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Denis Podalydès

Denis Podalydès : "Je pense obsessionnellement à la rentrée"

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Denis Podalydès
Denis Podalydès Crédits : Romain Lafabregue - AFP

Comédien, mais aussi metteur en scène, scénariste et écrivain, Denis Podalydès est depuis vingt ans sociétaire de la Comédie-Française. Il est aussi très présent sur grand et petit écran depuis une trentaine d'années déjà. On retrouve également Denis Podalydès en compagnie de très nombreux artistes dans les pages de L'Obs en kiosques cette semaine, pour un numéro spécial "SOS spectacles !" en partenariat avec France-Culture.

A quoi pensez-vous ?

En ce moment je pense à Michel Piccoli. Tout le temps. C'est un acteur immense qui me manque énormément, et depuis sa disparition, je regarde quasiment un film de lui chaque jour. Ça fait à la fois mon bonheur et ma mélancolie.

Ça vous apprend des choses ?

Oui, des choses très secrètes, des choses dont je n'ai même pas tout à fait conscience. Je redécouvre quantité de films, des films d'Agnès Varda notamment, Les Créatures, qu'il avait fait dans les années 60, et puis dans ses grands classiques : Sautet, Buñuel, Godard. Ça faisait longtemps que je n'avais pas regardé un grand acteur quasi méthodiquement, obsessionnellement.

Est-ce qu'il y a des choses que vous avez décidé de ne plus faire ?

J'essaie de ne plus me laisser déborder par le temps. Je viens d'avoir une immense dose de temps. Au départ, je ne savais que faire puis, très vite, j'ai tout à fait su que faire de ce temps, même si c'était un temps très inquiet, du moins au début. Peu à peu, je l'ai empli de choses, pas forcément de charges de travail, mais de lectures, puis simplement de moments passés avec ma famille. J'étais un peu en vase clos. J'ai ouvert un temps dont je n'avais pas tout à fait l'habitude, pas au quotidien.

Est-ce que, de ce fait, cela peut changer aussi les attentes que vous avez par rapport à l'autre, aux autres ?

Je ne sais pas. Des autres, j'attends toujours de l'indulgence, de la patience, et qu'ils absorbent mon inquiétude et m'enveloppent de leur calme affection.

L'art, la culture, les créations peuvent selon vous apporter à ce monde différent des choses différentes aujourd'hui ?

Pour ce qui est de l'art je ne sais pas, parce que c'est plus tard qu'on le saura. Est-ce que ça a donné ou va donner naissance à de nouvelles formes, à de nouveaux artistes, ou renouveler certains artistes ? Je pense que l'art arrive toujours dans un temps bien après, en fait. L'art n'est jamais immédiat. Pour ce qui est de la culture, là, par contre, je pense qu'elle prend un coup sévère. On s'est rendu compte aussi que la culture, quand ça va mal, quand on est dans un temps comme celui-ci, passe après tout. Finalement, regardez, les salles vont rouvrir, mais à quel prix ? Et comment ? Attirant qui ? Quelles sont les personnes qui vont retourner au cinéma le 22 juin ? Apparemment des gens courageux, parce que moi, quand je pose des questions, les gens me disent : « Ah non, moi, je n'y retourne pas ». J'ai l'impression que la culture va passer après. Je pense à tout le monde de la culture. Pour moi, c'est tout un monde de travail. La culture, ce n'est pas du tout l'art, c'est tous ceux qui collaborent, qui travaillent à la diffusion, à la pratique professionnelle de l'art. C'est tout un réseau économique et celui-là, je le sens tellement menacé, et pour l'instant tellement dans l'attente, dans l'incertitude. Je pense obsessionnellement aussi à la rentrée : plein de choses se mettent en place pour la rentrée, mais aucune ne se met véritablement en place, de façon certaine. On a l'impression qu'il faut attendre, encore attendre, pas tout de suite, on va voir... Alors, il y a plein de projets qui s'élaborent et qui se chevauchent, et tout ça crée une grande agitation en même temps qu'une grande inquiétude. J'ai bien peur que la culture, dans ce moment-là, en prenne sérieusement pour son grade.

Qu'est-ce que vous avez envie de partager ?

J'ai eu un grand plaisir, pendant ce temps, à partager des œuvres ou tout simplement des lectures. En ce moment, dès que je suis dans une conversation, je parle de Michel Piccoli, je rappelle telle scène, j'essaie de jouer Piccoli. J'essaie de m'en imprégner, de fouiller l'intérieur des films et l'intérieur du jeu de cet acteur. Alors, je partage, avec vous notamment, l'ami Piccoli.

Vous auriez une phrase, si vous vouliez l'imiter pour nous ?

"Ah Célestine, je suis pour l'amour. Moi, je suis pour l'amour fou Célestine !" Il est magnifique. C'est dans Le journal d'une femme de chambre de Buñuel. Il est aussi mesquin, narcissique, veule, sournois et un peu bête, autant qu'il était généreux, intelligent, heureux. Il est tout à l'opposé de lui-même dans ce rôle, c'est absolument magnifique.

Qu'est-ce qu'il faut vous souhaiter ?

Il faut me souhaiter d'avoir parfois du temps vide pour continuer à regarder des films de Piccoli comme j'ai pu le faire.

Denis Podalydès, le jeudi 18 juin 2020

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