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La réalisatrice et romancière française d'origine argentine Nelly Kaplan pose, le 16 février 2005 à Paris, après avoir reçu la cravate de Commandeur des Arts et des Lettres.

Nelly Kaplan : "Les muses inspirent mais ne respirent pas. Je n'ai jamais été une muse"

1h
À retrouver dans l'émission

André Breton, André-Pieyre de Mandiargues, Philippe Soupault : à son arrivée à Paris en 1954, la route de Nelly Kaplan croise celle des poètes surréalistes. En 2008, au micro d'Antoine Perraud, la réalisatrice revenait sur ces rencontres qui ont marqué son oeuvre, et sur son amour de la poésie.

La réalisatrice et romancière française d'origine argentine Nelly Kaplan pose, le 16 février 2005 à Paris, après avoir reçu la cravate de Commandeur des Arts et des Lettres.
La réalisatrice et romancière française d'origine argentine Nelly Kaplan pose, le 16 février 2005 à Paris, après avoir reçu la cravate de Commandeur des Arts et des Lettres. Crédits : François Guillot - AFP
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44 min
Jeux d'archives Nelly Kaplan 5/07/2008

Née en 1931 à Buenos Aires, Nelly Kaplan a été l'assistante d'Abel Gance dans Austerlitz (1960) et metteur en scène de sa deuxième équipe pour Cyrano et D'Artagnan (1963). Son premier long-métrage de fiction, La Fiancée du Pirate (1969), co-écrit avec Claude Makowski, avec Bernadette Lafont dans le rôle principal, est aujourd'hui un film culte. Elle est également l'auteur de plusieurs livres, les premiers écrits sous le pseudonyme de Belen. En 2008, au moment de cet entretien avec Antoine Perraud, la réalisatrice publiait un roman Et Pandora en avait deux! ainsi que sa correspondance avec d'Abel Gance : Mon Cygne, mon Signe (éditions du Rocher).

La compagnie des poètes. De Lautréamont à Breton

Dans cet entretien de 2008, au micro d'Antoine Perraud, Nelly Kaplan revient sur son rapport à la littérature, en particulier à la poésie, au fil d'archives sonores qu'elle a choisies, et dans lesquelles on entend la voix des écrivains surréalistes qu'elle a connus à son arrivée à Paris en 1954, comme André Breton, André-Pieyre de Mandiargues ou Philippe Soupault.

Nelly Kaplan :Il y avait chez Soupault cette obsession de voyager, de partir, de ne pas arpenter les mêmes chemins. Je le revois encore s’éloigner, les bras derrière le dos. Soupault c’était à la fois le voleur de feu et l’homme aux semelles de vent. C’est peut-être un des êtres les plus indomptables que j’ai connus. Peut-être que qui se ressemble s’assemble ! Au moment où l’on s’est rencontré, chacun de nous a reconnu en l’autre quelqu’un qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Une nuit après dîner, nous avons fait une promenade sur le Pont des Arts, et en lui montrant un reflet dans l'eau, je lui ai parlé de la lampe au bec d’argent. C’est sans doute Lautréamont qui a scellé notre amitié. Les Chants de Maldoror, que j’avais lu lycéenne en Argentine, m'ont beaucoup marqué. Dans mon roman Pandore en avait deux, la lampe au bec d’argent joue un rôle très important.

Jamais on ne vanta suffisamment les vertus de l'excès.                
André-Pieyre de Mandiargues 

Nelly Kaplan : J’ai connu André-Pieyre de Mandiargues en 1961, il était venu à la projection de mon premier court-métrage sur le peintre Gustave Moreau. On s’est beaucoup promené dans Paris ensemble. Il habitait rue Payenne à l’époque et c’était un excellent cuisinier ! C’était un être d’une liberté totale, pareil à un geyser, au Vésuve ! Il était capable d’un humour ravageur, d’humour noir en particulier qu'il maniait dans toute sa splendeur. Il portait en lui une magnifique folie. Quand je suis déprimée, je relis ses lettres et je me sens mieux.

La rêverie ? Est-il bien possible d’arrêter au passage cette personne fuyante qui entend ne profiter de rien aussi bien que nos moments d’inattention ? Chacun sait qu’elle a son palais très haut dans l’air, et que ce palais est des plus mobiles. Il arrive que l’œil humain, abdiquant pour un instant, la faculté de voir, se trouve sollicité par un point vierge de l’espace jusqu’à faire abstraction de tout ce qui n’est pas lui et de ne pouvoir s’en détacher tant que la fixité même de la contemplation ne l’entraîne pas à s’abîmer dans la trajectoire d’un phosphène. C’est une sensation assez complexe, chacun l’a éprouvée, il s’y mêle quelque chose de très agréable à quelque chose d’assez pénible, comme sans doute dans tout ce qui est de caractère hypnotique. Mais en général on ne l’analyse qu’on ne s’y abandonne.              
André Breton

Nelly Kaplan : Avec André Breton, nous avons passé des après-midi dans un café rue des Bons enfants nous avions choisi cette rue parce que nous n’en étions pas justement. Breton avait un côté Jupiter tonnant. Mais je me souviens aussi de sa douceur.

Abel Gance, N.S.A.I. (Ne Subir Aucune Influence)

En 2008, Nelly Kaplan publiait sa correspondance avec Abel Gance, dont elle a été l'assistante à la mise en scène sur les tournages d'Austerlitz et de Cyrano et d'Artagnan au début des années 60. A la fin de cet entretien, elle revenait sur cette collaboration qui marqua ses débuts en cinéma. Et rappelle la façon dont Abel Gance, attaché à une indépendance radicale, inscrivait au bas de chaque page de ses scénarios l'inscription N.S.A.I, pour Ne Subir Aucune Influence. Un message qui servir de viatique à la future réalisatrice de Papa les petits bateaux, Néa, Charles et Lucie, Pattes de velours et Plaisir d'amour.

Nelly Kaplan : Je récuse le mot muse, les muses inspirent mais ne respirent pas. Je n’ai jamais été une muse. Quand j’entends le mot tuteur, je prends mon revolver.

Archives diffusées 

  • André Breton, émission Les Dormeurs éveillés, 20 octobre 1953 
  • André Pieyre de Mandiargues, , émission Les armes parlantes, 09 mars 1953 
  • Philippe Soupault, émission Le Monde des sons, 31 mai 1952
  • Abel Gance, émission Auteur de films, 27 janvier 1957

Bibliographie

Et Pandore en avait deux ! / Mon cygne, mon Signe

Et Pandore en avait deux ! / Mon cygne, mon SigneEditions du Rocher, Monaco. Collection Littérature, 2008

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