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Il y avait quelque chose de pourri dans le royaume Sidi Bouzid

5 min
À retrouver dans l'émission

Il y avait quelque chose de pourri dans le royaume Sidi Bouzid, chef-lieu de la région la plus déshéritée du pays.

C'est ainsi que débute la tribune signée de l'écrivain et journaliste tunisien Taoufik Ben Brick dans le Nouvel Observateur . "Sidi Bouzid, un tas de villages assemblés autour d’une artère de 3 kilomètres est si moche qu’on a envie de se flinguer à chaque matin que le bon seigneur nous ramène. Les hommes sont maigres, poltrons, grêles et ne pensent même pas à se barrer. Le chômage crève les plafonds, la pauvreté s’affiche avec superbe, les scandales s’accumulent. Les quartiers sont calmes. Pas de grèves. Pas de manifestations. Et la terreur sévit. Et puis, un beau jour le grand plouf. On ne comprend pas d’où vient la détonation, mais on la chérit. Et même si l’ivresse de ces derniers jours ne rapporte rien et que les jours d’après le régime redouble de férocité, ils auront le sentiment d’avoir toisé et fait trembler le système.

Mais de ce qui se déroule dans le centre de la Tunisie, on sait finalement assez peu de choses. Censure oblige. Donc pour savoir, il faut y aller. Et c'est ce qu'a fait le journaliste Jean-Sébastien Mora. Dans Médiapart , il raconte sa rencontre hier matin avec un avocat tunisien, Abderraouf Ayadi. Le 28 décembre, ce dernier participe avec 200 de ses collègues à la manifestation de Tunis, manifestation de soutien aux révoltés de Sidi Bouzid. De retour chez lui à 17 heures, quelqu'un sonne à la porte un homme qui dit avoir percuté une voiture; il cherche le propriétaire pour établir un constat. Abderraouf Ayadi descend dans la rue. Une dizaine d'hommes le rouent de coups, le trainent au sol, le poussent dans une voiture. Ses ravisseurs lui disent qu'il l'emmènent dans la montagne pour le tuer. L'avocat s'évanouit. A son réveil, il est attaché sur une chaise. Les questions durent plusieurs heures. Il garde le silence tout en pensant qu'il a face à lui des membres de la police politique tunisienne. Le lendemain, il est relâché dans le centre de Tunis.

Quel journaliste tunisien se serait risqué à rencontrer cet homme. dont le cabinet est surveillé en permanence par des policiers en civil... équipés d'appareils photos ? Et bien, rapporte le même Jean-Sébastien Mora cette fois pour Rue 89 , "la chaîne tunisienne privée Nessma TV, a brisé le verrouillage médiatique en diffusant une émission spéciale sur le mouvement de protestation". L'avocate Bochra Beljaj Hamida qui y participait estime que "C'est un mouvement sans précédent en Tunisie parce que les gens se retrouvent dans les revendications sociales portées à Sidi Bouzid. Ils en ont assez de la corruption, de la précarité et de ce pouvoir qui n'est pas élu démocratiquement." "En réponse, on a changé le ministre de la communication".

Doit-on croire pour autant qu'au Nord de la méditerrannée les préoccupations sont différentes ? Pas tant que ça, à regarder ce que Médiapart appelle "le mauvais visage de l'Union Européenne". La Hongrie et sa loi sur la presse. "Il est certain que les Hongrois vont trop loin. Mais on connait un problème équivalent en Slovaquie, des projets de loi identiques en Roumanie et en Italie", voilà le commentaire d'Olivier Basille de Reporter Sans Frontière dont l'interview est à lire sur le site du Nouvel Observateur . D'après lui, cette logique brutale de contrôle des médias touche toute l'Europe. "Depuis le 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont instauré une politique restrictive en matière médiatique, et ont demandé aux pays européens, leurs alliés, de faire de même" et d'expliquer qu'"En Angleterre par exemple, les journalistes sont dans des positions complètement schizophrènes. Prenez l'exemple d'un journaliste menant une investigation sur l'islam politique : des gens lui parlent. Il est censé les révéler (les dénoncer) immédiatement, sans quoi il devient un hors-la-loi.""Non mais t’as vu ça, les Hongroi(se)s ?" interpelle Sébastien Fontenelle sur son blog hébergé par Politis. Une photo de Nicolas Sarkozy laisse à penser que c'est lui qui s'exprime : "Chez nous, c’est pas comme chez la Hongrie : c’est la démocratie, et la liberté de la presse va bien, merci pour elle. Nos journalistes à nous peuvent tout publier, sans être poursuivis. Et quant à les « contraindre à révéler leurs sources sur les questions relevant de la sécurité nationale » ? C’est tout simplement inenvisageable. Mais les donneurs de leçons sont en fait plutôt silencieux rappelle un contributeur au site Le Post.fr. "Alors que l’UE ne cesse de critiquer certains Etats non européens tels que la Chine, l’Iran et la Turquie sur leur non-respect des droits de l’Homme, elle se tait dans toutes les langues. Parmi les 27, seuls l’Allemagne et le Luxembourg ont donné de la voix contre la loi hongroise sur les médias. La France, elle, reste bien au chaud derrière les lignes. Même analyse de Jean Quatremer sur son blog Libération : "Pour le PPE, il ne se passe rien en Hongrie". Et l'auteur du Post de rappeler que le parti du premier ministre hongrois est membre de la majorité au Parlement européen et d'en conclure avec ce vieil adage : les loups ne se bouffent pas entre eux.

Renaud Candelier

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