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Manifestation pour le Retrait de la loi El Khomri, Paris, 2016

Collectif on vaut mieux que ça : "le problème, ça n'est pas le chômage, c'est le travail"

5 min
À retrouver dans l'émission

Aujourd'hui, Itinéraire bis rencontre Gull, professeur de philosophie, membre fondateur du collectif militant "On vaut mieux que ça", un collectif qui veut libérer la parole des citoyens, et ce plus particulièrement sur la question du travail.

Manifestation pour le Retrait de la loi El Khomri, Paris, 2016
Manifestation pour le Retrait de la loi El Khomri, Paris, 2016 Crédits : Jeanne Menjoulet / Flickr

Au moment de la sortie, en février 2016, des premiers textes de la loi El Khomri, le collectif On Vaut Mieux que ça a décidé de s'attaquer plus frontalement à l’épineuse question du travail. Parce qu'avant même cette proposition de réforme, le collectif s'y intéressait, notamment via des vidéos sur YouTube, place publique où chacun peut s'exprimer librement.

Ce collectif est militant mais n'est pas un porte-parole pour les sans voix. Car les travailleurs ont une voix. On Vaut mieux que ça, c'est donc un relais, un moyen de centraliser ces voix pour les diffuser. Ils ont donc collecté des milliers de témoignages en analysant un phénomène en particulier : la souffrance au travail.

Un phénomène difficilement qualifiable selon Gull car un employeur peut très bien considérer que le cas d’un employé en souffrance, est un cas isolé. Le collectif a donc procédé à une collecte de témoignages, qui pourrait alors rendre ces situations plus visibles afin de mieux les observer, dans leur ensemble.

D'ailleurs, Itinéraire Bis a également, via les réseaux sociaux, avec le "hashtag" #OnVautMieuxQueCa, popularisé l'an dernier, fait un appel aux témoignages. En quelques heures, une dizaine de jeunes et moins jeunes écrivent. Leur point commun : une reconversion, un changement de cap, un point de rupture. Pas toujours en raison d'une souffrance liée aux conditions de travail, ou de management. Parfois en raison d'une désillusion, d'une lassitude, d'une déception. Il y a ces étudiants qui misent sur la recherche et se rendent compte, au moment de travailler, que la recherche, ça ne paye pas et qu'il va falloir reprendre d'autres études, ces travailleurs qui ont décidé de quitter un emploi stable, mais peu épanouissant, pour ce qui les passionne, ceux qui souffraient de leur condition, et ont trouvé des parades pour s'adapter à la société et à ce qu'elle exige, tout en se protégeant, et puis... il y a les déçus.

"Game Over", manifestation contre la loi El Khomri, Paris, 2016
"Game Over", manifestation contre la loi El Khomri, Paris, 2016 Crédits : CITIZENSIDE / PHILIPPE MUNIER - AFP

Parmi ces déçus, il y a ceux qui ont choisi des études, puis un métier, par passion, par conviction politique, par besoin de se sentir utile. C'est le cas de Mathilde notamment qui, après des études en lien avec la préservation de l'environnement, et plus particulièrement des insectes, s'est retrouvée face à des personnes qui lui semblaient incompétentes, peu convaincues... Elle s'interroge : n'est-elle pas trop engagée ? trop motivée ? Ce qu'elle constate, c'est que même en mettant en oeuvre toute sa force de travail, et bien les projets n'avancent pas. Ils sont freinés par les volontés politiques des uns, le manque de conviction et de motivation des autres.

Alors Mathilde, qui voulait exercer dans ce milieu pour être "utile", croit qu'elle ne l'est pas. Ou pas assez, puis se tourne vers les métiers d'aide médico-psychologique aux personnes handicapées , où, dit-elle, elle se sent véritablement utile. Pas de culpabilisation de la famille, pas de sentiment d'avoir perdu son temps en faisant des études appartenant à un domaine tout à fait différent de celui dans lequel elle travaille aujourd'hui. Simplement une certaine déception, face à ce décalage qui existe entre ce à quoi elle s'attendait, lors de ses études, puis la réalité du terrain, qui comprend d'autres facteurs que ses convictions et son envie de faire bouger les lignes. Ceci dit, elle ne perd pas de vue cet engagement pour l'environnement, seulement, elle le vivra du côté du militantisme, en faisant par exemple, du bénévolat.

Gull et le collectif, face à ces témoignages, se posent alors ces questions : et si réformer le travail, ça ne suffisait plus ? Et si le problème était plus profond, et si la valeur travail, et bien, n’avait plus de valeur ?

Gull est aussi vidéaste, il sévit sur YouTube, mais pas que. Avec Viciss Hackso, elle aussi vidéaste sur YouTube, ils développent ce qu'ils appelle le "Hacking social", qui "désigne les réflexions et les activités visant à identifier, comprendre, et détourner des structures sociales nuisibles aux individus et aux groupes, [...] Le hacking social consiste à détourner les structures sociales, dans le but d’améliorer l’environnement du plus grand nombre, de lutter contre les discriminations et les rapports de dominations, de débrider l’individu des déterminations exercées à son insu."

Ainsi, ils espèrent, via leur site, inverser peut-être, un fait que Gull dénonce : le problème, c'est pas le chômage, c'est le travail.

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