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Kamel Mennour, en février 2019 dans sa galerie parisienne

Kamel Mennour : « Il faut se recentrer sur ce qu'on estime être essentiel »

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Arnaud Laporte s'entretient aujourd’hui avec le galeriste Kamel Mennour

Kamel Mennour, en février 2019 dans sa galerie parisienne
Kamel Mennour, en février 2019 dans sa galerie parisienne Crédits : © Joel Saget

Alors que la galerie Kamel Mennour a fêté ses 20 ans l’année dernière, l’activité de ce marchand d’art n’a cessé de s’accroître au fil des années. L’année prochaine, si la Biennale de Venise a lieu, il verra deux de ses artistes dans des pavillons nationaux : Zineb Sedira pour la France, Latifa Echakch pour la Suisse. Il représente également les artistes Daniel Buren, Anish Kapoor, Bertrand Lavier ou Claude Lévêque, soit le très haut niveau de l’art contemporain, mais aussi de plus jeunes, comme Camille Henrot, Hicham Berrada ou Mohamed Bourouissa.
Il a lancé en 2015 une grande vente de charité annuelle au profit de l’Institut Imagine qui rassemble, dans une enceinte de Necker, 850 chercheurs spécialistes des maladies orphelines, vente qui récolte chaque année plusieurs millions d’euros.

Aujourd’hui, Arnaud Laporte, producteur de La Dispute et des Masterclasses, l’interroge sur son état d’esprit actuel, alors que les galeries d’art ont commencé à rouvrir.

A quoi pensez-vous?

Kamel Mennour : Bonne question. En tout cas, j'ai eu le temps de penser pendant deux mois où j'ai été confiné, à venir pratiquement tous les jours, seul à la galerie, à parler aux murs, à parler aux œuvres, à penser à la pluie, au soleil, à la terre, et de me dire que finalement, les seuls êtres qui pouvaient  se mettre à mieux vivre, c'étaient les animaux, alors qu'on était tous confinés dans nos appartements, parfois dans les jardins. En tout cas, à me dire que ce monde dans lequel nous étions, pensant qu'on était invulnérables, à anticiper les choses, et bien finalement, le ciel nous est tombé sur la tête.

Est ce qu'il y a des choses que vous avez décidé de ne plus faire ?

J’ai décidé de ne plus suivre des choses dans lesquelles j'étais sans trop savoir pourquoi. Entre autres, dans mon métier : toutes ces foires, toutes ces biennales, où je sautais d'un avion à un autre, d'un train à un Uber, et finalement ne pas avoir le temps, ce temps qui aujourd'hui s'étire, le temps de réfléchir, et d'être seulement dans l'exécution, de mieux servir les artistes, de penser dans cet esprit de compétition, d'avoir les meilleures expositions, d'avoir les meilleurs artistes, et finalement, aujourd'hui, à quoi bon ? Il faut peut-être se recentrer sur ce qu'on estime être essentiel.

Qu'est-ce que vous attendez des autres ?

Peut-être d'être encore plus à l'écoute, de regarder, d'entendre. Je parlais tout à l'heure de la pluie et du soleil. En fait, être avec tous ces partenaires, tous ces collaborateurs, et plus écouter l'autre ou, en tout cas, être dans une disponibilité. Avant, j'étais constamment en train d'additionner des projets, parfois dans une sorte de survol. Finalement, donc, être un peu plus attentif aujourd'hui, avec cette nouvelle ère dans laquelle nous allons être.

Les galeries d’art font partie des rares lieux culturels qui commencent à rouvrir leurs portes. Mais l'art s'adresse à qui, et comment, désormais ?

Dans ma prochaine exposition, l'art va s'adresser aux visiteurs, bien entendu, mais les acteurs de ma prochaine exposition vont être une addition : mes artistes, et des enfants que j’ai invités. Il y a une sorte de dimension horizontale dans laquelle nous sommes tous en ce moment, et j'ai eu l'envie, le désir – alors que j'avais deux expositions qui étaient prêtes à être installées la veille du confinement – de conjuguer les propos d'enfants, de la grande section de maternelle à la terminale, avec ceux de mes artistes, en demandant à tous ces acteurs de répondre à la question : « Et pour toi, c'est quoi le monde de demain ? ». Nous sommes dans une sorte de genèse, où il faut réapprendre ensemble à marcher, nous demander quelles vont être les perspectives prochaines et quelles vont être nos préoccupations ? Quels seront nos réflexes ? Quelles seront nos attitudes, nos comportements, nos modifications ? Il était nécessaire de ne pas être dans quelque chose de mercantile ou en tout cas de commercial, et c’est pourquoi l'intégralité de ces propositions d'artistes et d'enfants, qui seront vendues au même prix, sera attribuée intégralement, exclusivement à la Fondation de l'Abbé-Pierre et à l'hôpital Necker. Je me suis dit que l'art pouvait être une sorte de vecteur du mieux vivre ensemble, et participer à additionner des propositions peut-être un peu utopistes, mais qui permettraient de mieux réapprendre à vivre ensemble.

Qu'est-ce que vous avez envie de partager ?

J'ai encore plus envie de me préoccuper de notre terre, de me préoccuper du monde dans lequel on est, de profiter de la pluie, du soleil, de partager des choses extrêmement simples et des choses qu'on ne voyait pas passer devant nous et dans ce sentiment, en tout cas dans cette conception, de réenvisager ensemble, j'insiste bien sur « ensemble », la possibilité de vivre dans un environnement commun.

De quoi avez-vous peur ?

De cette schizophrénie dans laquelle nous étions sans trop le savoir, que l'on soit artiste, scientifique, ou autre, et finalement, tout un chacun, on était préoccupé par une sorte d'individualisme. Réapprendre à vivre ensemble, peut-être que c'est utopique, mais c'est nécessaire par rapport au futur que nous allons rencontrer : qu'est-ce que le monde va nous offrir ? Quelles seront nos manières de nous projeter dans ce futur proche ?

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