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La revue de la presse internet du 20/01

5 min
À retrouver dans l'émission

par Solenne LE HEN

C'est un procès en appel qui doit durer près de 2 mois. Mais ça pourrait tout aussi bien être le tournage d'un succès assuré à Hollywood. Hier s'est ouvert à la Cour d'Appel de Paris le procès de l'Angolagate, portant sur le trafic présumé illégal de vente d'armes et de matériel de guerre au gouvernement angolais dans les années 90. Moins de prévenus qu'en première instance, 21 seulement. "Mais le casting sera tout de même croustillant", promet L'Humanité.

Pierre Falcone, Charles Pasqua, son ancien bras-droit Jean-Charles Marchiani. Et puis côté paillettes, Paul-Loup Sullitzer, et Jacques Attali, qui devraient faire une apparition, une cameo comme on dit dans le milieu du cinéma.

Alors tout de suite, évacuons le seul soutien aux prévenus que l'on trouve ce matin dans la presse sur internet, celui d'Yves Thréard, blogueur du Figaro. "Trafic d'armes, Afrique, fric, pensez donc, tous les ingrédients sont réunis pour rendre Pierre Falcone, le principal intéressé suspect. Dans l'actualité, pour simplifier, continue le blogueur, mais on pourrait aussi dire dans le cinéma, il faut qu'il y ait des bons et des méchants.

Le reste des journaux sur internet prend plaisir à rappeler les épisodes précédents de ce feuilleton si scandaleux. A l'époque l'Angola est en pleine guerre civile. Son président, José Eduardo dos Santos doit combattre les opposants de l'UNITA. Il achète des armes venues des pays de l'ex-bloc de l'Est et acheminées vers l'Angola sans passer par la France, où ce commerce est règlementé. Les transactions atteignent 793 millions de dollars, pour la moitié des bénéfices.

Problème, pour la justice française, les principaux acteurs opéraient depuis la France, où ils n'avaient aucune autorisation pour vendre des armes. Les prévenus affirment au contraire que c'était légal puisque le commerce ne concernait pas l'hexagone.

Il y a un an et demi, rappelle Le Nouvel Obs, Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak ont finalement été condamnés à 6 ans de prison pour commerce illicite d'armes. Ils sont aussi soupçonnés d'avoir acheté l'influence de personnalités politiques de droite et de gauche, mais également du show business.

Ce qui passionne dans cette affaire, ce sont les personnages. Tous dignes de figurer dans un film. D'abord Pierre Falcone. Le Point raconte le parcours de cet homme d'affaires vivant au Brésil, et marié à une ancienne reine de beauté bolivienne. Il menait grand train, avant Fleury Mérogis.

Puis il y a Arcadi Gaydamak. Un milliardaire d'origine russe qui collectionne les nationalités comme d'autres collectionnent les timbres. Français, canadien, israélien et angolais. La façon dont il a reçu l'ordre national du mérite fait débat dans cette affaire. La justice affirme que la récompense a été achetée contre 225 000 euros. D'autres prétendent qu'il l'a méritée en tant qu'agent de la DST. Il aurait participé à la libération de deux pilotes français otages en Bosnie en 95. Les services secrets, c'est bon coco, ça fait toujours bien dans un scénario.

Et puis surtout le personnage le plus truculent... Charles Pasqua. Faconde méridionale et figure à la Fernandel, décrit le Point. Reconnu coupable de trafic d'influence. Il a écopé en première instance de trois ans de prison dont deux avec sursis et de 100 000 euros d'amende.

L'ancien Ministre de l'Intérieur de 83 ans ne purge pas sa peine, suspendue par l'appel. Fernandel, ou pas, Charles Pasqua balance. D'abord Jacques Chirac, qui, en tant qu'ancien président de la République, s'est dispensé de procès. "Je regrette que de "hautes personnalités" se retranchent derrière des arguments constitutionnels pour refuser de s'expliquer", a lancé Pasqua hier.

Le Figaro ressort pour l'occasion une vieille interview de l'ancien Ministre de l'Intérieur. "Tout le monde savait pour cette vente d'armes", affirmait-il il y a deux ans. Président, Premier ministre, Ministre des Finances et de la Défense, sous Mitterrand puis sous Chirac.

Le Point ironise. "Prendre le chemin du palais de justice est une habitude pour Charles Pasqua". Il est mis en cause depuis une dizaine d'années dans diverses affaires de malversations, déboires qu'il attribue régulièrement à des coups bas politiques".

D'ailleurs, L'Express ne se gêne pas pour publier une bio-express politique de Charles Pasqua, tout à fait classique. Mais aussi une bio-express judiciaire, longue comme le bras. "L'homme n'en est pas à ses débuts", écrit l'hebdo. Et de rappeler les affaires "Pétrole contre nourriture", "Elf", ou encore celle du "Casino d'Annemasse".

Voilà pour les personnages. Mais pour un bon scénario, il faut également un scandale diplomatique. Rien de plus facile. "Pierre Falcone n'est pas qu'un simple marchand d'armes", explique L'Express. Il représente l'Angola, dont il a acquis la nationalité, auprès de l'Unesco depuis 2003. C'est un proche du président Dos Santos. Alors Luanda fait tout pour le protéger. Le pays a déjà mis plusieurs menaces à exécution. Un premier voyage de Nicolas Sarkozy il y a 3 ans a dû être annulé. Problème, c'est que l'Angola est un pays pétrolifère, rappelle Le Figaro. Et que la France, ajoute Le Monde, est soucieuse de ne pas compromettre l'accès au puits de pétrole angolais.

C'est là qu'on en vient à l'affaire d'Etat. "L'Elysée ne cache pas sa volonté de refermer le dossier", raconte le Point. Il multiplie les soutiens à Falcone, sur fond de tension avec les juges. En novembre dernier, le magistrat qui se préparait à diriger le procès en appel, jugé très indépendant, a été opportunément promu à la Cour de Cassation, et donc remplacé sur cette affaire.

Quand je vous disais que cette histoire cartonnerait à Hollywood...

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