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JOURNAL 6H30 de Thomas Cluzel - JOURNAL 6H30 10/01/11

5 min
À retrouver dans l'émission

Par Thomas CLUZEL

Alors vous l'imaginez toute la presse revient assez largement ce matin sur la mort samedi dernier des deux ressortissants français au Niger ... Chacun s'essayant à reconstituer au moins partiellement le fil des évènements ... Que s’est-il passé interroge notamment LIBERATION ? Sitôt connue la nouvelle de l’enlèvement des deux jeunes Français dans un restaurant de Niamey ... les forces nigériennes se lancent aux trousses des quatre preneurs d’otages raconte le journal tandis que l’armée française elle fait décoller l’un des trois avions de surveillance dont elle dispose sur l’aéroport de la capitale nigérienne ... Rejoints par des complices les ravisseurs se dirigent à vive allure vers la frontière du Mali ... La décision est prise alors de tenter de les intercepter ... Les hommes des forces spéciales françaises passent à l’action contre les terroristes qui selon l’armée française auraient aussitôt exécuté leurs deux otages.

Les dessous d'une opération meurtrière écrit de son côté Jean Guisnel à la une de l'hebdomadaire en ligne LE POINT ... Selon lui c'est donc Nicolas Sarkozy en personne qui a donné l'ordre samedi aux unités des forces spéciales d'intervenir pour intercepter les ravisseurs ... Notre but était de libérer les otages pas de faire du bilan sur l'Aqmi confie notamment dans les colonnes de l'hebdomadaire une source militaire ... Avant de préciser ... l'opération d'enlèvement des otages a certes échoué mais le message qui a été envoyé aux ravisseurs était clair ... fort ... délibéré ... et voulu comme tel ... Nous disons aux ravisseurs ... nous vous pourchasserons et nous vous détruirons y compris si nos otages y perdent la vie .... Je suis bien sûr navré pour ces morts de deux compatriotes précise le militaire mais je le dis c'est une opération réussie ...

Etrange confidence donc tant le sort poignant des deux jeunes gens assassinés suscite une émotion partagée par tous ce matin encore ... Mais quoi qu'il en soit commente Laurent Joffrin dans LIBERATION ... cette terrible affaire ouvre donc un nouveau chapitre dans le combat au long cours que la France livre au terrorisme islamiste ... Pour la première fois en effet une intervention destinée à libérer les otages a été décidée d’emblée ... sans que le gouvernement envisage d’entrer dans un processus de négociation avec une organisation qui a de toute évidence choisi de cibler la France avec les moyens les plus extrêmes.

Paris n'est plus décidé à entrer dans le jeu des ravisseurs renchérit LE TELEGRAMME ... Ce calcul est dangereux pour les otages mais avec huit

compatriotes aux mains de ravisseurs Nicolas Sarkozy veut faire entendre le langage de la fermeté ... Quoi qu'il en coûte.

Alors fallait-il tenter d'intervenir militairement ? ... Didier Louis dans le Courrier Picard apporte lui ce matin une réponse ... Contre le terrorisme la lâcheté et l'aveuglement ... le pire écrit-il est de ne rien faire même si bien entendu ... faire c'est aussi parfois accepter des concessions moralement difficile à entendre ... Agir quand des vies sont en jeu ... quand il suffit d'une seconde pour assassiner un prisonnier relève du dilemme ... Mais ne nous méprenons pas poursuit-il ... Les griefs invoqués ... la présence de nos troupes en Afghanistan et une laïcité à la française réglementant le port du voile dans l'espace public tiennent largement d'alibis ... Ces prises d'otages ont sans doute leur part d'idéologie mais aussi leur part de cupidité et constituent des oasis de business dans un océan de pauvreté.

L'Aqmi ... un business à désert ouvert ... c'était d'ailleurs le titre d'une enquête réalisée par Sabine Cessou et publiée en octobre dernier dans le journal Libération ... Enquête à nouveau disponible ce matin sur le site du quotidien ... Les chefs de l'Aqmi dit-elle ont d’abord été des bandits ... L’Algérien Mokhtar Belmokhtar par exemple était contrebandier avant de devenir l’émir du mouvement terroriste algérien GSPC ... Connu pour son profil de caïd il est d’abord et avant tout intéressé par l’argent ... Quant à Abou Zeid ... l’homme qui détient depuis le 16 septembre dernier les sept employés d’Areva est lui aussi un ex-trafiquant du Sud algérien ayant versé dans le terrorisme ... Or les prises d’otages occidentaux menées par ou pour Al-Qaeda au Maghreb islamique c’est aussi du business ... Un business rentable même précise la journaliste puisque les renseignements maliens estiment à 50 millions d’euros les montants versés dans le Nord-Mali entre 2003 et 2010 au rythme moyen de deux prises d’otages par an ... Or si toute la communauté touareg du Mali notamment ne peut pas être considérée en bloc comme complice ... l’argent des rançons est largement redistribué dans le désert.

Et si la vision politique et médiatique d'Al-Qaïda au Maghreb islamique cachait sa véritable nature celle d'une entreprise ... interroge de son côté Sonia Rolley sur le site d'information en ligne SLATE? ... Le Sahel ... une zone en rébellion de plus de 40 ans ... abandonnée par les pouvoirs centraux au Niger ou au Mali était un territoire à prendre ... un territoire où les populations vivent dans l'extrême pauvreté ... Or dans cet espace au carrefour de tous les trafics ... cigarettes ... voitures volées ... alcool ... drogue ... immigration clandestine et bien pour ceux du moins qui disposent des armes il y a toujours une manière de se faire de l'argent.

D'où cet article à lire encore ce matin sur le site MEDIAPART et intitulé le piège de la lutte anti-terroriste en Afrique de l'Ouest ... En quelques décennies écrit Jean-François Bayart nos gouvernements ont créé trois rentes globales dont l'exploitation est éminemment profitable du fait précisément de leur criminalisation à l'échelle internationale ... : celle du trafic de drogue ... celle du convoyage des migrants condamnés à la clandestinité ... et celle de la revendication islamiste ... Dans ces trois cas ... c'est bel et bien la prohibition qui forme la valeur économique ou politique ... et sert les groupes que l'on prétend combattre ... Et bien si une révision drastique de cette stratégie absurde n'est pas amorcée dit-il ... l'Afrique de l'Ouest sombrera inexorablement dans une configuration incontrôlable ... Il faut cesser de faire monter les enchères et apporter des réponses politiques à l'islam politique pour contrer les groupuscules ultra minoritaires qui s'en réclament ... Et de conclure .. c'est à cette seule condition que l'on pourra désamorcer la machine infernale saharienne dont les opérations ratées dans les confins du désert malien nous ont fait entendre le sinistre tic tac.

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