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L'ancien président de la République Jacques Chirac s'est éteint ce matin à l'âge de 86 ans

39 min

On savait depuis de nombreuses années, déjà, que Jacques Chirac était malade. Son gendre a annoncé sa mort, ce matin, à l'âge de 86 ans.

Crédits : Antoine GYORI / Sygma - Getty

On l'a donc appris il y a tout juste une demi heure, l'ancien président de la République Jacques Chirac s'est éteint ce matin à l'âge de 86 ans. 

Évocation de Louise Bodet et Stéphane Robert. Commentaire de l'invité de la rédaction : Pascal Perrineau, professeur à Science Po Paris. Éclairages sur ses choix présidentiels de politique étrangère et économique. Et réactions de François Bayrou, Thierry Breton et Denis Tillinac. 

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6 min
Retour sur le parcours politique de Jacques Chirac

La réaction de François Bayrou :

Tout le monde savait qu’il était malade, profondément atteint depuis des années. Il y avait un sentiment de tristesse chaque fois que l’on pensait à lui car ces années ont été d’autant plus pénibles que c’était un combattant. “Jeune loup devenu vieux lion”, comme disait votre journaliste à l’instant. Donc il y avait beaucoup de tristesse et il y aura beaucoup de nostalgie.

Je suis dans une situation paradoxale : j’ai été son adversaire, concurrent à l’élection présidentielle, et en même temps, il y avait entre nous des liens qu’il savait tisser, il était habile pour cela. Nous avions partagé des moments de très grande intimité, pour des raisons personnelles qui lui appartenaient et qui m’appartiennent.

Comme responsable politique et chef de l’État, je retiens deux choses essentielles de lui : son refus de la guerre en Irak d’abord. À cet instant-là, il a été seul parmi les grands dirigeants, une figure de ceux qui disaient “non”, résistant à des pressions considérables de la part des États-Unis et de tous leurs alliés européens. Je suis donc monté à la tribune pour le soutenir. C’était un événement historique, une décision à la dimension de l’histoire et à la dimension de la France.

Je retiens aussi son attachement jamais démenti à une forme de respect de l’unité du pays, de la paix civile, n’allant pas jusqu’aux affrontements qui deviennent irréductibles et qu’on a ensuite beaucoup de mal à cicatriser. Certain le disaient radical-socialiste, l’accusant de ne pas trop croire à ce qu’il disait. Je sais pour ma part qu’il était profondément attaché à l’unité du pays.

Commentaire de Pascal Perrineau, professeur à Sciences Po Paris :

Son itinéraire est marqué par de nombreux changements de cap politique : entre les engagements de jeunesse qui étaient nettement à gauche, une culture familiale qui était radical-socialiste et qui, au fond, l’a tenu jusqu’à la fin de son mandat présidentiel. D’autre part, c’était un homme [qui a connu tous les postes] de la Ve République. Il commence comme ministre, secrétaire d’État, il est député de Corrèze, il occupera des fonctions de maire… Il incarne à lui seul toute la Ve République, tous les métiers de la politique parce qu’il les a véritablement tous faits ; et il faudrait rajouter bien sûr son leadership du RPR et la manière dont il a bousculé fortement le paysage politique.

Et Chirac, c’est un style qui n’appartenait pas à ses prédécesseurs et qui n’appartient pas à ses successeurs. Il a fini comme président de la République impopulaire mais ensuite peu à peu, il est devenu l’un des hommes politiques français les plus populaires. Pourquoi ? Dans ce chiraquisme, il y avait une nostalgie de la France des années 70, qu’il incarnait plus que tout autre homme. C’était un président peu clivant contrairement à ses successeurs, Nicolas Sarkozy ou Emmanuel Macron.

Son refus de la guerre en Irak est l’un des grands moments de la présidence Chirac, celui que beaucoup de Français retiennent le plus. On se souvient bien sûr du discours de son ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin à l’ONU, et du retour d’une conception d’une France indépendante qui, quel que soit son système d’alliance, lorsque l’heure est grave, sait signifier au monde entier son indépendance et sa capacité à se retirer des pressions des autres pays européens.

Il est aujourd’hui un des principaux vecteurs de l’image favorable que la France peut avoir dans des pays étrangers. C’est le cas de manière évident dans les pays arabes mais aussi de manière générale en Asie. Le Japon constituait toute une partie de son jardin secret. Au delà de l’homme publique séduisant, tonitruant, qui pouvait agacer; il y avait un homme extrêmement secret avec un vrai jardin secret : le rapport qu’il avait avec ses deux filles, son goût pour les arts premiers, pour la civilisation japonaise. Je me souviens de Jacques Chirac en train de réciter des haïku, ces petits sonnets très brefs de la poésie japonaise.

Intervenants
  • Politologue et professeur des Universités à Sciences Po, ancien directeur du CEVIPOF
  • Haut-Commissaire au Plan, président du Modem et maire de Pau, ancien ministre, ancien député
  • Commissaire européen pour le marché intérieur et ex-PDG d’Atos.
  • écrivain, ancien président des éditions La Table Ronde, polémiste et ancien journaliste
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