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La revue de la presse en ligne du 19/01

5 min
À retrouver dans l'émission

par Solenne LE HEN

Les élèves dans la cour ont soudain vu, stupéfaits, leur camarade cerné de flammes hurlant "J'en ai marre", raconte Métro. Le journal, comme tous les autres ce matin sur internet, relate cette scène je cite "effroyable" qui s'est produite hier après-midi dans un lycée du 6ème arrondissement de Marseille. L'élève de 17 ans se serait d'abord aspergé d'un produit inflammable dans les toilettes de l'établissement, puis immolé par le feu avant de dévaler les escaliers et de finir sa course dans la cour. Un surveillant a pu éteindre les flammes, mais le jeune homme est dans un état grave, le pronostic vital est engagé.

Difficile pour le moment de connaître les motivations de ce garçon, explique Métro. A première vue, il était en échec scolaire, ses parents étaient séparés. Il vivait chez son père.

Impossible aujourd'hui de ne pas mettre en regard ce fait divers et l'actualité au Maghreb et dans le monde arabe. Et ce, même si cet adolescent répond au prénom bien "gaulois" de Maxence, et étudie au lycée privé catholique Saint-Joseph-les-Maristes.

Car la Tunisie fait la une de l'actualité. La révolte qui a renversé le régime de Ben Ali est partie de Sidi Bouzid, d'un jeune homme, Mohamed Bouazizi, diplômé, condamné faute de débouchés à vendre des légumes. Il avait décidé de mourir en s'immolant par le feu.

Depuis, s'interroge l'Express, la Tunisie serait-elle devenue un modèle? Ce type de suicide se multiplie dans les pays arabes et le Maghreb. Une contagion, comme une maladie. Depuis le début de la semaine, déjà neuf cas d'immolation. Bouazizi est devenu une icône, érigée même en martyr par les opposants tunisiens.

A travers cet acte, les contestataires s'adressent aux autorités car ils ne sont entendus nulle part et il n'y a personne pour les écouter, explique une sociologue dans l'Express. La presse est muselée, les partis politiques interdits. Les anonymes, pour exprimer leur malaise social et économique, prennent donc en exemple Bouazizi qui a réussi à insuffler un vent de révolte.

Les exemples ne manquent pas, continue L'Express. Hier, 3 immolations par le feu rien qu'en Egypte. Dont un homme de 49 ans. Ce restaurateur protestait parce qu'il n'avait pas reçu de coupon pour acheter du pain. Le gouvernement a tout de suite minimisé la portée de ce suicide pour éviter toute déstabilisation. Le restaurateur était "fragile mentalement".

En Mauritanie, avant-hier, un homme de 43 ans se serait immolé en dénonçant clairement le régime.

Et puis 5 autres en Algérie, dont un chômeur, et un homme qui venait d'être exclu de la liste des bénéficiaires des logements sociaux.

"Chez toutes ces personnes, explique Le Monde, prévaut un sentiment d'abandon par l'Etat". Un Tunisien qui venait réclamer un logement s'est même entendu dire par le maire moqueur de sa commune "Va faire comme Bouazizi, immole-toi". Il l'a fait. Ultime acte de désespoir des laissés-pour-compte, commente le Monde.

Si finalement, peu d'entre eux sont morts, précise Rue 89, ces hommes qui ont choisi l'immolation par le feu ont opté pour un acte extrême, choquant, "effroyable" disait Métro, violent, et surtout visible.

Pratique choquante mais qui n'a rien de nouveau. L'Express rappelle à ses collègues des médias qui semblent découvrir l'immolation par le feu que ce n'est pas une spécificité arabe née le 17 décembre 2010. Depuis les années 60, nombre de contestataires ont ainsi protesté dans le monde. Le plus connu sans doute... le bonze vietnamien Thich Quang Duc en 63. Il s'opposait au gouvernement du Sud-Vietnam. Les photographies ont fait le tour du monde, et sont sur Rue 89.

En URSS en 83, un Russe s'immole sur la place rouge à Moscou pour protester contre le régime soviétique. Puis en Lituanie, en Ukraine. Sans oublier Jan Palach, cet étudiant praguois opposé à l'invasion soviétique à la fin des années 60.

Plus tard dans les années 90, des étudiants en Corée du sud. Et récemment à l'intérieur de la pagode Shwedaggon à Rangoun, en mars 2008, un jeune homme révolté contre la junte birmane.

"Halte aux immolations", implore aujourd'hui l'écrivain algérien Aïcha Lemsine, reprise par Rue 89. "Le suicide par immolation n'appartient pas à nos traditions", écrit-elle. Les bonzes, bouddhistes, croient en la réincarnation. La souffrance du sacrifice par le feu garantit le "nettoyage" du karma. En Islam, le suicide est un assassinat, un crime. La Croix rappelle ainsi que l'Islam ne permet pas de se séparer de son corps, même pour exprimer un malaise, une colère ou une protestation. Aïcha Lemsine termine, "Loin d'être un acte de courage, c'est un acte de peur. La crainte de la vie".

Pour l'Express, l'immolation de Bouazizi par le feu n'aurait jamais eu ce retentissement si elle n'avait pas débouché sur le renversement du régime tunisien. Effet domino ou pas, les régimes de la région vont-ils désormais tous tomber? s'interroge Rue 89. Un chercheur s'aventure à comparer la vague de révolte du monde arabe à la chute du Mur de Berlin. Un autre nuance, "pour ces régimes, c'est le début de la fin".

Car, conclut le quotidien algérien El Watan, cité par le Monde, "il suffit d'une étincelle pour allumer un brasier".

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