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Les 13 victimes participaient à une opération de combat contre les jihadistes lorsque leurs deux hélicoptères se sont percutés

13 soldats français trouvent la mort au Mali dans une collision d'hélicoptères

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La classe politique rend un hommage unanime aux militaires en lutte contre les groupes djihadistes. Mais les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon réclament un débat sur la fin de l'intervention française au Sahel. Une intervention qui a déjà coûté la vie à 41 soldats français depuis son lancement en 2013.

Les 13 victimes participaient à une opération de combat contre les jihadistes lorsque leurs deux hélicoptères se sont percutés
Les 13 victimes participaient à une opération de combat contre les jihadistes lorsque leurs deux hélicoptères se sont percutés Crédits : SIRPA / AFP - AFP

Jamais depuis le début de son intervention au Sahel en 2013 l'armée française n'avait perdu autant de soldats en une seule journée. 13 militaires de la force Barkhane sont morts hier soir au Mali, tués dans la collision de leurs deux hélicoptères. Une collision accidentelle selon les autorités françaises. Le drame a eu lieu lors d'une opération de combat contre les groupes jihadistes qui pullulent dans la région. "Ces 13 héros n'avaient qu'un seul but, nous protéger", a écrit Emmanuel Macron sur Twitter.  La ministre des Armées Florence Parly a tenu à leur rendre un premier hommage. Le reportage de Matthieu Mondoloni.

A Paris, la classe politique unanime a salué la mémoire des 13 soldats tués au Mali. Mais tous ne désignent pas l'ennemi de la même façon : les socialistes et les communistes parlent de terrorisme là où les Républicains et le Rassemblement national évoquent la barbarie islamiste et le djihadisme. On relèvera également cette voix discordante du côté de la France insoumise : Jean-Luc Mélenchon et ses amis appellent le gouvernement à ouvrir un débat pour envisager un retrait français du Mali. Réponse immédiate d'Edouard Philippe : l'action militaire de la France au Sahel est indispensable pour l'intérêt de notre pays, a répliqué le Premier ministre. Faut-il reconsidérer l'intervention française dans la zone sahélienne ? Nous poserons la question à notre invitée, la géopolitologue Caroline Galactéros, présidente du cercle de réflexion Geopragma. Caroline Galactéros vient de publier "Vers un nouveau Yalta" chez Sigest, recueil de ses dernières chroniques géopolitiques.

Carte localisant le Mali, le Niger et et le Burkina Faso en proie aux attaques jihadistes
Carte localisant le Mali, le Niger et et le Burkina Faso en proie aux attaques jihadistes Crédits : LAURENCE SAUBADU, ANNE-SOPHIE THILL - AFP
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Caroline Galactéros évoque la "mission impossible" des soldats français au Sahel

Caroline Galactéros, les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon veulent un débat sur la fin de l'engagement militaire français au Sahel. La question se pose effectivement selon vous ?

Notre présence là-bas est indispensable. Maintenant, ces 13 soldats sont les héros morts d’une mission impossible. Il faut comprendre que la force Barkhane est une force portée par le génie, le savoir-faire de nos soldats. Mais enfin, on ne peut prétendre avec 4500 hommes et des matériels comptés, trois drones, quelques avions de chasse, contrôler durablement et pacifier un territoire qui est immense. C’est à peu près l’équivalent d’une zone qui irait de Lisbonne à Moscou.

La France est trop seule pour combattre les jihadistes au Sahel ?

Mais bien sûr. Elle est infiniment trop seule, elle n’est pas aidée, notamment financièrement. Et ce drame qui arrive en situation de combat doit peut-être, plutôt que de nous faire réfléchir à sortir nos troupes de là, faire réfléchir l’Europe, la France et d’autres alliés à redimensionner intelligemment et suffisamment cette force au Sahel. Plus largement, cela devrait nous inciter à revoir entièrement notre politique vis-à-vis de la menace islamiste, et notamment au Moyen Orient. Certes, ce n’est pas totalement à côté, mais ce n’est pas très loin. Et on sait très bien que ce qui se passe en ce moment en Syrie et ailleurs va aussi rejaillir et redonner malheureusement du « fuel humain » dans la zone Sahel.

