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Wong Kar-Wai au Festival Lumière en 2017, à Lyon.

Wong Kar Wai : "Hong-Kong est un peu ma muse"

43 min
À retrouver dans l'émission

Happy Together, My Blueberry Nights, 2046, In The Mood for Love... Le maître du cinéma hongkongais multiplie les grands classiques dans sa filmographie. Au micro de Laure Adler, il revient sur son parcours, de son enfance cinéphile à son nouveau film : The Grandmaster.

Wong Kar-Wai au Festival Lumière en 2017, à Lyon.
Wong Kar-Wai au Festival Lumière en 2017, à Lyon. Crédits : ROMAIN LAFABREGUE - AFP

Lorsque lui et ses parents arrivent à Hong-Kong en 1962, Wong Kar Wai témoigne des débuts de la Révolution culturelle en Chine, lors de laquelle les frontières entre Hong-Kong et la Chine populaire sont fermées. Il ne reverra ses frères et sœurs, alors restés à Shanghai, que 15 ans plus tard.

Très différente de Shanghai, la ville de Hong-Kong, mais aussi les années 1960 constituent un vaste puits d'imagination pour le réalisateur : "La première chose dont je me suis rendu compte, c'est que le pays était différent, l'espace était différent, le son était différent."

Pour certains films, comme In the Mood for Love et 2046, faire du cinéma permet au réalisateur de retrouver ses souvenirs : Wong Kar Wai retrouve, en quelques sortes, des personnages qu'il a rencontrés. "Hong-Kong est un peu ma muse", confie-t-il.

Le cinéma comme art du voyage et du timing

Sa passion pour le 7e art lui fut transmise par sa mère, une femme moderne et cinéphile avec qui il passait beaucoup de temps dans les salles.

Dès son ouverture, Happy Together met en scène deux hommes en plein acte amoureux. Pourtant, Wong Kar Wai n'a pas cherché à faire un film sur l'homosexualité. 

Happy Together est en fait un film asexué. Certains s'intéressent à ce thème de l'homosexualité et c'est très bien, mais personnellement je considère que c'est la relation entre deux êtres qui est plus importante. Pour les deux comédiens, le plus difficile est sans doute de croire à cette relation, sachant qu'ils sont tous les deux hétérosexuels. C'est pour cela qu'on a commencé par une scène où ils sont le plus proches possible l'un de l'autre. Wong Kar Wai

De l'Argentine dans Happy Together aux Etats-Unis dans My Blueberry Nights... Le cinéma est-il un art du voyage pour le réalisateur hongkongais ? A cela Wong Kar Wai répond que cela est l'un des privilèges du réalisateur que de voyager non seulement physiquement mais aussi mentalement. 

A travers un cinéma structuré par des tentatives de compréhension de différentes temporalités, le cinéaste travaille sur le timing, la cadence. Sur la façon dont les événements se déroulent les uns par rapport aux autres.

Littérature, musique et langage 

Maggie Cheung dans le rôle de Li-zhen et Tony Leung dans le rôle de Chow : "In The Mood For Love" de Wong Kar Wai (2000)
Maggie Cheung dans le rôle de Li-zhen et Tony Leung dans le rôle de Chow : "In The Mood For Love" de Wong Kar Wai (2000) Crédits : 2000 USA Films - Getty

Manuel Puig ou encore Gabriel Garcia Marquez représentent d'importantes références littéraires pour Wong Kar Wai. Ce dernier aime à lire différents livres en même temps, de l'histoire aux revues médicales en passant par les magazine : "c'est un peu comme un montage" conçoit-il. 

La musique occupe également une grande place dans le cinéma du réalisateur, notamment pour ancrer une atmosphère. Par exemple, dans In the Mood for Love, le très beau Yumeji's Theme, composé par Shigeru Umebayashi, a marqué l'histoire des bandes originales : "Le cinéma fait appel à la vue et à l’ouïe. La bande-son est évidemment fondamentale. Mais la musique donne aussi un tempo, très important pour le film. L'histoire peut être racontée selon différents rythmes", estime Wong Kar Wai.

J'ai fait de nombreux films et je m'aperçois qu'il y a parfois des passerelles entre eux. Le tout raconte comme un voyage, mon voyage personnel. Wong Kar Wai

Le montage occupe également une place importante pour le réalisateur. Alors que certains le conçoivent comme un outil de construction, lui procède par élimination : "Il faut supprimer ce qui n'est pas nécessaire. Par conséquent, on ne garde que ce qui est absolument indispensable." Et tout comme l'écrivain Patrick Modiano, dont il s'inspire beaucoup, Wong Kar Wai aime à faire un art de la mémoire.

Le cinéaste compare les plans à des mots, qu'il assemble pour créer un langage : "Chaque plan est le résultat d'un choix. Ce plan indique ce que vous voulez montrer, et ce que vous ne voulez pas montrer. Au bout du compte, on ne se pose pas la question de la beauté ou de la qualité du plan, mais celle du choix."

Je suis d'une nature très curieuse, j'observe les gens lorsqu'ils marchent, lorsqu'ils sont de dos. Je regarde la position de leurs mains, et ces petits détails, je les garde en tête. C'est très agréable d'observer des mouvements gracieux. C'est la poésie de la vie, le mouvement du corps humain. Wong Kar Wai

Le réalisateur hongkongais est aussi un cinéaste qui prend son temps, en témoigne les sept ans nécessaires pour confectionner 2046. Il se considère comme un chef cuisinier : certains plats demandent plus de temps que d'autres pour être préparés.

Bibliographie

In the Mood for Love

In the Mood for LoveWong Kar-wai Les Bookmakers / The Jokers, 2000

2046

2046Wong Kar-wai Océan Films, 2004

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