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Ce que l'on voit de la rue de Mikropolis, un espace social autogéré à Thessalonique, Grèce.

A Micropolis: autogestion et démocratie directe face à la crise grecque

7 min

Troisième épisode de notre série d'itinéraire bis autour des 10 ans de la crise financière. Ce matin, nous évoquons la crise grecque - conséquence indirecte de la crise des subprimes - et ses stigmates, depuis un espace social autogéré - et anticapitaliste- à Thessalonique, deuxième ville du pays.

Ce que l'on voit de la rue de Mikropolis, un espace social autogéré à Thessalonique, Grèce.
Ce que l'on voit de la rue de Mikropolis, un espace social autogéré à Thessalonique, Grèce. Crédits : Clémence Allezard - Radio France

Tout le monde en Grèce sait désormais que, on vit, on travaille, au jour le jour: " maintenant pour aujourd’hui". Pour demain, on ne peut être sûr de rien. Par exemple, moi, j’ai un job depuis 7 ans, mais peut-être que demain, je ne recevrai plus de salaire ! Pour être honnête, je réfléchis en ce moment à partir, à quitter la Grèce. Pour essayer d’avoir " une meilleure vie ", pour le dire un peu naïvement. Pourquoi ? Parce que j’ai vu les retraites de mes parents baisser de plus 40%, j’ai vu toute ma famille avoir des problèmes. Savez-vous seulement combien de jeunes sont partis du pays ? Près de 500 000…

Malamas, membre de Mikropolis, d'ALPHA-KAPA, le seul mouvement politique qui y est autorisé et professeur de l'équipe de kickboxing du lieu.

On a tendance à l’oublier mais la crise grecque est aussi une conséquence, indirecte de la crise dite "des subprimes". Les investisseurs ont été de plus en plus " frileux " quant à prêter sans trop de précautions et ils n’ont un moment donné tout simplement plus voulu prêter à la Grèce… dont on apprenait dans la foulée – en 2009 - les mensonges sur la réalité des déficits publics. Les agences ont ainsi baissé la notation de la dette publique grecque – montrant au passage prudence et " patte blanche " après avoir très largement mésestimé le risque de ces produits subprimes… Une note dégradée… ajoutant à la panique financière générale… Nous sommes donc passés d’une crise de la dette privée à une crise de la dette publique… grecque… puis à une crise économique et sociale, particulièrement violente en Grèce.

Nous sommes à Thessalonique, deuxième ville du pays, port industriel et ville très étudiante, dans un espace social autogéré appelé " Micropolis". Ici, personne ne croit en la gauche incarnée par Syriza ni à un " sauvetage" quelconque de la Grèce… Pour eux, le salut viendra d’en bas, du peuple grec lui-même.

C’est tout le projet de Mikropolis, proposer une alternative " par le bas "

Autogestion, démocratie directe – avec assemblée ouverte chaque mardi – mais aussi cantine à très bas prix et épicerie vendant les produits de producteurs de la région "sans profit", ou presque, juste assez pour rémunérer certain.e.s membres.

Dans cet espace au cœur du centre-ville de Thessalonique, niché entre deux vitrines commerciales, il n’y a bien que l’immeuble où il se trouve qui est bourgeois… Ici on discute philo ou politique ou bien on bouquine... mais bien pour renverser l’ordre social … Raoul Vaneigem, Noam Chomsky ou encore Silvia Federici… sont les titres en tête de gondole de la librairie. Mais on travaille aussi: en cuisine ou dans l'épicerie.

Pour commencer, on a voulu répondre à la crise " en interne ", ici dans cet espace. On a vu que beaucoup de gens qui étaient actifs au sein de Mikropolis étaient au chômage, qu’ils avaient beaucoup de difficultés pour vivre, pour survivre d’ailleurs… et notre réponse n’était pas de dire " attendez les aides du gouvernement ". Donc on a décidé de créer "la structure de Mikropolis ": la cuisine et l’épicerie, notamment. Les gens qui y travaillent sont payés. C’étaient vraiment les deux choses qu’on voulait au début : que les gens survivent, avec leur argent gagné ici, et dans un deuxième temps, transmettre un message à la société : qu’on peut accomplir des choses en les pensant et en les décidant collectivement. Par nous, pour nous: trouver des solutions à la crise, au chômage, et cela de manière collective, en autogestion.

Argiris, la cinquantaine, il était parmi les tout premiers en 2008 à fonder le projet, dans la foulée des manifestations d'Exarchia.

Tous et toutes le concèdent sans problème, le deuxième défi – celui de faire de Mikropolis une proposition pour toute la société, diffuser ses idées par-delà ses murs– est un défi permanent. Et pour le relever, le lieu se fait aussi le relai d’autres luttes sociales: dans l’épicerie, on trouve les savons VIO ME : de l’entreprise du même nom. Et pour cause, après avoir failli fermer pendant la crise, les ouvriers l’ont reprise avec l’aide de membres de Mikropolis, et ils tiennent désormais leurs assemblées ici. Ou encore, elles et ils soutiennent régulièrement les opposant.e.s au consortium sino-canadien exploitant les mines d'or de Chalcidique, désastre environnemental pour ses détracteurs.

Réécouter à ce propos: "Le scandale des mines d’or à Ierissos", documentaire "Sur les docks":

Ou bien encore, en organisant, au mois de septembre depuis sept ans, le Festival international pour la Démocratie directe, qui fait la part belle aux créations et pensées "alternatives".Lors de l'édition de 2013 on a notamment pu voir le film-documentaire du franco-grec Yannis Youlountas Ne vivons plus comme des esclaves, du nom d'un slogan que l'on lit sur bien des murs en Grèce, depuis 2010.

Avec Kostas, étudiant, Malamas, membre de l'équipe de kickboxing du lieu, Niki, qui travaille en cuisine et Argiris, un des fondateurs. Tou.te.s membres de Micropolis et du mouvement auti-autoritariste "Alpha-Kapa".

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