Vous considérez, Caroline Galactéros, qu’il y a des incohérences dans la politique française de lutte contre les groupes jihadistes ?

Il y a de très vieilles incohérences, elles ne datent pas du pouvoir actuel. Cela fait une bonne dizaine d’années qu’on est dans une incohérence complète, depuis l’invasion et la déstabilisation de la Libye puis de la Syrie. Nous avons de fait, qu’on le veuille ou non et quels que soient les principes invoqués, une politique de mon point de vue totalement inconséquente. Le problème, c’est que nous agissons par suivisme, naïveté ou idéalisme quels que soient les motifs. Mais ce sont nous et nos concitoyens qui payons en termes de terrorisme ou de déstabilisation islamiste sur le territoire national ces incohérences. Ce ne sont pas nos alliés américains, ce ne sont pas les autres. Ce sont en fait les Européens et singulièrement les Français avec un bilan extrêmement lourd.

Vous considérez qu’en Syrie par exemple la France n’a pas combattu les bonnes personnes ?

Oui c’est clair, quand elle n’a pas aidé à nourrir une pseudo-rébellion encore plus pseudo-modérée qui en fait a déstabilisé très gravement un des derniers Etats qui tenaient encore debout dans la région. C’était déjà le cas en Irak, mais Dieu merci nous n’en étions pas, c’était le cas en Libye. C’est une ornière vaste qu’il faut aujourd’hui absolument combler. Il faut nous remettre sur nos deux pieds et réfléchir à ce que sont nos intérêts sécuritaires nationaux. Il faut réfléchir à engager nos forces suffisamment  dimensionnées. Et cela veut dire, de mon point de vue, revoir à la hausse nos affectations budgétaires en matière de défense et de sécurité. Il faut remettre tout cela en cohérence, mais c’est un vaste sujet malheureusement.

Mais quel rapport établissez-vous entre les jihadistes qui sévissent en Syrie et ceux qui sévissent aujourd’hui au Sahel ?

C’est le fuel idéologique qui est donné à toute cette engeance. On combat à la petite cuillère dans un puits sans fond, c’est interminable, c’est infini. Et donc il faut être cohérent culturellement et politiquement. Il faut être sûr de ce que l’on considère comme étant notre arsenal de valeurs et de principes nationaux pour avoir une quelconque crédibilité dans les combats qu’on mène au loin. Je ne remets nullement en cause l’excellence de nos armées, et Dieu merci elles sont là encore. Mais je remets en cause l’inconséquence des politiques qui se servent de ce qu’ils appellent l’outil militaire sans lui donner les moyens de faire face à la réalité et au gigantisme des menaces. Et puis bien sûr, il y a la dimension européenne. On ne peut pas au Sahel, nous Français, faire tout le job pour la sécurité de tous les Européens sans que ceux-ci ne concourent sérieusement, et pas seulement sporadiquement, à cette sauvegarde. 

LES AUTRES TITRES DU JOURNAL

Il ne resterait plus aujourd'hui que 150 000 chrétiens en Irak, ils étaient 1,5 million au début des années 2000. Ce chiffre alarmant, on le trouve dans le dernier rapport annuel de l'ONG AED, Aide à l'Eglise en détresse. Un tableau très complet sur le sort des minorités chrétiennes dans le monde, souvent persécutées. La situation est très inquiétante en Afrique et en Asie. Les explications de Christian Chesnot.

Deuxième jour de grève à Radio France : l'antenne de France Culture et toutes les chaînes du groupe sont restées perturbées aujourd'hui. La direction avance le chiffre de 11,3 % de grévistes, contre 25% hier. Le SNJ évoque 45% de journalistes en grève, ils étaient près des deux tiers hier selon le syndicat. Les syndicats de Radio France contestent le plan de la direction qui prévoit 299 suppressions de postes d'ici 2022. 236 de ces suppressions doivent se faire dans le cadre d'un plan de départs volontaires.

Intervenants
  • Docteure en science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, directrice du cabinet d'intelligence stratégique Planeting, directrice du think tank Geopragma
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