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La revue de presse en ligne du 07/01

5 min
À retrouver dans l'émission

par Solenne LE HEN

Quartier de Bab el oued ces trois dernières nuits. Les vidéos sont reprises par l'Express. Scènes d'émeute. On y voit de jeunes Algérois armés de cailloux et de cocktails Molotov. Barricades dressées, rues barrées, pneus enflammés, ils s'attaquent au commissariat de ce quartier populaire au coeur de la capitale algérienne, avant d'être repoussés par des grenades lacrymogènes et des tirs de somation de policiers. Les mêmes scènes ont eu lieu dans d'autres quartiers périphériques d'Alger, d'Oran, de Blida et Tipaza.

Un accès de fièvre déclenché par une hausse brutale des prix de produits de base comme l'huile et le sucre, raconte le Figaro. Le gouvernement continue de subventionner le pain et le lait, mais la hausse s'est tout de même répercutée sur d'autres produits de large consommation. Comme une réaction en chaîne, 20 à 50% selon les régions, pour le prix du sucre par exemple. Explication du ministère du Commerce dans l'Express, les cours ont augmenté sur les marchés mondiaux et certains commerçants ont exagéré leurs marges.

Pour les Dernières Nouvelles d'Alsace, ce n'est pas qu'une question de sucre. Le front social est en ébullition depuis plusieurs mois. Manifestations de rue, blocages des routes nationales... des mouvements sporadiques jusqu'ici pour dénoncer des coupures d'eau et d'électricité.

Mais c'est un malaise général, analyse le Nouvel obs. Selon le FMI, 3/4 des Algériens ont moins de 30 ans et parmi eux, 20% sont au chômage.

Le logement également pose problème. La population a triplé depuis l'indépendance en 1962 et approche des 36 millions d'habitants. Mais la construction n'a pas suivi. Le gouvernement a promis un plan pour construire de nouveaux logements.

Pour le Figaro, cette crise révèle le paradoxe algérien. Un pays riche, pas ses habitants. Grâce au pétrole, l'Algérie a engrangé 155 milliards de dollars de réserve de changes. Elle aurait pu réussir son décollage économique et colmater les brèches qui menacent la paix sociale, le déficit chronique en logements et le chômage des jeunes. Mais les grands projets sont éclaboussés par des scandales récurrents, l'autoroute est-ouest, la promotion de l'agriculture saharienne ou encore Sonatrach, la florissante compagnie des hydrocarbures. Sordides affaires de corruption, pratiques autoritaires et clientélisme mènent à une nouvelle impasse.

Alors forcément, continue le journal, pour les jeunes laissés sur le carreau qui tentent au péril de leur vie de rejoindre l'eldorado européen à bord d'embarcation de fortune, cette justice à deux vitesses alimente la révolte. Dans le pays, tous les canaux de médiation ont été neutralisés. La violence et l'émeute restent donc l'ultime moyen d'expression du mécontentement.

Les émeutes, comme dans la Tunisie voisine depuis plusieurs semaines. "Les émeutes de la jeunesse", disent les journaux. Presque un pléonasme, on a rarement vu des personnes âgées caillasser les forces de l'ordre. Là aussi, les conditions de vie sont mises en cause. Tout a commencé en Tunisie avec l'immolation de Mohamed Bouaziz, un jeune diplômé réduit à vendre des légumes. Il est mort en milieu de semaine de ses blessures.

Le suicide comme forme de protestation. Depuis, les tentatives se multiplient, raconte 20 minutes. Avant-hier encore à Sidi Bouzid, une femme et ses trois enfants ont escaladé un pylône électrique pour tenter de se suicider.

En Algérie, une telle contagion est possible. "Les émeutes peuvent déraper et devenir violentes, comme en Tunisie", s'inquiète Nacer Djabi dans Le Point. D'autant, que, précise ce sociologue, "les émeutes sont devenues un sport national en Algérie". Pour les DNA, les Dernières nouvelles d'Alsace, tout ressemble ici à celles d'octobre 1988, des émeutes alors réprimées dans le sang. Pas de catastrophisme ni de comparaison possible pourtant, rétorque un autre sociologue. "Il y a plus de libertés ici qu'en Tunisie".

Etrangement, le pouvoir se fait assez peu sentir en Algérie depuis le début de la semaine, relèvent les DNA. Abdelaziz Bouteflika est absent des médias, un président pourtant d'ordinaire très présent à la télévision. Alors les rumeurs enflent sur les divisions au sommet de l'Etat. Bouteflika et son premier ministre Ouyahia ne s'entendent pas. Le président vieillissant est de plus en plus contesté pour son immobilisme. Un pouvoir malade, au figuré comme au sens propre. Plusieurs ministres sont réellement mal en point, et pas des moindres, Finances, Ressources en eau, Justice et Enseignement supérieur, tous incapables d'assurer convenablement leurs fonctions. Dans les salons d'Alger, croit savoir le quotidien, des présidentielles anticipées sont même évoquées pour cette année.

Peut-être pas de quoi calmer la rue. Hier soir encore, les émeutes se sont poursuivies. Aujourd'hui vendredi, jour de grande prière, le mécontentement pourrait prendre une autre forme, prévient finalement le Figaro. Il faut s'attendre, selon le journal, à l'entrée en scène des islamistes. Ils pourraient tenter de prendre le contrôle de cette révolte.

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