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Nicolas Dupeux

Nicolas Dupeux : "C'est la réflexion sur les temps courts qui nous permet de construire le temps long de demain"

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À retrouver dans l'émission

Imagine la culture demain | Arnaud Laporte, producteur de La Dispute et des Masterclasses, s'entretient aujourd’hui avec Nicolas Dupeux, Directeur Général de l’Accor Arena.

Nicolas Dupeux
Nicolas Dupeux Crédits : @NickoGuilhal

Le palais omnisports de Paris-Bercy est actuellement parrainé sous le nom Accor Arena. Nicolas Dupeux en est le directeur général depuis janvier 2018. C’est l'une des plus grandes salles de spectacles et d'événements sportifs en France, puisqu'elle peut accueillir jusqu'à 20 000 spectateurs. Il s'y déroulera d'ailleurs la soirée de la Fête de la musique de France Télévisions, le 19 juin prochain. Mais pour cette salle, l’avenir proche est très incertain, en raison de la crise sanitaire.

À quoi pensez-vous ?

Nicolas Dupeux. Aujourd'hui, je pense à cette crise qui a bouleversé notre rapport aux autres et puis, finalement, aux traces qu'elle pourra laisser dans les relations humaines. Je pense que l'humain est un être qui est profondément relationnel, qui a besoin de contact, qui a besoin d'échanges.  Donc, ma réflexion tourne autour du fait de savoir comment on va reconstruire cette relation à l'autre, cette relation de confiance, cette relation de proximité. J'espère le plus vite possible, parce que les conditions sanitaires semblant s'améliorer, je crois qu'on a profondément besoin de retrouver cet échange les uns avec les autres. C'est un peu ma pensée actuelle. J'espère que ma pensée demain sera bien différente, en disant qu'on a pu tous se retrouver et se rassembler à nouveau.

Est-ce qu'il y a des choses que vous avez décidé de ne plus faire ?

Je crois qu'il ne faut pas essayer d'avoir de fausses bonnes résolutions, comme celles qu'on essaie chaque année le 31 décembre à minuit et de dire « Tiens, cette année, je ne ferai plus ça ». Je crois qu'il faut toujours savoir raison garder. Pour autant, je ne sais pas ce que j'ai décidé de ne plus faire, mais je sais ce que j'ai décidé de faire : savoir où sont les priorités dans la vie. Savoir faire attention aux autres parce qu'on se rend compte que quand on est coupé des autres, l'autre nous manque, et donc je crois que c'est vraiment quelque chose qui, pour moi, est un enseignement profond. Avoir cet équilibre dans les relations, et savoir prendre le temps aussi.

En retour, qu’attendez-vous des autres ?

J'attends des autres qu'on arrive à retrouver ce goût de l'autre, c'est-à-dire ce goût de l'échange, ce goût du partage, ce goût de la passion, ce goût de l'émotion partagée. J'attends de l'autre qu'il ne soit pas dans une crainte ou un côté anxiogène tel qu'on peut le voir aujourd'hui, mais au contraire qu'il fasse preuve de positivisme, de dynamisme, de franchise, en se disant reconnectons-nous à nouveau, faisons-nous confiance et repartageons ensemble des émotions fortes.

Comment imaginez-vous la façon dont l'art et la culture vont pouvoir vivre ces temps différents ?

On est dans une séquence qui est un peu paradoxale, où viennent se télescoper les temps longs et les temps courts. C'est un peu comme ça que je vois les choses. On a le temps long, celui de la reprise à plein régime de nos activités. On sait que ça va prendre un peu de temps, mais ce temps long, il ne peut pas s'imaginer sans des temps courts, qui sont ceux des réflexions qu'on a aujourd'hui pour reprendre le plus vite, en respectant bien sûr toutes les mesures qui conviennent. Donc accueillir la Fête de la musique, imaginer des événements qui pourraient avoir lieu dès que les règles gouvernementales nous y autorisent, c'est la réflexion sur tous ces temps courts qui se multiplient qui nous permet de construire le temps long de demain. Nous sommes dans une période assez étonnante parce qu'on pourrait se dire « tiens, on est fermés, finalement on n'a rien à faire », mais pas du tout. Au contraire, il y a une activité assez forte, beaucoup d'émulation, où on essaie de phosphorer sur plein d'idées pour faire redémarrer la machine le mieux possible.

Il y a quelques jours, dans cette même séquence, Dominique A disait qu'il n'imaginait pas donner des concerts devant un public masqué. Concrètement, comment imaginez-vous ce futur relativement proche ?

Je me joins effectivement à son point de vue. Je crois que les concerts sont des moments où on vit quelque chose pleinement, et que venir, par ce masque, cacher les sens que sont la parole, l'odorat, je crois que c'est antinomique avec l'exaltation qu'on doit avoir à un concert. Donc, la réflexion doit être : qu'est-ce qu'on peut faire sur chaque séquence ? On voit aujourd'hui que les séquences s'améliorent grandement, donc adaptons les dispositifs sur chacune des séquences, mais ne faisons pas les choses n'importe comment. C'est-à-dire que tant qu'on devra avoir la distanciation physique, on le sait, ce n'est pas compatible avec les modèles économiques des concerts. Pour autant, nous sommes sur cette réflexion, et on a la chance d’avoir une vraie richesse et diversité de programmation. On accueille aussi des événements sportifs, des événements d'entreprise, et sur ces verticales de programmation, il est un peu plus simple d'envisager des mesures ponctuelles qui permettent quand même d'avoir des événements.

Nicolas Dupeux, 3 juin 2020.

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Intervenants
  • Directeur général de l'Accor Arena, depuis janvier 2018.
  • Producteur de l'émission "La Dispute" sur France Culture
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