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Des migrants attendent de pouvoir embarquer à bord d'un camion pour passer en Angleterre.

"Délit de solidarité" : Portrait de Laurent Caffier, "le zorro de la jungle"

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En France, le "délit de solidarité" n'existe pas dans la loi. Pourtant, les militants et anonymes qui viennent en aide aux réfugiés en parlent à chaque fois que quelqu'un est condamné pour "aide à l'entrée et au séjour irrégulier." Ils sont de plus en plus nombreux à être condamnés.

Des migrants attendent de pouvoir embarquer à bord d'un camion pour passer en Angleterre.
Des migrants attendent de pouvoir embarquer à bord d'un camion pour passer en Angleterre. Crédits : DENIS CHARLET - AFP

Placé sous contrôle judiciaire depuis le 20 août 2016, avec interdiction de parler aux journalistes jusqu’au 11 mai, Laurent Caffier a été reconnu coupable le 27 juin dernier pour "aide à l'entrée et au séjour irrégulier," non pas pour avoir fait entrer illégalement des réfugiés en France, mais pour leur avoir apporté son aide pour la fuir. Avec trois autres prévenus, il se retrouvait accusé d'avoir joué les passeurs pour trois iraniens. Il risquait jusqu'à cinq ans de prison, et 30 000 euros d'amende.

Des migrants afghans à Calais en 2009.
Des migrants afghans à Calais en 2009. Crédits : PHILIPPE HUGUEN - AFP

Condamnés mais dispensés de peine

Condamnés, mais sans rien payer, ils sont désormais plusieurs dans ce cas. Cédric Hérrou par exemple, qui en février dernier a été condamné par le tribunal correctionnel de Nice, a une amende de 3000 euros avec sursis. Béatrice Huret, co-prévenue avec Laurent Caffier, Ghizlane M. et Mohammad G., a elle aussi été condamnée. Mais comme Laurent Caffier, elle a été dispensée de peine.

Les "bouches cousues" de la jungle

Lorsque Laurent Caffier rencontre le groupe d'iraniens des "bouches cousues", il ne se doute pas qu'il se sentira en devoir de les aider à fuir vers l'Angleterre. Le 3 mars 2016, douze hommes se cousent la bouche en direct devant caméras et micros, appelant à l'aide. "On leur a fait des promesses qui n'ont pas été tenues. Alors ils ont tenté de passer en Angleterre par l'Espagne," raconte Laurent Caffier. Emprisonnés par leurs passeurs, Mokhtar et Davod s'échapperont in extremis. C'est Laurent qui les récupère, "très mal en point" et les héberge chez lui. "Le bateau, c'est venu bien après."

Le 3 mars 2016, des iraniens se cousent la bouche en signe de protestation sur la jungle de Calais.
Le 3 mars 2016, des iraniens se cousent la bouche en signe de protestation sur la jungle de Calais. Crédits : DENIS CHARLET - AFP

Aider, jusqu'à quel point ?

Est-ce qu'il aiderait à nouveau des migrants à traverser la Manche ? "Non, je ne le referais pas. Mais je continuerais à aider, à distribuer du pain, à faire tout ce que je peux." Serein à l'égard du jugement rendu par le tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer, Laurent Caffier tient pas à ce qu'on ne le confonde pas avec un passeur :

"Pour la condamnation, je comprends. Il faut dissuader les vrais passeurs, ceux qui gagnent de l'argent en torturant les gens, de faire ça en jouant à faire de l'humanitaire. Moi si je les ai aidés, j'ai pas empoché un sou."

Béatrice Huret, ex-sympathisante FN, entourée par les journalistes le 26 juin au tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer.
Béatrice Huret, ex-sympathisante FN, entourée par les journalistes le 26 juin au tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer. Crédits : PHILIPPE HUGUEN - AFP

Laurent Caffier, entouré de sa compagne Raphaëlle, deux ses deux garçons et d'amis fidèles, continue de passer ses rares heures de temps libre à courir à droite et à gauche pour distribuer de la nourriture aux migrants qui ne vont pas toujours chercher de l'aide auprès des associations sur place. "La situation ici, c'est de pire en pire. A part l'Auberge des migrants, et deux ou trois indépendants comme moi, il y a de moins en moins de gens pour aider sur le calaisis," déplore Laurent Caffier.

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