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Novembre 2013 au camps de Blida à Metz. Fermé, puis rouvert à plusieurs reprises, il est aujourd'hui totalement saturé.

A Metz, les bénévoles interdits d'entrée dans le camp de réfugiés de Blida

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A Metz, le camp de réfugiés compte 280 personnes selon la préfecture, et plus de 700 selon les bénévoles qui y assurent une présence quotidienne. Les tentes et la nourriture sont essentiellement fournies par les collectifs d'aide, qui dénoncent aujourd'hui une situation intenable.

Novembre 2013 au camps de Blida à Metz. Fermé, puis rouvert à plusieurs reprises, il est aujourd'hui totalement saturé.
Novembre 2013 au camps de Blida à Metz. Fermé, puis rouvert à plusieurs reprises, il est aujourd'hui totalement saturé. Crédits : Jean-Christophe VERHAEGEN - AFP

Plus de 12.000 places d'hébergement vont être créées d'ici à 2019 pour les réfugiés et demandeurs d'asile, a annoncé d’Edouard Philippe hier. Et le besoin est grand, car les conditions d’accueil sont parfois très difficiles. A Metz notamment, ou le camp de Blida, rouvert en avril dernier, est totalement saturé. Il déborde même… sur la rue, dans le camping proche, les bénévoles ne savent plus ou trouver des abris pour les réfugiés qui arrivent chaque jour. Ce camp abrite surtout des albanais demandeurs d’asile, quelques afghans, et des africains de divers pays. Ils sont au moins 400 à tenter de survivre sur ce parking équipé de quelques sanitaires et complètement grillagé. Plus de 300 autres personnes dorment dans la rue, ou ont pu, grâce à des bénévoles de plusieurs collectifs, obtenir un emplacement (payant) dans le camping voisin.

Chaîne de délégation

Qui en assume la responsabilité ? Pas la mairie, qui renvoie vers la préfecture de Moselle. La préfecture répond qu'elle a réquisitionné ADOMA, société qui gère surtout des foyers de jeunes travailleurs migrants pour assurer celle du camp. Adoma a de son côté employé une entreprise de sécurité pour filtrer les entrées et sorties des bénévoles… et des journalistes. Les collectifs ont été sommés fin juin par Adoma de signer une convention, "uniquement signable par des associations qui étaient sur la liste établie par Adoma, alors que nous, nous somme simplement des bénévoles. Du coup ça dépend des jours, parfois on nous laisse entrer, parfois non, et les distributions se font sur le trottoir," explique Eric Graff. Une nouvelle convention, beaucoup plus souple, doit être proposée dans les jours qui viennent par Adoma.

"Rien n'est prévu, pas de distribution alimentaire, pas de quoi s'abriter, rien, à part quelques tickets pour aller acheter un tout petit peu de nourriture au supermarché et un plan pour arriver jusqu'ici. Les tentes, le gros de la nourriture, les vêtements, l'aide juridique... tout est fourni par des bénévoles qui sont à bout !" Eric Graff, membre du collectif mosellan contre la misère.

Sanaa, 11 ans, partage une tente avec son oncle, sa mère et ses frères et soeur. Il n'y a pas de réponse au 115, le numéro d'hébergement d'urgence. Elle est fatiguée après plusieurs nuits sans sommeil.

"Nous avons beaucoup de problèmes avec les albanais. Toutes les nuits, ils se battent. Nous avons traversé tellement d’épreuves, traverser la jungle, marcher encore et encore, monter dans un minuscule bateau tellement bondé. Je ne comprends pas comment des gens comme nous qui avons affronté tant de problèmes ne sont pas abrité ailleurs. Je demande à ce qu’on nous transfère, n’importe ou."

L'insécurité revient dans tous les témoignages, ceux des bénévoles comme ceux des réfugiés, qu'elle que soit leur origine. "Est-ce qu'on peut considérer qu'il y a mise en danger de la vie d'autrui lorsque les services de l'Etat laissent des femmes, des enfants, au milieu de ce camp ou une quinzaine de jeunes hommes provoquent des bagarres quotidiennes ?" s'interroge Eric Graff.

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Conditions sanitaires déplorables

Le parking grillagé comprend un coin cuisine, quatre douches et quatre toilettes. La promiscuité y est telle qu'elle ne sont pas praticables, notamment pour les enfants qui souffrent souvent de constipation. Des cas de galle ont été recensés, des poux, et autres maladies liées à l'insalubrité sont le lot commun du camp. "Adoma à pensé à mettre des vigiles, soi-disant pour assurer la sécurité des réfugiés, mais n'a pas pensé aux besoins élémentaires. C'est lamentable," se désole Sandrine Worms, une autre bénévole du collectif mosellan contre la misère.

Le coin cuisine du camps de Blida en juillet 2017.
Le coin cuisine du camps de Blida en juillet 2017. Crédits : Eric Graff pour France Culture.

"Lorsque nous avons quitté l’Afghanistan, j’ai réunis toute ma famille, et je leur ai demandé : ou est-ce que vous voulez aller ? Ils m’ont tous dit : en France, on a de bonne relations avec ce pays. Aujourd’hui, je plaisante et je leur demande : alors, qu’est-ce que vous pensez de la France ? Et ils me répondent : on ne connaît pas la France encore, tout ce qu’on connait, c’est ce camps." Mohammed Kayun Ahmed Kusaï, réfugié afghan.

La préfecture s’est engagée la semaine dernière auprès des collectifs à agrandir la surface du camp pour accueillir d’avantage de tentes, à installer des sanitaires supplémentaires, ainsi que quelques machines à laver. Pour Claude, bénévole du collectif Le soleil de Blida, c'est mieux que rien, "mais ce n'est pas une solution. Ce camp n'aurait jamais du exister, et les gens doivent être relogés, un point c'est tout." Des logements doivent être trouvés par la préfecture dans le parc immobilier vacant de l’agglomération de Metz, qui comptait d'après l'Insee 6000 logements vides en 2009.

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