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Olivier Assayas

Olivier Assayas : "C'est un bon moment pour réfléchir à ce qu'est le cinéma, et à qui on s’adresse"

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Imagine la culture demain |Arnaud Laporte, producteur de La Dispute et des Masterclasses, s'entretient aujourd’hui avec le cinéaste Olivier Assayas.

Olivier Assayas
Olivier Assayas Crédits : Alessandra Benedetti - Corbis

Ancien critique aux Cahiers du Cinéma, devenu cinéaste et scénariste voilà bientôt 35 ans, Olivier Assayas a notamment reçu un Golden Globe pour la mini-série Carlos, le prix Louis-Delluc pour Sils Maria, le prix de la mise en scène à Cannes pour Personal Shopper. Son dernier film en date, Cuban Network, est sorti en salles au mois de janvier et sera très prochainement disponible en DVD.

A quoi pensez-vous ?

Je pense à peu près à la même chose que tout le monde, parce qu'on a traversé les uns et les autres à peu près la même chose. Je l'ai peut être traversée d'une façon un peu plus privilégiée parce qu'il se trouve que j'ai une maison de famille à la campagne, et donc je pouvais au moins être dans la nature et ne pas subir la ville et le confinement. Aujourd'hui, je me pose toutes sortes de questions sur comment pratiquer le cinéma et comment le cinéma va pouvoir se reconstruire. Je pense que c'est un bon moment pour réfléchir à ce qu'est le cinéma, à pourquoi on en fait et à qui on s'adresse.

Dans ce moment de réflexion, est-ce qu’il y a des choses que vous avez décidé de ne plus faire ?

Il y a toutes sortes de choses que je ne peux pas faire de toute façon. Aujourd'hui, on n'en est pas encore à un point où on peut tourner des films de la façon dont on les faisait auparavant. Aujourd'hui, si on tourne des films, ça implique des mesures de distanciation et toutes sortes de règles qui sont très « anti-cinématographiques », et ça devient très contraignant. Je n'ai pas envie de faire des films dans ce contexte là. Je pense que j'attendrai un peu. Mais d'ici là, je me pose la question de faire des films sur un format beaucoup plus réduit, des choses qui seraient déterminées par les nouvelles conditions du monde dans lequel on vit.

Est-ce que cette crise que l'on traverse a changé votre rapport au temps ?

Oui et non parce qu'encore une fois, j'ai vécu la même chose que la majorité, c'est-à-dire que je me suis retrouvé à faire l'école de ma fille qui a dix ans, je me suis retrouvé à faire le ménage chez moi, je me suis retrouvé à faire des courses, la cuisine, en essayant de me débrouiller pour trouver du temps au milieu de tout ça, pour faire ce que je fais, qui est écrire. Néanmoins, je suis arrivé à trouver ce temps et à trouver un équilibre qui n'est pas si bousculé que ça. Si j'avais eu un film en cours, cela aurait été très différent parce que là, tout aurait été sans dessus dessous et complètement déstabilisé. Le plaisir de l'écriture au quotidien, c'est quelque chose qui fait partie de ma vie, donc ça ne l'a pas bouleversé. Toutefois, par exemple, je devais mettre en scène un opéra à Lyon, Les Noces de Figaro, et évidemment ce projet est tombé à l'eau parce qu'il était prévu exactement dans les dates de la période du confinement.

Est-ce que vous pensez que dans ce contexte, la création, l'art, vont s'adresser différemment aux gens ?

J'ai envie de dire qu'on ne peut pas recommencer comme avant. En tout cas, je suis utopiste de ce point de vue là, je me dis qu’on doit d’abord revenir aux fondamentaux, c'est-à-dire que chacun doit s'interroger sur les raisons pour lesquelles on pratique cet art et pas un autre. Qu'est-ce que cet art a à dire au monde d'aujourd'hui? Comment s'inscrit-t-il dans le monde d'aujourd'hui? Ce sont des questions qui ne sont pas simples, pas évidentes du tout. Au milieu du désarroi, de la pandémie, du confinement, il s'est trouvé que ces questions quant au cinéma tombaient au bon moment. On s'interrogeait sur le rapport avec les plates formes, la transformation du financement du cinéma, la transformation de son public et, d'une certaine façon, le confinement a donné une urgence, une évidence à ces questions. De ce point de vue là, je pense que c'est un assez bon moment pour s'interroger soi-même et interroger la question proprement dite du cinéma, et peut-être y trouver de nouvelles solutions, y trouver de nouvelles réponses et trouver peut-être une nouvelle éthique, une nouvelle pratique. Il me semble qu'il y a peu d'occasions ou d'opportunités pour cela. Il se trouve que pendant un grand nombre de mois, on a fermé les salles, on a tout arrêté, tout le monde s'est retrouvé d'une certaine façon immobilisé et des fois, je pensais au Charlie Hebdo que je lisais quand j'étais adolescent et où Gébé publiait L'an 01. Il disait : " On arrête tout, on recommence et ce n'est pas triste » Ces souvenirs d'adolescence me revenaient de façon extrêmement insistante chaque fois que j'allais me promener pour essayer de ramener un peu d’inspiration, un peu de fraîcheur à mon inspiration.

Qu’avez-vous envie de partager ?

Je crois que nous partageons tous une expérience existentielle. Nous sommes peut-être la première génération à avoir vécu cette expérience, à l'avoir vécu collectivement, et de façon souvent extrêmement douloureuse. Donc, il me semble que cela nous réunit et ce que j'ai à partager, c'est ce que nous avons d'ores et déjà partagé. Le rôle de l'art pourrait éventuellement être d'essayer de trouver un sens, et ce sens peut être à travers une reformulation, une nouvelle pensée de cette pratique.

Olivier Assayas, le mardi 23 juin 2020

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