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La revue de la presse en ligne du 18/01

5 min
À retrouver dans l'émission

par Solenne LE HEN

Il y a des fois où l'on se dit qu'on aurait mieux fait de ne rien dire. C'est sûrement ce que pense Michèle Alliot-Marie en ce moment-même. Autant les journaux français sur internet ont été prompts à saluer et louer la chute du président Ben Ali en Tunisie, autant ils sont critiques envers l'attitude adoptée par les représentants français lors de cette "révolution du jasmin", comme on l'appelle désormais.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les journalistes n'y vont pas de main morte. Et Michèle Alliot Marie se retrouve en première ligne, la ministre des affaires étrangères française auditionnée ce matin à l'Assemblée sur la situation en Tunisie.

Avec une liberté de ton incroyable, L'Express se demande si MAM doit démissionner, Rue 89 ne sait quel mot employer... "Connerie", "Incompétence" ou "Ignorance"? "MAM dégage", peut-on même lire sur le Post.fr, le blogueur faisant référence aux affiches brandies par les manifestants dans les rues de Tunis et réclamant le départ de Ben Ali.

La cause de ce déchaînement, c'est la proposition de la Ministre des Affaires Etrangères à l'Assemblée la semaine dernière, alors que les manifestations font rage en Tunisie. 35 morts déjà annoncés. La vidéo est sur presque tous les sites, celui du [Monde]( <embed type="application/x-shockwave-flash" src=) notamment.

Une proposition de coopération policière, la ministre se défend par la suite. Elle souhaitait assurer la sécurité des Tunisiens. Mais ses adversaires politiques y voient le soutien coupable de la France à un régime autoritaire.

MAM est donc clouée au pilori, en particulier par la gauche. Le Monde compte ses adversaires. "Excuse ou démission" exigent Olivier Besancenot, Pierre Moscovici, Jean-Luc Mélenchon. "La France est le paillasson du président Ben Ali" s'insurge Daniel Cohn-Bendit. Ses propos sont "effrayants" estime le président de la Ligue des Droits de l'Homme, Jean-Pierre Dubois.

Sur internet, Mediapart dit avoir honte. "Honte totale" pour Bruno Masure sur Rue 89.

"C'est peu dire que la majorité présidentielle, embarrassée, n'a pas volé au secours de MAM", analysent les Echos. Henri Guaino évoque aujourd'hui seulement des "maladresses et incompréhensions" pour la défendre. Quant à savoir si elle doit présenter des excuses, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy botte en touche. "Vous lui poserez la question".

"Tout le jeu va consister à faire croire que la position française n'était pas celle de Michèle-Alliot-Marie", avance un responsable de la majorité dans le quotidien économique. Car il sera difficile de savoir si la ministre a fait une erreur ou si ses propos avaient été arrêtés au plus haut niveau, comme l'a affirmé Benoit Hamon, porte-parole du PS.

De toutes façons, "c'est plus qu'une bévue, une gaffe", pour les Dernières Nouvelles d'Alsace. "Loin d'être un dérapage, cette déclaration est symptomatique du décalage du gouvernement français par rapport à la situation à Tunis, c'est la preuve de la proximité naturelle de la France avec le régime de Ben Ali".

"La diplomatie française n'a pas vu venir, ou voulu voir venir la fin du régime en Tunisie, expliquent Les Echos. Elle a tardé à apporter son soutien au peuple dans sa quête de démocratie". "Il a fallu un mois avant que la France soutienne la révolution, une fois Ben Ali déchu", note le Dauphiné Libéré.

Dans ce contexte, un blogueur du Monde s'est mis en tête de raconter par le menu les anciennes amours de la France et Ben Ali. Les casseroles sont de sortie. Vidéos à l'appui. Nicolas Sarkozy fait citoyen d'honneur de la ville de Tunis, Dominique Strauss Kahn patron du FMI jugeant que la politique économique de la Tunisie est je cite, "saine et constitue le meilleur modèle à suivre pour les pays émergents", Eric Raoult le député UMP se réjouissant de la réélection de Ben Ali, mais aussi Frédéric Mitterrand le ministre de la Culture réfutant le qualificatif de "dictature univoque" pour le régime tunisien. Sans oublier l'accolade de Jacques Chirac à Ben Ali. Pour l'ancien président français, la Tunisie était il y a quelques années "bien en avance par rapport au premier des Droits de l'Homme, celui de manger, être soigné et recevoir une éducation".

Même si Le Point relève un début d'autocritique du gouvernement français, avec une déclaration hier d'Alain Juppé le Ministre de la Défense, pour Bruno Masure dans Rue 89, trop longtemps l'attitude de la France, de droite comme de gauche, a été "mieux vaut des pourris que des barbus". L'ancien présentateur télé souhaite avec humour bon courage à MAM pour ses futurs échanges avec son homologue tunisien.

Un blog du Nouvel Obs ironisait il y a quelques jours encore sur la discrétion, le silence de Michèle Alliot-Marie depuis son arrivée au Quai d'Orsay. "Au fait, s'interrogeait la journaliste, qui est Ministre des Affaires étrangères? Et bien personne. C'est le grand oubli du remaniement. Nicolas Sarkozy a zappé le Quai d'Orsay."

Mais désormais conclut nostalgique Rue 89, le discours de Michèle Alliot-Marie prononcé la semaine dernière fait regretter le temps où Paris se taisait.

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