostitution soit le seul boulot qui démolisse celui qui le pratique longtemps. Je n'ai pas l'impression que le travail, à de rares exceptions près, je crois que le travail en général ce n'est pas quelque chose qui fait du bien aux gens à moyen terme. Et la prostitution pas plus qu'autres choses effectivement. [...] Je ne vois pas quel corps n'est pas marchandé aujourd'hui sur le marché du travail. [...] Je ne vois pas quel corps n'est pas mis en danger et pris à partie dans le système. Donc, la prostitution au moins il y a un plaisir quand même pour celui qui vient acheter le service. Au moins quelqu'un est satisfait, ce qui n'est pas le cas dans les échanges commerciaux dont on a l'habitude. Quand on travaille on n'est pas là pour se faire plaisir en général. [...] La prostituée rend un service, sinon on n'est pas payé.

Réalisatrice de l'adaptation cinématographique de "Bye bye Blondie", elle s'est refusée à filmer la nudité de ses actrices et s'en explique :

Je refuse les clichés du cinéma traditionnel qui se soumet aux lois qu'on lui impose pour représenter le désir et qui se met à mimer des scènes pathétiques où les gens sont à moitié nus, à moitié bien éclairés. [...] Cette hypocrisie là ne m'intéresse pas. [...] J'en ai marre de voir les comédiennes à moitié déshabillées dans les films, qu'on trouve normal de toujours les mettre un peu nues mais surtout pas de sexe... neuf fois sur dix ça me désespère !

Bibliographie

Bye Bye Blondie

Bye Bye BlondieVirginie DespentesLGF Le livre de poche, 2007

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