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Rami Adwan, ambassadeur du Liban en France, le 26 septembre 2020, à La Maison de la radio.

Liban : le Premier ministre libanais jette l'éponge

14 min

Mustapha Adib a annoncé samedi renoncer à former un nouveau gouvernement pour remplacer celui qui a démissionné après la gigantesque explosion meurtrière au port de Beyrouth le 4 août dernier.

Rami Adwan, ambassadeur du Liban en France, le 26 septembre 2020, à La Maison de la radio.
Rami Adwan, ambassadeur du Liban en France, le 26 septembre 2020, à La Maison de la radio. Crédits : Isabelle Souquet - Radio France

Près de deux mois après la tragédie qui a frappé Beyrouth, l’Institut du monde arabe et France Culture, à l’initiative de Jack Lang, s'associent pour une programmation exceptionnelle sur l’antenne de France Culture. Rami Adwan, ambassadeur du Liban en France, est l'invité exceptionnel de la rédaction, dans notre journal.

Nous venons d'apprendre que le Premier ministre libanais désigné le 1er septembre dernier, Mustapha Adib, renonce à former un gouvernement. C'est un nouveau coup dur ?

Comme l'ensemble des coups durs auxquels le Liban a été confronté et qui va sans doute forcer les Libanais et les Libanaises à se reprendre en main, et a dépassé ce défi et à regarder vers l'avenir.

Que peut-il se passer maintenant ?

Comme vous l'avez annoncé, le Premier ministre désigné a renoncé à former un gouvernement. Il a expliqué les raisons de son renoncement, mais il reste quand même deux éléments qui sont fondamentaux pour poursuivre les efforts. D'une part, l'initiative du président Macron, lancée le 1er septembre depuis Beyrouth, est toujours en cours jusqu'à ce que son initiateur ou ses initiateurs l'abandonne. Et d'autre part, nous avons toujours une Constitution qui pave la voie pour les étapes à venir. Il faudra sans doute procéder à de nouvelles consultations parlementaires pour aboutir à la désignation d'un nouveau Premier ministre qui sera chargé de former un gouvernement, un gouvernement inclusif formé sur la base de consultations entre le Premier ministre désigné et l'ensemble des parties prenantes, les partis politiques présents au Parlement. Certes, pour une question de confiance plus tard à obtenir du gouvernement qui sera formé, et aussi l'ensemble de la société, une société qui est meurtrie par l'explosion du 4 août. Mais une société qui garde espoir dans le pays malgré les difficultés actuelles.  

Il ne faut jamais revenir en arrière. En politique, il faut toujours regarder et aller de l'avant.

Y a-t-il un moyen de sortir de la répartition confessionnelle des postes gouvernementaux au Liban ?

Il faut savoir que le Liban est un pays, certes jeune, mais c'est un pays qui arrive à maturité avec plus de 6 000 ans d'histoire, 6 000 ans de richesses. Les alluvions de notre diversité sont tous là, mais aussi 6 000 ans de différence. Il faudra tenir compte de ces différences locales pour pouvoir constituer une vision pour la mission qui sera celle du gouvernement à venir. Une mission qui est d'abord et avant tout une mission économique et technique. Le Liban, aujourd'hui, est confronté à de sérieuses difficultés économiques. Il faudra que le gouvernement qui sera formé s'attelle immédiatement à redresser la barre économique pour éviter les conséquences sociales d'un problème que nous ne souhaitons pas voir au Liban, qui a un problème d'émigration massive de notre jeunesse. Un problème de confiance qui est difficile à rétablir entre la population et les autorités.  

Une partie de la jeunesse qui demande à ce qu'il y ait un peu de laïcité. Peut-être pas pour un État totalement laïc. Mais il n'y a pas de place pour un ministère qui soit pris par un expert laïc, alors que c'était une des demandes, des envies du Premier ministre qui vient à l'instant de renoncer. Est-ce que cette dose de laïcité pourrait être insufflée et faire émerger dans le pays quelque chose de porteur ? 

La clé pour la réussite du Liban est que chacun des Libanaises et des Libanais retrouve sa place dans le gouvernement et dans la structure politique du pays. Il y aura sans doute de la place pour des personnes qui se considèrent comme laïques. Mais il faudra aussi tenir compte des réalités politiques au Liban et il faudra que le gouvernement inclusif soit représentatif de l'ensemble des parties prenantes. Certes, il y a des brèches qui peuvent être ouvertes dans un système qui a montré ses limites sur un ensemble de sujets, notamment sur l'approche confessionnelle et sur l'approche religieuse du pouvoir politique.

Emmanuel Macron a été très présent. Il se sent peut-être un peu isolé. Appelez-vous à ce que la communauté internationale continue à être au chevet du Liban ? Ou est-ce que le Liban doit aussi prendre certaines décisions tout seul ? 

Cette confiance viendra dans une relation saine entre la population et les autorités, mais cette confiance ne peut être viable que si jamais elle est accompagnée par un élan international de solidarité et d'amitié, un élan dont la France a été la porteuse au cours de ces dernières semaines. Nous appelons de nos vœux à la poursuite de l'initiative française et à la poursuite de l'engagement du président Macron, qui a agi non pas comme un grand ami du Liban, mais comme un grand frère de notre pays. 

Les autres titres de l'actualité 

- Au lendemain de l'attaque au couteau qui a fait deux blessés hier à Paris, un des suspects a été relâché, c’était un simple témoin de la scène. Mais une autre personne est désormais en garde à vue. C'est un homme de 33 ans de nationalité algérienne, colocataire du principal suspect. Sept personnes ont passé la nuit en garde à vue.

- Un an après l'incendie du site de Lubrizol, une manifestation est attendue dans un peu moins d'une heure à Rouen pour réclamer toute la transparence sur les causes et les conséquences de ce sinistre.

- Aux Etats Unis, un peu plus d’une semaine après la mort de la magistrate de la Cour Suprême Ruth Bader Ginsburg, Donald Trump doit dévoiler ce soir le nom de celle qu’il veut nommer pour remplacer la juge progressiste. Le président veut nommer une juge conservatrice pour modifier durablement l’équilibre de la plus haute instance judiciaire du pays. Depuis la mort de celle que tout le monde nommait RBG, la Cour Suprême est en effet formée de cinq magistrats conservateurs et de trois progressistes. A moins de 40 jours de la présidentielle, le président américain veut aller très vite.  Correspondance de Gregory Philips à Washington.   

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