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JOURNAL 6H30 11/03/11

4 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Le chemin vers la démocratie est long. Nous ne devons ni chercher, ni nous attendre à ce que s’instaure, dans le monde arabe, une vie et un débat politique décalqués des nôtres. Tout d'ailleurs ne nous plaira peut-être pas. Et alors interrogeait hier Arnaud Montebourg dans une tribune publié par le site de l'hebdomadaire en ligne MARIANNE ? La démocratie n’est-elle pas d’abord un apprentissage perpétuel, dont nous ne sommes certainement pas exemptés ? La France par sa diplomatie affairiste, connivente et corruptible, s'est laissée embringuer par les dictateurs déchus, reçus en grand carrosse par l'Elysée. Les révolutions tunisienne, égyptienne et libyenne mettent à nu les slaloms hypocrites de la diplomatie française, prétendument fondée sur la défense des libertés fondamentales. Nous n’avons pas seulement ignoré les revendications de ces peuples, nous avons également refusé de considérer qu’ils pouvaient avoir un destin en écrivant l'histoire. Voilà pourquoi sauf à perdre le peu de crédibilité internationale qui lui reste, la France écrit le député socialiste doit retrouver la force d’une diplomatie ferme, assise sur ses principes et la stature du message universel émancipateur installé dans la génétique de son histoire.

Alors quelques heures à peine après la publication de cette tribune il fait croire qu'Arnaud Montebourg a été entendu puisque pour la première fois depuis de longs mois il y a de quoi être fier de la diplomatie française écrit ce matin Bruno Dive dans les colonnes de SUD OUEST. En recevant hier à l'Elysée deux représentants du Conseil national de transition libyen, Nicolas Sarkozy a pris un risque calculé. Cette reconnaissance de fait de l'opposition à Kadhafi comme seul pouvoir légitime efface des semaines d'atermoiements ou de déclarations à contre temps.

Fidèle à sa méthode éprouvée des coups médiatiques, Nicolas Sarkozy veut précipiter le mouvement au risque d'une nouvelle fois heurter ses partenaires nuance aussitôt Dominique Garraud dans LA CHARENTE LIBRE ... Evidemment les collègues de notre Président n'ont guère apprécié renchérit de son côté Francis Brochet dans LE PROGRES ... L'Allemagne est vexée, le Royaume Uni regimbe, l'Italie hésite. Tous des nuls, doit d'ailleurs penser notre Président, Européen convaincu, mais pratiquant de l'Union solitaire.

Mais va-t-on reprocher à Nicolas Sarkozy de jouer les va-t-en-guerre en Libye ? Va-t-on lui reprocher de faire du "bushisme" en menaçant Kadhafi de frappes aériennes ciblées interroge pour sa part Jacques Camus dans LA REPUBLIQUE DU CENTRE. Avouons que la tentation serait grande, une fois de plus, d'accuser notre Président d'impulsivité, comme s'il s'agissait pour lui d'effacer les ratés récents de notre diplomatie lambine et le cuisant souvenir d'un accueil trop complaisant réservé à Kadhafi en France. Pour tout cela, on pourrait en vouloir à Nicolas Sarkozy s'il n'avait mis ses manières cavalières au service d'une noble cause: le soutien au peuple libyen victime d'un despote. Alors, espérons que sur ce coup, le volontarisme de Sarkozy va sortir l'Europe de son attentisme frileux avant que n'intervienne un massacre.

Et André Schlecht dans L'ALSACE de conclure ce matin ... l'inaction risque de condamner les démocraties occidentales à assister à l'écrasement de l'opposition libyenne, sans pouvoir prétendre qu'elles ne savaient pas.

Ne pas fermer les yeux c'est précisément l'objet de la tribune ce matin dans LIBERATION de Venance Konan journaliste et écrivain ivoirien … sous ce titre ... Laurent Gbagbo tue et le monde se tait … Des corps de femmes déchiquetées par des obus gisant sur le macadam ensanglanté … deux hommes que l’on brûle vifs devant des policiers impavides … des cadavres en putréfaction entassés les uns sur les autres ... Les images aussi atroces les unes que les autres circulent abondamment sur Internet … Il est difficile de ne pas les voir. Les observateurs de certaines chaînes de télévision ou de simples particuliers les font circuler … Et dans le flot des images celle-ci … une pancarte sur laquelle il est écrit … «Silence Gbagbo tue» ... En Tunisie la pancarte disait à Ben Ali «Dégage» et il a fini par dégager ... Ici cela fait plus de trois mois que les Ivoiriens ont exprimé par la voie démocratique leur désir de voir Laurent Gbagbo partir du pouvoir qu’ils lui avaient confié il y a dix ans ... Mais il refuse de les entendre ... Pas de quartier ... Il faut exterminer les impies ... Alors il fait tonner les armes lourdes ... De quoi ne serait-il pas capable ? … De quoi s’est-il privé depuis les dix ans qu’il règne sur la Côte-d’Ivoire ? … Ne rêve-t-il pas à nouveau de se présenter comme celui qui lutte contre le monde entier pour la dignité de son peuple ? … Souvenons-nous … Le charnier inaugural de son règne avec ses soixante corps en octobre 2000 … les femmes violées quelque temps après à l’école de police … les escadrons de la mort … les manifestations toujours réprimées dans le sang … les vols … les viols … les meurtres … les détournements massifs d’argent ... Et ces morts qui s’additionnent chaque jour depuis sa tentative de hold-up ... 300 morts ? … 400 ? … 1 000 ? … Qui entend les hurlements des victimes ? … Laurent Gbagbo tue … en silence ... Et tout le monde se tait ... Combien de décibels le cri du peuple ivoirien devra-t-il atteindre avant que l’ONU ne l’entende distinctement ? … Nous sommes en train d’assister à un nouveau Rwanda ... Tous les ingrédients sont réunis ... Et personne ne dira plus tard qu’il n’était pas au courant.

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