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Camille Chamoux

Camille Chamoux : "L'essentiel de mon attente consiste à renouer le dialogue"

6 min
À retrouver dans l'émission

Imagine la culture demain |Arnaud Laporte, producteur de La Dispute et des Masterclasses, s'entretient aujourd’hui avec la comédienne Camille Chamoux.

Camille Chamoux
Camille Chamoux Crédits : Yohan Bonnet - AFP

Camille Chamoux est présente sur les scènes de théâtre depuis vingt ans, et sur grand et petit écran depuis une dizaine d'années. Sa notoriété s'est envolée avec son deuxième seule en scène, Née sous Giscard. L'année dernière, elle était notamment à l'affiche du succès Premières vacances, dont elle est également coscénariste.

A quoi pensez-vous ?

Camille Chamoux : J'essaie de penser à tout de suite, maintenant. J'essaie de ne plus trop me projeter. Donc je pense à vous, je pense à France Culture. Je pense à ce que l'on peut dire d'intéressant aujourd'hui.

Qu’avez-vous décidé de ne plus faire ?

J’ai décidé de ne plus être ni en retard ni en avance. J'essaie de ne plus procrastiner du tout. En revanche, j'essaie de ne pas me projeter non plus à plus de 2-3 jours.

Est-ce que vous avez des attentes différentes des autres, de l'autre ?

L'essentiel de mon attente consiste à renouer le dialogue. Il y a eu trop d'isolement des individus. Donc, sous toutes les formes, soit dans la culture par le théâtre, la co-présence, les conférences, enfin toute forme de dialogue en réalité, et même pour le café du matin, j'essaie de rétablir dans mes journées un grand nombre de dialogues possibles avec autrui, connus ou inconnus.

Il y a eu quelques expériences de stand-ups plus ou moins virtuels, sans présence physique du public. Est-ce que vous vous imaginez pouvoir reprendre ou écrire un nouveau one-woman-show dans les circonstances qui sont celles d'aujourd'hui ?

J'ai commencé la période du confinement alors que j'étais au beau milieu de l'écriture de mon prochain spectacle, qui devrait s'appeler Eloge du minuteur, et qui est un spectacle sur le temps imparti, les délais, la folie autour du temps programmé. Du coup, le confinement a plutôt apporté un peu de grain à moudre à ma machine mentale, et j’avais effectivement songé à le tester. Donc je l'ai répété avec mon ami, avec qui j'étais confinée, qui me faisait travailler. J'ai essayé de le travailler avec le logiciel Zoom, et je devais le faire de manière complètement gratuite avec les spectateurs qui s'inscriraient sur mon compte Instagram. Mais la réouverture progressive des théâtres a été annoncée, donc je vais faire la même chose, mais en vrai, en chair et en os, au Théâtre du Petit Saint-Martin, qui ne rouvre pas officiellement, mais qui permet d'avoir, avec un siège sur trois, des spectateurs qui viennent voir le spectacle pour commencer à le tester trois fois avant de le créer à la rentrée.

Est-ce que cette crise a changé votre propre rapport au temps ?

Elle l'a modifié, enrichi, mais je pense qu'il y en a pour 20 ans de psychanalyse pour changer mon rapport au temps. En revanche, ça a apporté effectivement des éléments nouveaux, un regard nouveau. Ça a calmé les impatiences, et aussi ce rapport à la procrastination dont je vous parlais. Mais je pense que malheureusement les vieux réflexes reviennent vite et que pour garder les bons, il faut vraiment avoir un mental d'acier. Généralement, on garde plus facilement les mauvais réflexes que les bons. Mais en tout cas si je peux garder uniquement la cessation de l'impatience et la nécessité de faire les choses dans l'instant où il faut les faire, c'est chouette.

Est-ce que vous pensez que l'art, la culture, la création peuvent apporter des choses différentes aujourd'hui au public ?

Je pense qu'en tout cas l'expérience très ardue pour beaucoup de gens de ce moment de vie constitue un nouveau moment de mémoire collective. Evidemment, tout le monde ne l'a pas vécu de la même manière, c'est bien le problème, mais tout ça fait que c'est un moment de vie qui aura marqué une génération. J'aime beaucoup cette phrase de Michel-Ange : « l'art vit de contraintes et meurt de liberté ». Effectivement, les contraintes et la difficulté à vivre, à penser, sont toujours des choses dont on peut tirer de nouveaux élans artistiques. La nécessité, par exemple, d'avoir des gens en face de soi et le manque que ça occasionne, de ne plus profiter des gens en face de soi. On dit souvent que la culture vivante est en perte de vitesse par rapport à la culture des plates-formes et de visionnage, mais cette expérience a changé la donne. Tout le monde est très heureux de revenir au vivant, à la co-présence !

De quoi avez-vous peur ?

Franchement, maintenant, je n'ai plus peur de grand-chose. J'ai plutôt des envies que des angoisses.

Qu'avez-vous envie de partager ?

J'ai envie de partager, et je suis en train de partager d'ores et déjà ce petit souffle révolutionnaire, si j'ose dire. Un petit souffle de changement qui me semble circuler entre les gens, les êtres, les citoyens, les spectateurs. J'ai très vite envie aussi de partager l'expérience de l'émotion d'une œuvre avec des gens. C'est sympa de regarder pleins de films chez soi, mais ce n’est quand même vraiment pas pareil d'être assis à côté de gens qui pleurent en même temps que vous, qui rigolent en même temps que vous.

Camille Chamoux, le vendredi 19 juin 2020

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